CHAPITRE XVI
triser son feu ; car il disposait de l’artillerie et des munitions de l’arsenal de Strasbourg.
Le transport de ses subsistances n’éprouvait aucun obstacle. Ajoutez à cela que la garnison pouvant être relevée périodiquement, et se reposer dans de bons cantonnemens sur la rive gauche , elle n’était pas exposée à se ruiner par les fatigues de la défense , et que le commandant de la place avait plus de monde qu’il n’en fallait pour exécuter à volonté de fortes sorties.
Quelle était au contraire la position des Autrichiens? Le corps de siège n’avait pas plus d’infanterie que l’ennemi ; forcé par la disposition du terrain à s’établir dans un demi-cercle coupé par la Kintzig et la Schutter (;que dans cette saison l’on ne pouvait traverser que sur des ponts ) il baraquait sur un sol marécageux détrempé par les pluies et les inondations , où il ne jouissait d’aucun repos , parce que la longueur des nuits , les brouillards fréquens et la crainte des sorties, le tenait continuellement sur le qui-vive. Enfin, il n’avait d’autre artillerie de siège et d’autres munitions, que celles qu’il faisait transporter avec peine de Mayence, Mannheim et Pbilipsburg , par les chevaux de son train de campagne , et ceux du pays mis en réquisition. Etait-il donc probable qu’on pût réduire Kehl, dans de telles conjonctures?
Quelque temps avant que l’Archiduc prît une décision, Moreau lui proposa un armistice, d’après lequel le Rhin aurait séparé les deux armées, et les Français eussent conservé les têtes de pont de Kehl etdeHuuingue. Une telle convention aurait procuré aux armées le repos dont elles avaient si grand besoin. A la vérité, les Français eussent gagné Je temps de mettre Kehl et le camp retranché dans un état si formidable , qu ils eussent été inattaquables ; et ce motif la ht refuser. Cependant des intérêts d état plus puissans auraient dû faire accepter ces propositions ; car il s'agissait de sauver la monarchie sur l'Adige, où il convient de porter un instant nos regards.
À l’arrivée de Vvurmser dans le Tyrol, les troupes venant de l'armée du Rhin s'étaient réunies aux débris de celles de Beaulieu, pour tenter le déblocus de Mantoue. Loin de se sei’vir de sa supériorité pour frapper un grand coup sur un point décisif, le Maréchal descendit en Italie sur deux colonnes éloignées et séparées par les montagnes. L une se dirigea par Brescia sur la communication principale de 1 ennemi, l’autre marcha le long de l'Adige sur Mantoue.
Bonaparte, en capitaine consommé, profita