‹ Vol 2Chapitre 62 sur 70 · CHANT TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TRENTE-DEUXIÈME

Abîmé dans ma contemplation, j’apaisai la soif dont je brûlais depuis dix années; mes autres sens étaient anéantis.

Comme enveloppés de dédain pour toute chose, ils sommeillaient, tant le divin sourire m’attirait dans ses anciens lacs.

Je fus ravi à mon extase parles murmures soudains des femmes déesses; leurs murmures disaient : « 11 la regarde trop. »

Un éblouissement, pareil à celui dont frappe l’astre-roi, m’avait privé de la vue ; je m’accoutumai peu à peu à un moindre éclat, faible, si on le compare à la splendeur de ma dame.

L’armée glorieuse s’était dirigée à main droite, et, en marchant, elle avait le soleil et les sept flammes en face.

De même un bataillon se replie pour se mettre à l’abri de ses boucliers, et développe sa courbe avec son enseigne avant d’avoir achevé son mouvement;

De même la milice du royaume lumineux, précédant le char, défila tout entière avant que le timon ait formé son circuit.

Les déités se replacèrent près des roues, et le griffon, sans agiter ses ailes, ébranla le char triomphal.

La belle vierge qui m’avait fait passer le fleuve, Stace et moi, nous suivîmes la roue décrivant le plus petit cercle.

En traversant la majestueuse forêt déserte par la faute d’Ève, crédule aux mensonges du serpent, nos pas s’accordaient avec les symphonies des anges.

LA DIVINE COMEDIE

Un trait décoché parcourt à peu près en trois volées autant d’espace que nous en avions parcouru, lorsque descendit Béatrice.

Le chœur séraphique prononça de concert : « Adam ! » puis il environna un arbre complètement dépouillé de fleurs et de feuillage.

Ses branches, déployées à mesure quelles s’élèvent, exciteraient, par leur prodigieuse hauteur, l’admiration des Indiens dans leurs forêts géantes.

« Sois heureux , griffon , toi dont le bec ne meurtrit pas cet arbre suave au goût, mais funeste aux entrailles qui s’en nourrirent. »

Autour de l’arbre robuste le cortège lit retentir ces accents, et l’animal à double nature : « Ainsi se conserve la semence de toute justice. »

La bête sacrée acheva de ramener le timon au pied de l’arbre veuf de ses feuilles, et il le laissa collé au tronc, sa racine primitive.

Quand la grande lumière tombe mêlée aux rayonnements du poisson zodiacal, nos plantes bourgeonnent et renouvellent leur robe diaprée, avant que le soleil attelle ses coursiers sous une autre étoile ;

Ainsi, reprenant ses couleurs, moins vives que celles de la rose, et plus vives que celles de la violette, se ranima l’arbre naguère dépouillé dans tous ses rameaux.

Je n’ai entendu nulle part, ni on ne chante sur la terre l’hymne alors cadencé par la troupe merveilleuse, et je ne pus le supporter jusqu’à la fin.

Si je savais narrer comment s’endormirent, en écoutant les aventures de Syrinx, les yeux impitoyables d’ Argus, ces yeux à qui leur vigilance coûta cher,

Comme un peintre, peignant d’après son modèle, je retracerais comment je m’assoupis. Qu’il le décrive, celui dont l’art sait bien représenter le sommeil !

J’arrive donc à l’instant où je m’éveillai. Une splendeur déchira le voile de mon assoupissement, et une voix me cria : « Lève-toi ! que fais-tu? »

Arbre mystérieux, éternel aliment du banquet des anges et de leurs noces ineffables, tu portes de douces fleurs;

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