‹ Vol 2Chapitre 32 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT XVI · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT XVI

intérieurs ; mais vous avez reçu l’intelligence pour distinguer le juste de l’injuste.

» Rebelle aux influences astrales dans ses premiers combats, la volonté humaine, raffermie par la lutte, triomphe des obstacles.

» Libres, vous êtes soumis à une force plus grande et à une nature plus parfaite ; elles créent votre esprit de volonté , non enchaîné par les astres.

» L’erreur du monde provient donc des mortels ; en eux son germe repose, et je vais te le démontrer.

» L’àme sort de la main du créateur, qui la contemple en souriant dans sa pensée avant de la produire ;

» Elle s’échappe simple et naïve, comme un enfant rieur et folâtre, ne sachant rien, hors sa source bienheureuse, et prête à y revoler.

» D’abord elle s’attache, dans ses illusions , aux choses éphémères, et s’égare à les poursuivre, si un guide ou un frein ne dirige ailleurs son amour.

» Il fallut des lois pour modérer la fougue des passions , et des rois pour distinguer au moins la tour de la cité véritable.

» Les lois existent; mais qui offre sa main pour les appliquer? Le pasteur, guide du troupeau, peut ruminer ; mais il n’a pas les ongles fendus.

» Toute la bande , voyant son chef se rassasier des choses dont elle est gloutonne, s’en repaît et ne demande aucune autre pâture;

» Or, la mauvaise direction a perdu le monde , et non sa nature corrompue.

» Rome , dont la splendeur illumina la terre , avait deux soleils éclairant la double voie : celle des hommes et celle de Dieu.

» L’un des deux soleils a obscurci son jumeau. Le glaive a été uni au bâton pastoral : principe de lutte et de discorde.

» Dans leur alliance, ils ne se redoutent plus. Si tu ne crois point mes enseignements, songe à l’épi : l’herbe se connaît à sa semence.

LA DIVINE COMÉDIE

» Au pays arrosé par l’Àdige et l’Éridan régnaient la valeur et la courtoisie, avant les querelles suscitées à Frédéric ;

» Aujourd’hui, quiconque fuirait par honte la société des gens probes traverserait ce pays sans risque d’en rencontrer.

« Il y respire encore trois vieillards par qui l’ancien âge réprimande le nouveau : leurs yeux se lèvent impatiemment vers une vie meilleure.

» Conrad de Palazzo , le bon Ghérardo et Guido de Castel , mieux nommé en français Léonard-le-Simple : tels sont ces trois vieillards.

» L’Église romaine, dis-le désormais, pour confondre en elle les deux gouvernements , tombe dans la fange et souille son divin sacerdoce.

— » O mon cher Marco, repartis-je, tu raisonnes avec sagesse. Les enfants de Lévi furent exclus de l’héritage, et je le comprends.

» Mais quel est ce Ghérardo, reste des anciens justes, reproche vivant pour le siècle sauvage? »

Et l’ombre : « Ou ton langage me trompe, ou tu veux éprouver ma mémoire? Toi, qui parles toscan, tu ne sais rien du bon Ghérardo?

» Je ne lui connais pas d’autre surnom, à moins que je ne le nomme le père de la Gaja.

» L’aube lance ses rayons blanchissants à travers la fumée. Je dois éviter l’approche de l’ange. Adieu. »

Le Lombard, à ces mots, partit sans plus vouloir m’écouter.

Page 1