‹ Vol 2Chapitre 9 sur 70 · CHANT CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHANT CINQUIÈME

J’avais quitté la troupe nonchalante, et je suivais le sage. Une des ombres s’écria derrière nous , en me désignant du doigt :

« Le rayon de la lumière ne semble pas luire à gauche du second des deux voyageurs, et il parait se mouvoir comme un vivant. »

Au son de ces paroles, je tournai les yeux; les âmes stupéfaites me regardaient moi seul, moi et la lumière divisée par l’opacité de mon corps.

Et le maître : « Ne t’embarrasse point de frivoles préoccupations. Pourquoi s’attarder ? que t’importent les murmures de cette troupe?

» Laisse-la dire, et suis mes pas. Sois ferme comme une tour solide, dont la cime inébranlable résiste au souffle des autans.

» L’homme en proie au flux et au reflux de mille pensées recule perpétuellement le but; la fougue de l’une affaiblit l’autre. »

Qu’avais-je à répondre, hors : « Je viens.» Ainsi répondis-je, couvert de la rougeur par laquelle un homme se rend maintes fois digne de pardon.

Cependant, par le flanc de la côte, défilaient des âmes gémissant verset par verset le Miserere.

LA DIVINE COMÉDIE

A peine eurent-elles observé que ma personne interceptait les rayons, une longue et rauque exclamation de surprise remplaça leur chant.

Deux d’entre elles, comme deux messagères, accoururent à notre rencontre, et nous dirent : « Informez-nous de votre condition. »

Et Virgile : « Retournez apprendre à ceux qui vous envoient la nature vraiment charnelle du corps de mon compagnon.

» Si le désir de contempler son ombre a interrompu leur voyage , comme je l'imagine, telle est la réponse : qu’ils lui fassent honneur; son entremise pourra leur être agréable. »

Au commencement de la nuit, les vapeurs embrasées fendent agilement le ciel serein, et rapide, le soleil couchant traverse les nuages d’août;

Plus promptes ces âmes revoient vers leur point de départ. Arrivées là, elles ramènent vers nous le reste de la phalange, pareille à un escadron galopant à bride abattue.

Et le poète : « La troupe nombreuse qui nous entoure veut t’adresser quelque supplication. Toi, continue, et, tout en cheminant, écoute. »

Et les ombres : « Ame qui vas te fiancer au bonheur éternel avec les organes sensibles dont tu fus doué à ta naissance, ralentis un peu ta course ;

» Examine si tu ne reconnais pas une d’entre nous pour en porter des nouvelles sur la terre. Ah! pourquoi nous fuir? de grâce, arrêtetoi!

» Notre vie a été tranchée par une mort violente, et toutes, jusqu’à la dernière heure , nous vécûmes dans le péché ;

« Alors la vérité divine éclaira nos ténèbres des lueurs du repentir. Nous sortîmes de l’existence en grâce avec le roi des ci eux, et il nous a remplis de la soif de sa présence. »

Et moi : « Quoique je considère vos visages, ô âmes courtoises, je ne reconnais aucune de vous. Dites-moi s’il est un de vos vœux dont l’accomplissement me soit permis?

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