‹ Vol 3Chapitre 11 sur 76 · LE PARADIS. CHANT IV · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT IV

« Si on nomme violence Pacte auquel ne prend aucune part la volonté passive, une semblable excuse n’absout point ;

« Caria volonté ne s’éteint pas contre son gré. Observe la nature agir dans le feu : il se tord si on le violente.

« La volonté quand elle plie, même légèrement, cède à la force ; ainsi faillirent ces âmes, au lieu de retourner dans la sainte demeure.

« Ont-elles, comme Laurent sur le gril, etScévola sans pitié pour sa main, conservé leur volonté intacte ?

* Libres, elles eussent revolé vers la retraite d’où on les avait ravies ; de pareils courages sont rares.

« Si tu as bien recueilli mes instructions, le voilà délivré d’un argument importun; un nouvel écueil se présente, et tu y trébucherais.

« Une âme heureuse, je te l’ai enseigné, ne saurait mentir, car elle s’abreuve aux sources de la vérité primitive.

« Tu as donc ouï de Piccarda que Constance garda son attachement pour le voile ; et cela semble contredire le reste.

« Souvent, frère, pour éviter le péril on commet malgré soi des actions illicites ;

« Tel Alcméon, conjuré par son père, tua sa propre mère, et pour ne pas violer la piété se rendit impie.

« Médite là-dessus : rien n’excuse dans les fautes, l’accord de la force et de la volonté; absolue, elle repousse le mal; mais elle y consent, lorsqu’elle a peur de tomber dans une plus grande peine.

« Or, Piccarda entendaitla volonté absolue, moi j’entends l’autre, et nous disons vrai toutes deux. »

Ainsi coulèrent les ondesdu saint ruisseau jaillissant de la fontaine

LA DIVINE COMEDIE

d’où dérive toute clarté- ainsi elle porta la paix dans l’un et l’autre de mes désirs.

« O amante de l’immortel amant ! ô femme céleste! m’écriais-je , ta parole m’éclaire , m’embrase, et me vivifie de plus en plus ;

« Mon affection ne possède pas la puissance de t’exprimer sa gratitude; que le Voyant et le Souverain réponde à ma place!

(< Notre intelligence ne sera jamais rassasiée, excepté parlasplendeur du vrai , en dehors duquel nul vrai ne subsiste.

<f A peine l’a-t-elle atteinte, elle s’y repose comme la bête sauvage dans sa tanière, et loin de lui, chacun de nos espoirs nous leurre.

« Par le désir, le doute naît au pied de la vérité comme un rejeton , et , suivant sa nature , il nous pousse de colline en colline jusqu’au sommet.

« Ceci m’invite , ceci m’encourage, 6 dame, à vous demander humblement le secret d’un autre précepte obscur pour ma faiblesse.

« De bonnes œuvres ne satisferaient-elles pas à un vœu rompu , et ne pèseraient-elles pas dans la balance? «

Béatrice fixa sur moi des regards étincelants d’amour, des regards divins; ma force domptée se détourna d’eux,

Et, comme éperdu, je baissai les paupières.

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