‹ Vol 2Chapitre 30 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT XV · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT XV

s’accroît avec leur nombre, car leurs affections s’alimentent et se réfléchissent comme dans un miroir.

» Si mes discours ne te satisfont point, la contemplation de Béatrice éteindra tes doutes avec tes désirs.

» Avance donc afin d’effacer promptement comme les deux premières les cinq autres taches destinées à disparaître sous tes larmes. »

Comme je voulais dire : «Tu m’as satisfait, » je me vis arrivé à l’autre cercle; de nouvelles préoccupations lièrent ma langue.

Je fus saisi d’une vision extatique; j’aperçus plusieurs personnes aux portes d’un temple.

Et une femme sur le seuil, dans la tendre attitude d’une mère : « Mon fils, pourquoi as-tu agi de la sorte envers nous ?

» Ton père et moi, désolés, nous te cherchions. » Elle se tut, et ma première vision s’évanouit.

Ensuite m’apparut une autre femme baignée des larmes de la colère et de la douleur. Elle disait :

«Seigneur, si tu gouvernes cette ville pour le nom de laquelle se disputèrent si violemment les dieux et d’où jaillissent les étincelles de toute science,

» Venge-toi de l’audacieux dont le bras téméraire osa étreindre notre fille, ô Pisistrate; » et le Seigneur bon et clément répondait d’un visage serein :

» Comment traiterons-nous nos ennemis, si nous condamnons à mort ceux qui nous aiment ? »

Et une multitude enflammée de rage massacrait un jeune homme à coups de pierre en criant : « Martyrise ! martyrise ! »

Et le malheureux s’inclinait sous le vent de la mort, qui le ployait déjà vers le sol, et ses yeux, entr’ ouverts comme une porte mystérieuse, regardaient le ciel.

Et, dans son affreux supplice, avec un visage suppliant, il conjurait le souverain juge de pardonner à ses bourreaux.

LA DIVINE COMÉDIE

Lorsque mon âme revint à la réalité des choses extérieures, je reconnus la vérité de mes songes; et mon guide, lisant sur mes traits l’empreinte d’un assoupissement étrange, me dit :

« Qu’as-tu donc? tu ne peux te soutenir. Tu as parcouru plus d’une demi-lieue, les yeux clos, et chancelant comme dans l’ivresse ou le sommeil. »

Et moi : « O mon doux père, veuille m’ouïr. Je te confierai mes visions et ce qui a fait chanceler mes jambes. »

Et lui : « Aurais-tu cent masques sur la face, je découvrirais tes pensées, même les plus fugitives.

» Ces rêves te sont envoyés pour que ton cœur s’ouvre à la manne de paix tombant de la source éternelle.

» Je ne t’ai point interrogé comme celui dont l’organe visuel sert seul l’intelligence; celui-là ne voit plus rien, lorsque gît le corps inanimé.

» Non, je t’ai apostrophé, afin de rendre la vigueur à tes pieds comme il faut exciter les esprits lents et paresseux, à l’heure de la veille. »

Nous périgrinions le soir, aux rayons du soleil couchant, et nous tâchions d’embrasser la plus vaste étendue d’horizon.

Peu à peu voilà surgir une fumée sombre comme la nuit, et contre laquelle il n’y avait de refuge nulle part ;

Sa vapeur nous déroba le jour et altéra la pureté de l’air.

Cercle Des ombres Coleres

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