‹ Vol 3Chapitre 15 sur 76 · LE PARADIS. CHANT VI · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT VI

« Antandre et Simois, d’où elle s’élait élancée, elle les revit, et le lieu où repose Hector ; puis, pour le malheur de Ptolémée, elle repartit.

« De là, elle vint foudroyer Juba ; puis elle se déploya une seconde fois vers votre Occident, où elle entendait le clairon de Pompée.

« Pour ce qu’elle fît avec son héritier, Brutus et Cassius aboient aux enfers ; Modène et Pérouse en gémirent de désolation.

« Et la triste Cléopâtre en pleure encore, elle qui, en fuyant devant l’oiseau invincible, reçut de l’aspic une mort soudaine et atroce.

« Avec un empereur, l’aigle romaine courut jusqu’à la Mer Rouge ; avec l’autre, elle établit la paix dans le monde et ferma le temple de Janus.

« Mais les prodiges opérés par le signe radieux, et ses actes futurs dans son royaume mortel, s’éclipsent devant ses annales sous le troisième César ;

« Si on l’examine avec un œil clairvoyant et une affection pure, dans cette main, la justice vivante qui m’inspire lui accorda la gloire de servir sa colère.

« Or émerveille-toi : avec Titus, elle vola tirer vengeance de la vengeance du péché antique.

« Lorsque la dent lombarde mordit la sainte colombe, Charlemagne la secourut en triomphant sous les ailes de l’aigle.

« Juge désormais ceux que j’ai accusés plus haut, et leurs folies, source de vos revers.

« L’un, au signe universel, oppose les lis d’or; l’autre se les approprie pour son intérêt de parti : le plus coupable, comment le désigner?

« Qu’ils trament, les gibelins, qu’ils trament leurs manœuvres sous un autre signe ; on le suit mal, quand on le sépare de l’équité.

LA DIVINE COMEDIE

<- Que le Charles nouveau ne l’abatte pas avec ses guelfes ; mais qu’il craigne les serres, car elles ont arraché la crinière à un lion plus superbe.

«■ Pourde crime paternel, les filsont souvent pleuré; Dieu, contre les lis, ne changera point ses armoiries.

« Cette petite étoile est ornée des bons esprits, laborieux et actifs sur la terre, pour y être remplacés par l’honneur et la réputation.

« Quand les désirs, s’écartant de leur voie, aspirent trop à la gloire, les rayons du véritable amour montent moins brûlants vers le ciel.

« Dans la mesure de nos récompenses et de notre mérite, réside une partie de notre joie; nous ne la voyons ni inférieure ni supérieure.

« L’inaltérable justice calme nos cœurs, et y enchaîne, avec le désir, les mauvais instincts.

« Des voix différentes forment les doux concerts ; ainsi les différents degrés de notre vie exhalent une suave modulation au milieu des sphères angéliques.

« Dans cette perle luit la splendeur de Roméo, dont l’œuvre grande et belle fut mal récompensée.

« Les Provençaux, ses ennemis, ne gardèrent pas longtemps sujet de rire; on chemine mal en façonnant à sa ruine les bienfaits d’autrui.

« Raymond Béranger eut quatre filles ; chacune devint reine, et ceci arriva par Roméo, personnage humble et pèlerin errant.

« Puis Raymond, excité par des accusations louches, réclama des comptes à ce juste qui lui rapportait douze pour dix ;

« Alors il s’en alla pauvre et vieux, et si le monde savait son courage, en mendiant son pain, morceau à morceau,

« Ce monde, qui le loue beaucoup, le louerait davantage. »

CHANT Vil.

«Gloire à toi, Dieu saint, ô Sabaoth ,

A toi dont la splendeur illumine Les flammes bienheureuses de ce royaume ! »

Ainsi, en se tournant vers sa sphère, me semblait chanter l’àme environnée d’un double éclat ;

Puis, elle et ses compagnes nouèrent leur danse, et comme des étincelles rapides, se voilèrent tout-à-coup à mes yeux, dans le lointain.

Traversé de doutes, je me murmurais : Confie-toi donc à ta dame chérie, qui appaise ta soif avec la douce rosée de ses lèvres.

Mais le respect, dont me pénètre Béatrice, m’inclinait comme une personne près de s’endormir.

Ma dame, interrompant ma peine, m’adressa les paroles suivantes, et son magique sourire aurait rendu heureux un homme dans la flamme.

« Mon jugement infaillible m’apprend tes pensées intimes; tu scrutes comment une équitable vengeance fut équitablement punie.

« Je résoudrai bientôt tes incertitudes : écoule; ma bouche va le révéler un principe auguste.

« Pour n’avoir pas souffert un frein salutaire à sa volonté , l’homme inconçu, en se damnant, damna toute sa race.

LA DIVINE COMEDIE

* Pour celle chute, l’espèce humaine languit pendant plusieurs siècles dans une grande erreur jusqu’au jour où le Verbe divin descendit sur votre globe;

« El par le seul acte de son éternel amour, il unit en sa personne la nature, infidèle à son créateur.

« Observe bien ce que je t’expose. Unie ù son créateur, cette nature fut enfantée sincère et bonne ,

« Sa faute l’exila duParadis, car elle a dévié du chemin de la vie et de la vérité.

« Le supplice enduré sur la croix, si on l’applique à la nature passagèrement revêtue par le crucifié, fut donc le plus légitime des supplices.

« Et nul ne fut plus illégitime, si l’on considère la victime où s’unissait la double essence :

«• Acte unique d’où sortirent des effets divers. La même mort plut à Dieu et aux juifs; par elle la terre trembla et le ciel s’ouvrit.

« Désormais ne sois plus surpris d’entendre qu’une cour juste a châtié une juste vengeance.

« De pensées en pensées, ton esprit s’embarrasse dans un nœud dont il voudrait vivement être affranchi , et le mystère de la Rédemption le tourmente.

« Frère, ce décret demeure caché pour les yeux de tout homme dont l’intelligence n’a point grandi dans les flammes de l’amour.

« Comme les avides sondeurs cherchent vainement à en pénétrer le mystère, je te dévoilerai pourquoi il s’opère sous une telle forme.

« La divine mansuétude, qui écarte toute haine de son centre, illumine, en se consumant, et dispense les éternelles beautés.

« Éternelles subsistent les créatures qu’elle enfante sans intermé-

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