‹ Vol 2Chapitre 2 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT

)j Daigne donc l’accueillir. Il cherche la liberté, trésor si précieux, connue le savent ceux qui méprisent l’existence pour elle.

» Tu le sais, toi. Pour la conquérir, tu ne trouvas pas la mort amère, et tu laissas dans Utique ta dépouille terrestre, destinée à reparaître éclatante au grand jour.

» Les décrets éternels ne sont point révoqués pour nous ; mon compagnon est vivant. Minos ne m’enchaîne pas.

» Moi, j’appartiens au cercle où brillent les yeux chastes de ta Marcia. Elle semble encore t’adjurer, ô noble coeur, de la reprendre pour épouse.

» En souvenir de son amour, sois-nous propice ; laisse-nous aller par tes sept royaumes. Je lui en rendrai grâce, si tu permets que l’on salue ton nom dans le lieu inférieur. »

Et le vieillard : «Tant que je vécus sur la terre, Marcia eut mes affections ; elle obtint de moi toutes les faveurs désirées.

» Désormais, elle habite par delà le fleuve coupable ; elle ne doit plus m’émouvoir : Loi inflexible, écrite quand je sortis des limbes.

» Si une créature céleste te dirige et te protège, bannis la flatterie vaine ; invoque simplement son assistance auguste.

» Va, forme à ce mortel une ceinture d’un jonc souple et uni, et lave son visage afin d’en effacer toute souillure.

» Qu’il ne se présente point, l’œil obscurci par la moindre vapeur, devant le premier des ministres du Paradis.

» Cette petite île, dans le lointain, produit des joncs sur sa grève humide et limoneuse.

» Nulle plante à la tige dure ou aux branches feuillues ne peut y croître, car elle ne ploierait pas sous l’effort des vagues.

» Au retour, ne foulez point le même sentier. Le soleil levant vous indiquera une pente plus commode pour gravir la montagne. »

LA DIVINE COMÉDIE

— A ces mots, Caton disparut. Quittant mon attitude, silencieux, je me rangeai près de mon guide, et lui :

« Rebroussons en arrière, mon fds ; par ce côté , la plaine décline toujours jusqu’à son extrême limite. »

Déjà l’aube chassait l’heure matinale, fuyant devant elle, et je découvris au loin les ondulations de la mer.

Dans la plaine déserte, pareils à des voyageurs égarés cherchant leur chemin, nous marchions par des circuits perdus.

Nous parvînmes à un endroit où la rosée, luttant avec l’ardeur du soleil, se fond à peine sous le manteau de l’ombre.

Mon maître posa doucement ses deux mains ouvertes sur l’herbe fraîche, et je lui tendis pieusement mes joues baignées de larmes;

A son contact les couleurs ternies par l’enfer y reparurent. Puis nous atteignîmes la rive isolée dont les eaux ne portèrent jamais navigateur capable de revenir.

Virgile me tressa une ceinture, suivant l’ordre de Caton. O prodige 1 sitôt qu’il arrache une des humbles plantes, une semblable renaît soudain ;

Elle renaît à la place d’où il l’avait arrachée.

jburjatolre- Chcunt { .

Dante et Virgile saluant fafoa d llticjue.

Chant de ÇaseJla.

Page 1