LE PARADIS CHANT XIV
Ainsi des substances distinctes nie semblèrent couronner les deux autres couronnes.
O véritable reflet de l’Esprit saint! tout-à-coup, devant ses dévorantes étincelles, mes yeux vaincus s'abaissèrent.
Béatrice.... mais sa transfiguration, tant elle fut magnifique et sereine, s’abîme parmi les visions que n’a pu conserver ma mémoire.
Cependant mes paupières se rouvrirent, et je me retrouvai transporté seul avec ma dame dans une sphère d’un degré plus propice et plus haute.
Plus pourpre flottait l’astre au sourire enflammé ; du fond de mon cœur et avec le langage intime, gravé dans tous les cœurs, j’adressai à Dieu l’holaucauste de mes remerciements.
La ferveur du sacrifice n’était pas encore éteinte, comme des augures favorables, surgirent des splendeurs éblouissantes et rouges entre deux rayons: O Hélios! m’exclamais-je, combien lu les ornes.
D’un pôle à l’autre, la voie lactée, peinte d’étoiles inégales, prolonge sa ligne blanche, objet d’incertitudes pour les savants ;
De même les rayons constellés dessinaient dans la profondeur de Mars le signe vénérable formé par la jonction des cadrans au milieu du cercle.
Ici la mémoire éclipse le génie, car sur cette croix resplendissait le Christ, et les termes manquent pour la retracer.
Le pèlerin, qui prend son fardeau libérateur pour suivre l’auguste crucifié, me pardonnera mon silence, en le voyant un jour étinceler sur l’arbre sidéral.
D’une branche à l’autre branche, et de la cime à la base ondulaient des lueurs mobiles, scintillantes lorsqu’elles se rencontraient ou traversaient leurs lignes ;
Tels volent ou serpentent, lents ou rapides, les tourbillons chan-
LA DIVINE COMEDIE
géants des atômes, dans le rayon qui souvent traverse l’ombre ménagée par l’intelligence et l’industrie humaines.
Et comme un luth et une harpe montés à l’unisson modulent un délicieux prélude, même pour celui dont l’oreille ne saisit pas la note ;
Ainsi, des lumières épanouies sur la Croix s’exhalait une mélodie dont l’écho ravissait sans même comprendre leur hymne.
« Ressuscite et triomphe. « Ces accents m’arrivaient à travers mille louanges majestueuses et insaisissables.
Énamouré, j’y demeurais suspendu; aucun objet jusques-là ne m’avait attaché par de si agréables liens.
Comment osai-je mettre au-dessous le bonheur de regarder les beaux yeux où se rassérènent mes désirs ?
Les empreintes de la beauté croissent à chaque échelon du firmament, et alors je ne contemplais point ma déesse ?
Quiconque y réfléchit excusera une faute dont je m’accuse pour la justifier, et agréera mon aveu sincère.
Car la religieuse extase, puisée dans les deux cachets angéliques, ne saurait se traduire pour notre monde infime;
A mesure que l’on s’élève, elle devient plus pure.
La merc dt Czccidd md<t.
CHANT jXV.
Comme la cupidité se manifeste parle mauvais vouloir, l’amour vertueux, saint dans ses aspirations, produit une intention bienveillante \
Elle imposa silence à la douce lyre, dont la main céleste monte et détend les cordes sacrées.
Comment se montreraient- elles sourdes à de justes prières ces ineffables substances? pour m’inspirer le désir de les interroger, elles se turent d’un même accord :
Oui, certes, il mérite bien de se lamenter sans fin l’aveugle qui, par idolâtrie des choses passagères, se prive d’un tel amour.
Dans l’azur serein et paisible, où elle voltige, parfois une lueur subite attire nos regards distraits, semblable à une étoile mouvante ;
Seulement nulle clarté ne s’éteint où elle s’allume, et la sienne tôts’évanouit. Tel, de la branche droite au pied de la croix, vola un météore de la resplendissante constellation ;
Et la perle, sans se détacher, parcourut la ligne radieuse, et on eut dit un feu luisant à travers l’albâtre.
Non moins pieusement attendrie, s’il faut en croire notre plus noble muse, apparut l’ombre d’Anchise, lorsqu’il aperçut son (ils dans l’Élysée.
« O mon sang ! ô grâce insigne ! A qui jamais fut deux fois ouverte la porte du ciel, comme à toi? »
Ainsi s’exclama le joyau enflammé : moi, considérant tour-à tour sa lumière et Béatrice., je restai partagé entre une double sur prise.
Dans les yeux aimés brillait un sourire où je crus voir le dernier terme de ma béatitude et de mon paradis-,
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Après quoi, l’attrayant et mélodieux esprit proféra des paroles mystérieuses pour mon intelligence ;
Il ne les voilait point avec volonté, mais parce que ses conceptions dépassaient l’entendement morlel.
Quand l’élan de son affectueuse émotion se calma et me laissa pénétrer ses discours, voici le premier dont j’eus la clé : O bénie sois-tu, triade unitaire, si favorable à ma race !
Et il ajouta : « Tu appaises, mon fils, au sein de la splendeur d’où je te parle, un cher etlong souhait puisé dans la lecture du vaste livre dont jamais ne varient les pages noires ou blanches.
« J’en remercie la patrone dont l’appui t’a prêté des ailes pour aborder ces régions élues.
« Ta pensée se réflète dans la mienne par le miroir de l’archétype, comme de l’unité procèdent les nombres, à l’œil pénétrant ;
« El comme tu le sais , tu ne me demandes point mon origine, ni pourquoi mon allégresse éclate davantage dans la troupe joyeuse.
« Ta croyance t’instruit fidèlement ; dans notre adoration immortelle, les grands et les petits consultent le miroir où, même avant d’éclore., flottent tes idées.
« Mais pour étancher l’amour sacré dont le feu me consume, et entretient ma perpétuelle veille, que ta voix libre et frémissante m’exprime par son timbre ton vœu intérieur.
« Ma réponse est déjà écrite. » J’interrogeai de l’œil Béatrice, qui devinait d’avance mon langage, et son gracieux sourire doubla l’essor de mon envie.
Je commençai de la sorte : « L’amour et la science, dès que vous apparut l’égalité primitive, pesèrent le même poids dans chacun de vous ;
« Cardans le soleil, dont les rayons vous illuminent et dont l’ar-