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CHAPITRE XV r

de la faute de son adversaire. Levant le siège deMantoue, il abandonna sa grosse artillerie et tout ce qui pouvait entraver un mouvement rapide , pour se jeter avec toutes ses forces sur la colonne de Brescia dont il avait le plus à craindre , l’anéantir et se retourner aussitôt vers Mantoue, où Wurmser, sur ces entrefaites, était arrivé avec l’autre colonne. Après y avoir battu également celle-ci, il bloqua derechef la place; ainsi, Bonaparte remporta l’avantage en ces deux circonstances pour avoir su mettre en action dans chaque combat des masses supérieures , quoique son armée fut réellement plus faible que celle de son adversaire.

Après avoir rallié les débris de son armée, et reçu de nouveaux renforts, Wurmser fit une seconde tentative pour délivrer Mantoue. Ne laissant que les forces strictement nécessaires à la garde des gorges du Tyrol , il se porta vers la mi-septembre par le Val Sugana sur Bassano, en vue de se diriger de là le long des montagnes vers l’Adige et le Mincio. Bonaparte fidèle à ses principes , s’avance aussitôt et rejette les Autrichiens derrière Trente. Informé de la direction de leur marche , il les suit dans le Val Sugana , atteint leur arrière garde à Bassano ; mais n’ayant pu l’entamer , il la harcelle jusques aux portes de Mantoue , où il bat Wurmser et le

force à se jeter dans la place, dont il contiime le blocus.

Quelques délachemens qui n'avaient pas été enveloppés dans la catastrophe de leur Général , se rallièrent sur la frontière du Frioul autrichien. La Cour de A ienne les lit joindre par toutes les troupes qui étaient encore dans les pays héréditaires ; elles se composaient en grande partie de dépôts et des bataillons de milice de Croatie , avec lesquels on forma une nouvelle armée , dont le général d’artillerie Alvinzy prit le commandement.

A peine rassemblée elle se mit en mouvement au mois de novembre par l'Etat de Venise, vers lAdige, pour se porter au secours de jVIanloue. Bonaparte marcha à la rencontre de son nouvel antagoniste , qu'il attaqua en vain sur la Brenta et dans la position de Caldiero. Ces deux combats furent suivis de la bataille d'Arcole, célèbre par l'opiniâtreté que les Français mirent à forcer de front le passage de 1 Alpon , opération qui ne leur réussit pourtant que le lendemain, en tournant l'aile gauche ennemie. Les corps autrichiens souffrirent beaucoup dans cette journée, et ne purent être recomplétés que par des recrues levées à la hâte, entièrement nues, sans instruction, et mal armées. Cependant, rien encore n'était

désespéré pour l’Autriche, tant que maîtresse de Mantoue , elle conservait au midi de sa frontière ce boulevard important.

Tel était l’état des affaires en Italie, quand Moreau se retira sur la rive gauche du Rhin et proposa un armistice. En accueillant sa demande on aurait pu prendre des quartiers d’hiver , et détacher par le Tyrol un nombre suffisant de troupes, hères des succès quelles venaient de remporter, pour essayer avec efficacité de débloquer Mantoue. Cette place ne s’étant rendue que le a février 1797, il y a tout lieu de croire que les renforts sei’aient encore arrivés à temps sur la frontière d’Italie pour la sauver. Quand bien même l’ennemi eût profité de l’armistice pour en envoyer de son côté à Bonaparte ; les premiers passant par le Tyrol auraient plutôt atteint leur destination que les autres , qui devaient traverser la France et la Savoie.

La sûreté de l’Autriche exigeait une telle mesure, car après la chute de Mantoue, rien ne la couvrait contre une invasion, dès qu’une armée suffisante ne protégeait pas sa frontière du midi.

Ces considérations importantes n’avaient point échappé à l’Archiduc. En transmettant la proposition de Moreau à la Cour de Vienne ,

ago HISTOIRE DE LA CAMPAGNE DE 1796.

il commença à faire filer quelques bataillons vers le Tyrol, mais il reçut Tordre positif de les faire rétrogader, et de prendre Kehl à toutprix. Ce fort fut réduit, mais Mantoue succomba après qu'Alvinzi eut perdu la bataille de Rivoli en cbercbant à la débloquer pour la seconde fois (1).

(1) L’Arcliiduc parait avoir justement calculé, dans cette occasion; cependant il semble que le premier intérêt des Autrichiens fût de brusquer la prise de Huningue et de Kehl, qui n’étaient pas achevés, et qu’on pouvait enlever de vive force. Il eût été facile ensuite de faire marcher en Italie une vingtaine de bataillons pour débloquer Mantoue , sauver Wurmser, et peut-être reprendre la Lombardie. Un tel renfort, joint aux nouvelles levées d’Alvinzi , eût suffi pour remplir ce but. Laisser Kehl aux Français, et ne marcher qu’avec quelques bataillons par le Tyrol , c'était un demi-moyen; car on ne sauvait pas Mantoue , et on s’exposait à perdre l’Allemagne . puisqu’on ne pouvait pas présumer que Beurnonvîlle restât dans la plus profonde inaction sur le bas Rhin, devant un faible corps d’observation, harassé de fatigues. On devait craindre que les Français dénonçant l’armistice, ne débouchassent de nouveau sur le Danube ; et cette raison , jointe à l’état peu avancé dans lequel se trouvaient les ouvrages de Kehl , paraissait un motif assez puissant pour tenter une attaque: on n’y eût pas perdu la moitié du monde que coûta le siège; et si elle eût réussi, l’Allemague et Mantoue étaient sauvées.

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Le Directoire ne laissa pas la faute du cabinet de Vienne impunie. Pendant que l’armée de P Archiduc était retenue devant Kelil , quatre demi-brigades et un régiment de cavalerie de l’armée de Rhin et Moselle , dix demi-brigades, un régiment de dragons et un de chasseurs de l’armée de Sambre et Meuse , partirent pour l’Italie sous la conduite des généraux Delmas et Bernadotte. Maître de Mantoue, Bonaparte avec ces renforts pénétra bientôt en Autriche. Il était déjà à Leoben, où il dictait la paix, lorsque les troupes détachées trop tard du Rhin , arrivèrent à marches forcées à Salzbourg.

Kehl est situé dans la vallée du Rhin au confluent de la Kintzig , vis-à-vis de Strasbourg, dans une plaine basse et par-ci par-là marécageuse. Le fleuve forme dans cet endroit deux coudes saillans du côté de Strasbourg. Le premier tourne à l’ouest du Auenheim-Kopf jusqu’au-dessous des îles appelées plus tard de l’Estacade, d’où il remonte 1,200 toises vers le nord, à peu de distance des ouvrages extérieurs de la ville de Kehl où commence le second» Celui-ci avec moins d’ouverture s’étend jusqu’au confluent de la Kintzig; sa corde est de 1,200 toises. Le Rhin est bordé de prairies semées de petits bois.

Le terrain en avant de Kelil , est coupé par la Kintzig qui se réunit à la Scliutter à 35o toises de la naissance du second coude du Pdiin ; cette rivière court parallèlement au fleuve l’espace de 25o toises, se dirige ensuite vers le nord, pour aller se décharger en plusieurs bouches au-dessous d’Auenlieim dans le Pdiin , qui reprend alors sa direction ordinaire.

Le fort est assis entre les lits de ces anses , et y appuyé ses flancs : son front n’est pas moins bien défendu.

Bâti en 1688, sur les dessins de Vauban, il tombait en ruines depuis la paix de 1697, qu’il échut au duc de Baden. Mais aussitôt après le passage du Rhin par l’armée française , on le considéra comme tête de pont de Strasbourg, et il fut mis en état de défense. On répara les antiens ouvrages , et on y en ajouta de nouveaux.

Le fort est un carré bastionné , enveloppé d’un fossé palissadé , de vingt pieds de largeur sur douze de profondeur. De chaque côté de la porte principale d’011 part la route qui conduit au pont du Rhin, sont des casemates à l’épreuve de la bombe. Il y en avait aussi dans les bastions qui font face au Rhin et à 1 angle de la Kintzig. Il existait en outre deux poternes voûtées. Le pourtour du glacis était défendu par dix-huit fougasses. Dans l’angle formé par

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