LE PURGATOIRE, CHANT IV
» L’hémicercle du mouvement altissime , nommé en astronomie l’équateur, flotte toujours entre le soleil et l’hiver ;
» Il s’éloigne de ce cône vers le septentrion, à l’époque où les Hébreux le voyaient vers les régions brûlantes du midi.
» Quelle carrière avons-nous désormais à franchir? veuille me l’apprendre. Mes regards ne sauraient atteindre le pic de la hauteur. »
Lui à moi : « La montée rude s’aplanit à mesure que l’on avance, et la fatigue diminue.
« Plus haut, ta marche deviendra légère comme celle d’un batelet sur la pente des ondes ;
» Lors tu toucheras à la fin du sentier ; attends d’y être pour te reposer, et ne m’interroge plus, car je t’ai dit la vérité. »
Il cessa de parler, et une voix articula près de nous : « Peut-être seras-tu avant contraint de t’asseoir. »
Nous distinguâmes, en nous retournant, sur la gauche, une grande pierre d’abord échappée à notre examen.
Je m’en approchai avec mon maître ; elle abritait des âmes nonchalamment adossées à son ombre, pareilles à une troupe négligente.
L’une d’entre elles, comme fatiguée, assise parmi ses compagnes, tenait ses genoux embrassés et appuyait son visage incliné sur eux.
Et moi : « Maifre, avise ce pénitent. Il se montre plus indolent que s’il avait pour sœur la paresse. »
Sans se déranger, il nous regarda par un mouvement oblique, et murmura : « Hisse-toi donc là-haut, toi si vaillant ! »
Je me remis ses traits; malgré la fatigue empreinte dans ma respiration haletante, j’allai le rejoindre.
Lorsque j’en fus proche, il souleva légèrement la tête : « As-tu bien compris, ajouta-t-il, par quel motif le soleil mène son char à gauche ? »
L’attitude paresseuse de l’ombre et ses brèves paroles provoqué-
LA DIVINE COMÉDIE
rent le sourire sur mes lèvres. Et moi : « Bélacqua, je ne te plains plus.
» Pourquoi t’asseoir et t’accroupir ici? Attends-tu un guide, ou ton ancienne paresse te domine-t-elle toujours? »
Et lui : « O frère, que me servirait de gravir? l’ange gardien, veillant à la porte, m’interdirait le royaume des expiations.
» L’ordre céleste me retient dehors un nombre d’années égal à celui des années de ma vie , pour avoir trop différé le repentir et la pénitence.
» L’oraison d’un cœur pur abrégerait seul ma peine ; toute autre prière sera stérile et sans écho dans le ciel. »
Déjà le poète reprenait le dédale montueux , et à moi : « Viens, ô mon fils. Le soleil plane au méridien;
» Et la nuit gigantesque va couvrir de son pied la rive marocaine. »
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La Salutation Ang,éli <jue