‹ Vol 3Chapitre 18 sur 76 · LE PARADIS. CHANT VIII · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT VIII

« Mais la mauvaise domination, semence de révolte pour les peuples soumis, avait excité Palerme à crier : Meure ! meure !

« Et si mon frère savait prévoir, il répudierait la cupide avarice de ses ministres catalans, pour n’avoir pas à en souffrir;

« Certes, il devrait aviser, par lui ou par d’autres, à ne pas ajouter un fardeau de plus dans sa barque chargée.

« Son caractère, métamorphosé de libéral en avare, aurait besoin de serviteurs occupés à d’autres soucis que de thésauriser dans leurs coffres. «

Et moi à la splendeur : « La joie profonde dont m’emplit ta parole, ômon seigneur, tu la contemples comme moi-même, en Dieu, source et fin de toute allégresse.

« Je la goûte avec plus de délice. Achève de m’éclairer, car tout en me rendant joyeux, tu m’as conduit à douter comment un fruit amer peut éclore d’une semence douce. »

Et l’âme bienheureuse : « La connaissance de la vérité ramènera tes yeux vers le pôle envié, d’où tu t’éloignes.

« Le bien suprême, moteur et volupté du royaume dont tu scandes les harmonies, dirige par sa providence les vastes corps astrals.

« Au sanctuaire de sa pensée, sagesse parfaite, les créatures s’abreuvent, et y trouvent leur centre sauveur.

« Tout ce que l’arc divin décoche tombe droit à une fin marquée d’avance, comme la flèche lancée vers son but ;

« Ou le ciel que tu parcours produirait, au lieu d’œuvres vivantes, des ruines :

« Chaos impossible si les intelligences, motrices des étoiles, ne sont pas défectueuses, comme le serait l’esprit créateur d’œuvres imparfaites.

« Cette vérité, veux-tu la pénétrer plus clairement? » Et moi :

LA DIVINE COMÉDIE

«Non : la nature, je le crois, ne saurait faillir dans son labeur tutélaire. »

Et la splendeur : « Or , réponds : l’existence humaine deviendraitelle pire, si l’homme ne vivait pas en société. — Oui, répartis-je, et je n’en demande pas la raison au milieu des chœurs angéliques.

— « Et le monde social subsisterait-il, si les hommes ne se développaient pas en divers modes, par des professions diverses ? non, d’après les écrits de votre maître. »

Et la splendeur poursuivit : « Pour des effets multiples, des causes multiples : l’un est Solon, l’autre Xercès, l’autre Melchisedech, l’autre l’inventeur qui perdit son fils, comme ce fils voyageait dans l’air.

« La puissance des cercles célestes imprime son cachet à la cire mortelle et opère indistinctement son travail.

« De là il advient qu'en brisant le sein maternel Esaü se sépare de Jacob, etQuirinus, issu d’un père vil, passe pour le fils de Mars.

« La nature engendrée serait toujours conforme à la nature génitrice, si la divine Providence ne triomphait pas.

« Maintenant ton esprit possède ce qui le fuyait ; recueille un dernier corollaire et sache combien je me plais à t’instruire.

« Toujours la nature avorte, si la fortune combat son œuvre, comme toute autre semence répandue hors du terrain favorable.

« Si votre monde s’appuyait sur les bases posées par elle, votre monde aurait de meilleurs habitants.

« Mais vous revêtez de l’étole tel qui était né pour ceindre l'épée; vous sacrez roi tel qui devait être prédicateur.

« Ainsi vous marchez hors du vrai chemin. »

J) an L e s entre tient avec plusieurs unies.

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