‹ Vol 2Chapitre 21 sur 70 · CHANT ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHANT ONZIÈME

« Notre Père qui habites les cieux, non enfermé dans leur circonférence, mais par un amour plus grand pour les êtres supérieurs du divin empire,

« Loués soient ta puissance et ton nom par toute créature ! Gloire à ta sagesse ineffable !

» Que ton règne nous fasse luire sa paix ; car si ta grâce ne nous l’épanche, les forces même de notre intelligence ne s’élèveraient pas jusqu’à sa lumière.

» Que les hommes te sacrifient leur volonté, comme les anges te sacrifient la leur en chantant Hosanna !

» Donne-nous aujourd’hui la manne quotidienne : sans ton aliment nourricier, le plus laborieux recule au lieu d’avancer dans notre âpre désert.

» Dieu bienfaisant , pardonne-nous , sans égard pour notre peu de mérite, comme nous pardonnons nos tourments soufferts à nos ennemis.

» Préserve notre fragile vertu des pièges de l’ancien tentateur, et ne nous expose pas à sa redoutable épreuve.

« Le dernier verset de notre prière, o Seigneur, nous ne te l’adressons pas pour nous , déjà hors des atteintes du démon, mais pour ceux qui sont restés derrière nos traces. »

LA DIVINE COMÉDIE

Ainsi priant pour elles et pour nous, les âmes pénitentes s’en allaient, chacune sous leur fardeau, comme il nous arrive quelquefois en rêve.

Chargées inégalement, elles cheminaient toutes pleines d’angoisses et de fatigues le long de la première corniche , afin de se purifier des ténèbres du monde.

Si les âmes du purgatoire prient en notre souvenir, quelles offrandes et quelles prières ne leur doivent point ici-bas les cœurs compatissants et religieux?

Aidons-les, ô mortels! à se laver des souillures terrestres, afin qu’elles s’envolent légères et pures vers les roues étincelantes des étoiles.

Et Virgile à ces âmes : « Que la justice et la pitié, allégeant bientôt vos labeurs, ouvrent vos ailes selon votre désir !

« Montrez-nous le plus court chemin de l’échelle expiatoire, et, s’il y en a plusieurs, le moins escarpé ;

« Car le compagnon de mon voyage, vêtu de la chair d’Adam, est lent à gravir, malgré ses efforts. »

Une àme répondit les paroles suivantes aux paroles de mon guide : « Suivez-nous à main droite. Sur la rive, vous trouverez un passage accessible à un vivant.

« Si une pierre lourde ne domptait mon front orgueilleux et n’inclinait mon visage , oh ! je regarderais ce pèlerin de mon ancien globe.

« Peut-être je le connais, quoiqu’il me taise son nom; et il serait ému par mon supplice.

« Je fus Latin et fils d’un magnanime Toscan, Guillaume Aldobrandeschi ; j’ignore si sa renommée vous est parvenue.

« L’antique sang et les fastes glorieux de mes ancêtres m’inspirèrent une arrogance coupable, .l’oubliai la mère commune et conçus en mépris tous les hommes ;

« Ce mépris causa ma mort, comme le savent les Siennois, et comme le sait tout enfant de Campagnatico.

Page 1