‹ Vol 2Chapitre 50 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT XXV · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT XXV

suprême jette un regard joyeux sur le chef-d’œuvre de la nature, et lui souffle un esprit nouveau tout rempli de vertu;

» Cet esprit s’unit à la substance naissante et forme une seule âme animée, sensible, et se repliant sur elle-même.

» Pour être moins stupéfait de mes discours, considère la chaleur du soleil transformée en vin, lorsqu’elle s’unit au jus fermenté de la vigne.

» Quand Lachésis n’a plus de lin, l’âme abandonne la chair et emporte virtuellement les facultés humaines et les facultés divines.

» Les premières, presque muettes, ne rendent plus d’accord; mais la mémoire, l’intelligence et la volonté acquièrent une action plus vive et plus subtile.

» Sans s’arrêter, l’âme vole merveilleusement d’elle-même à l’un des rivages; là, elle apprend son destin futur.

» Aussitôt qu’une place lui est assignée, la vertu informative rayonne tout autour, comme elle rayonnait autour de son enveloppe corporelle ;

» Et comme l’atmosphère pluvieuse, où les rayons du soleil se réfléchissent, éclate et se nuance de diverses couleurs ,

» L’air environnant revêt la forme imprimée par l’âme dans son nouveau domaine, et, comme la flamme suit le feu dans tous ses mouvements, la forme nouvelle va toujours suivant l’esprit.

» Comme l’âme tire son apparence de cette forme illusoire, elle est appelée ombre; enfin, elle recompose tous les sens, jusqu’à celui de la vue.

» De là, nous parlons, de là nous rions, de là nous répandons les larmes et les soupirs entendus par toi sur la montagne.

» Selon que nos désirs et nos autres passions s’émeuvent, l’ombre prend diverses figures : voilà le motif de ce qui t’étonne. »

Nous étions parvenus au cercle du dernier châtiment, et nous avions tourné à main droite ; un autre soin nous rendait attentifs.

LA DIVINE COMÉDIE

En ce lieu, le bord de la montagne darde des flammes, et de la profondeur souffle en haut un vent qui les repousse.

Il nous fallait longer le bord ouvert : d’un côté, le feu ; de l’autre, l’abîme : double crainte.

Et mon guide : « Tiens ton attention bien ferme ; l’erreur du vertige nous menace. «Dieu de souveraine clémence! » ouis-je alors chanter au milieu de la grande fournaise.

Une phalange d’esprits marchait derrière nous dans la flamme; je regardais tour à tour leurs pas et les miens.

Après le dernier verset de l’hymne, ils criaient : « Je ne connais point d’homme. » Ensuite ils redisaient l’hymne à voix basse.

Quand ils avaient fini, de nouveau ils s’exclamaient : « Diane resta dans le bois et en chassa Hélice, qui avait goûté le poison de Vénus. »

Et les âmes recommençaient leur concert : elles célébraient la chasteté des époux et des épouses fidèles aux saintes lois du mariage et de la vertu.

Tant que la flamme doit les consumer, les mêmes hymnes et les mêmes cris se renouvelleront ;

Ces exercices pieux cicatrisent leurs blessures.

Les âmes se donnent le baiser de Paix .

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