‹ Vol 2Chapitre 33 sur 70 · CHANT DIX-SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHANT DIX-SEPTIEME

Souviens-toi , lecteur, si jamais, dans les Alpes, tu fus enveloppé d’un brouillard où ta vue était captive comme celle de la taupe à travers sa taie; I

Lorsque les épaisses et humides vapeurs commencent à s’éclaircir, le disque du soleil les pénètre et les entr’ ouvre.

Au sortir du cercle nuageux, j’éprouvai un effet semblable en revoyant le soleil près de se coucher.

Ses rayons expiraient au pied de la montagne, à l’heure où je franchis derrière mon maître l’atmosphère nébuleuse.

O imagination! quand ton char nous emporte, nous n’entendrions pas sonner autour de nous mille trompettes retentissantes.

Quel pouvoir t’anime, hors du secours des sens? Ton souffle, c’est une lumière divine ou intérieure, ou envoyée ici-bas par la volonté souveraine.

L’impiété de la femme changée en ce mélodieux oiseau amoureux des chants se retraça dans mon esprit.

Et mon esprit , concentré dans son rêve , oublia la perception des choses extérieures ;

Puis, dans le vol fantastique de mon àme, apparut l’image d un crucifié dédaigneux et fier; et tel je le voyais mourir.

LA DIVINE COMÉDIE

Autour de lui planaient le grand Àssuérus, Esther, son épouse, et le juste Mardochée, irréprochable dans ses actions et dans ses discours.

Cette image se brisa comme une bulle privée de son fluide élément. Et une jeune fille en pleurs se leva dans ma vision : « O reine ! disait-elle, pourquoi ta colère t’entraina-t-elle à la mort?

» Tu t’es immolée pour ne pas perdre Lavinie, et cependant tu m’as perdue; et moi, ta fille, je me lamente sur ta perte, et non sur celle d’un autre.»

Qu’une lumière soudaine frappe les paupières closes, le sommeil s’interrompt et se débat dans son trouble avant de s’évanouir ;

Ainsi disparurent mes songes aux rayonnements d’une lumière inaccoutumée réfléchie sur mon visage.

Je me retournai pour discerner la place où j’étais. Une voix, absorbant mon attention, me cria : « Voilà le chemin pour monter. »

Un désir impatient me fit chercher à découvrir qui avait proféré ces paroles , et mes forces défaillirent comme notre vue devant le soleil se voilant de sa splendeur.

« L’esprit divin dont l’appel nous dirige sur la montagne, sans avoir ouï notre prière , se dérobe sous le vêtement de sa gloire ;

» Par sonexemple, il nous enseigne comment l’homme doit agir avec ses semblables. Celui qui attend une supplication, pour les assister dans le besoin, prépare malignement un refus.

» Hâtons-nous d’obéir à un avis si précieux; tâchons de monter avant la nuit; car nous serions obligés d’attendre le retour du soleil. »

Virgile s’exprima de la sorte, et nous marchâmes ensemble vers un escalier. Sur le premier degré, je sentis un battement d’ailes.

Et un vent léger m’effleura le visage ; et des modulations murmuraient : « Bienheureux les pacifiques, dépouillés de haineuses colères! »

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