LE PURGATOIRE, CHANT XXXII
En les voyant, Pierre, Jean et Jacques, conduits sur le Thabor, furent renversés devant l’éclat céleste, et ils se relevèrent à la voix qui avait rompu des léthargies plus profondes.
O miracle ! Élie et Moïse avaient disparu, et la robe du divin maître avait changé de couleur.
Tel je me réveillai. Sur moi se penchait la femme compatissante, mon guide le long du fleuve. « Où est Béatrice, m’écriai-je tout ému de crainte. »
Et Mathilde : « Regarde-la sous le nouveau feuillage, assise au pied de l’arbre; observe la compagnie qui l’environne.
« Le reste de la troupe remonte dans l’azur avec le griffon, et module des chants plus doux encore et plus sublimes. »
J’ignore si sa réponse fut plus longue ; l’immortel objet de mes extases remplissait déjà mon attention.
Seule, assise sur la véritable terre, Béatrice semblait garder le char, naguère lié par la bête à deux formes.
Les sept nymphes l’entouraient de leur cercle et l’y enfermaient, tenant les flambeaux inextinguibles et impénétrables au souffle de l’Àuster et de l’Aquilon.
« Tu habiteras peu de temps ce bois, et tu habiteras éternellement l’éternelle Rome où le Christ règne.
» Pour l’enseignement du monde coupable, fixe donc tes yeux sur le char, et raconte, à ton retour, ce que tu auras vu. »
Béatrice s’exprima de la sorte, et moi, prosterné devant ses commandements, j’obéis, et je fixai mes yeux sur le char.
Comme la foudre étincelante, à travers la nuée sombre, s’élance des régions les plus hautes ;
Plus rapide fondit sur l’arbre sacré l’oiseau de Jupiter, ravageant les feuilles et les fleurs nouvelles ;
El il heurta le char de toute sa vigueur, et le char plia comme un navire en péril, battu par les vagues furieuses.
LA DIVINE COMÉDIE
Et je vis pénétrer dans le char triomphal un renard dont la maigreur annonçait la mauvaise nourriture ;
La dame de ma pensée, lui reprochant ses criminelles actions, le fit disparaître aussi vite que le lui permirent ses os décharnés.
Puis, du côté par où il était accouru, l’aigle s’abattit dans l’arche du char et l’inonda de ses plumes ;
Une voix, semblable à un gémissement douloureux, sortit du ciel et proféra : « O ma nacelle, comme tu es mal chargée ! »
Soudain la terre s’ouvrit entre les roues, et vomit un dragon malfaisant, dont la queue se plongea dans le char.
Comme une guêpe retire son aiguillon, il retira sa queue venimeuse, et arracha une partie du fond du char; et il s’éloigna en serpentant.
Le reste du parvis du char, comme la terre féconde se revêt de gazon, se couvrit des plumes offertes par l’aigle peut-être avec une intention pieuse et bienveillante.
Les roues et le timon s’en revêtirent par une transformation subite; moins longtemps un soupir ne tient une bouche entrouverte.
Étranges métamorphoses I du char sacré surgirent des têtes, trois sur le timon, une à chaque angle ;
Les premières avaient des cornes comme celles des bœufs, les quatre autres une seule corne sur le front. Jamais pareil monstre !
Ferme comme une roche sur une haute montagne, une prostituée, dans un désordre impudique , et les regards errants , vint s’y asseoir.
Un géant se dressa debout près d’elle , comme pour veiller jalousement sur sa conquête; l’un l’autre ils s’embrassaient tour à tour.
Mais , comme elle darda vers moi son regard avide et vagabond , son féroce amant la fouetta de la tête aux pieds ;
Plein de jalousie et aveuglé de colère, lui détacha le char difforme, et le traîna dans les voûtes de la forêt ;
Ses arbres me cachèrent, comme un bouclier, le monstre et la prostituée.
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Dante & Stace conduits au fleuve Eunou.