‹ Vol 2Chapitre 61 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT XXXI · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT XXXI

Je me tenais ; et Béatrice : « Puisque tu es si affligé de mes paroles, hausse la barbe ; et en me regardant croîtra ta douleur. »

Le chêne robuste se déracine au souffle du vent du nord ou du vent accouru de la terre d’Iarbas ;

Plus docilement, j’accomplis son ordre, et lorsqu’elle m’interpella par ma barbe, je sentis le venin de ses discours.

En levant ma face, je m’aperçus que les belles créatures avaient cessé de répandre des fleurs ;

Et mes regards timides virent Béatrice tournée vers la bête sainte réunissant une seule personne en deux natures.

A travers son voile, et de l’autre côté du fleuve verdoyant, elle surpassait sa beauté d’autrefois , autant qu’elle avait surpassé la beauté des autres femmes sur la terre.

L’aiguillon du repentir me blessa de plus en plus; les choses étrangères , jadis les plus idolâtrées , me pénétrèrent d’une aversion poignante.

Sous l’accablement démon remords, je tombai en défaillance, et ce que je devins, elle le sut la cause de mon trouble.

Quand mon cœur eut rendu la vie à mes facultés, la femme solitaire, d’abord rencontrée dans l’Eden, se montrait au-dessus de moi, et me murmurait : « Serre-moi avec force. »

Elle m’avait traîné dans le fleuve, plongé jusqu’au col, et, en me traînant toujours, elle volait sur l’eau, légère comme une barque.

Près de la rive heureuse, j’entendis chanter, avec une modulation indescriptible même dans ma mémoire : « Tu me purifieras. »

La vierge, Mathilde, ouvrit ses bras charmants, les passa autour de ma tête, et me la plongea dans les flots, de manière à m’en abreuver.

Ensuite elle me retira, et m’offrit, purifié de la sorte, aux quatre belles danseuses, et chacune d’elles me ceignit de ses embrassements.

« Ici nous sommes des nymphes; au ciel nous sommes des étoiles.

LA DIVINE COMÉDIE

Avant que Béatrice descendit dans le monde, nous fûmes désignées pour être ses servantes.

» Nous te mènerons devant ses yeux ; pour te faire supporter leurs étincelles vives, les trois femmes rangées de l’autre côté du char, sous l’éclair de leur œil perçant, aiguiseront ta vue incertaine. »

Ainsi chantèrent-elles , puis me conduisant au poitrail du griffon , du côté où Béatrice avait le visage, elles reprirent :

« Rassasie bien ton regard; nous t’avons mis devant les émeraudes d’où l’amour t’a lancé déjà ses flèches. »

Mille désirs plus ardents que la flamme attachèrent mes yeux sur les yeux resplendissants fixés vers le griffon.

Comme le soleil se réfléchit dans un miroir, la double bête rayonnait dans les yeux de Béatrice , tantôt avec une forme , tantôt avec l’autre.

Pense, lecteur, si je m’émerveillais en voyant la bête rester immobile en elle- même, et se transformer dans son image réfléchie.

Pleine de stupeur et de liesse, mon âme savourait le festin délicieux dont la nourriture enivre et altère.

Les trois autres femmes, s’annonçant de l’ordre le plus sublime, s’avancèrent, en chantant et en dansant sur leur mode angélique :

« Incline, Béatrice, incline tes yeux sacrés vers ton fidèle, gravissant de si loin pour te contempler.

» Par pitié, daigne lui dévoiler ton sourire, afin qu’il distingue la seconde beauté close dans ta personne. »

O splendeur de la lumière éternelle et vivante ! Quel homme, ayant pâli à l’ombre du Parnasse ou ayant bu à sa source, n’avouerait son impuissance pour te peindre?

Quelle lèvre humaine te décrirait telle que tu m’apparus accompagnée de l’harmonie céleste comme d’une ombre,

Radieuse et triomphante dans l’espace libre.

Le GeaaL et- la Courtisant.

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