LE PARADIS. CHANT XXIV
— Alors j’entendis : « Si tout ce qui s’acquiert sous le soleil par la science était conçu avec une égale perfection, l’esprit de sophisme n’y aurait point de place. «
Et le souille exhalé de la topaze brûlante ajouta : « Juste a sonné le métal de ta monnaie? Dis, l’as-tu dans ta bourse? «
Et moi : « Oui, brillante et bien frappée ; nul doute ne me reste sur son coin. » — El la haute étoile radieuse : — « Le précieux joyau sur lequel votre vertu se fonde, d'où te vient-il? » —
Et moi : La rosée abondante du Saint-Esprit, répandue sur les pages des deux testaments, a éclairé mon âme; leur syllogisme victorieux éclipserait toute autre démonstration. «
— Et la voix sainte : « Ces pages antiques et nouvelles, ton llambeau, à quels signes les reconnais-tu pour divines? »
— Et moi : « Aux œuvres, leurs fruits ! pour ces œuvres jamais la nature ne chauffa le fer ni ne battit l’enclume. »
— El la voix d’en haut : « Qui t’affirme l’existence de ces œuvres ? rien, hors le témoignage même de la parole à prouver. »
— « Le monde, repartis-je, s’est converti au christianisme sans miracles : miracle cent fois au-dessus de tous les autres;
<■ Car tu entras pauvre et à jeun dans le champ, pour y semer la bonne plante, vigne jadis et maintenant ronce. »
Après ce dialogue, la cour sublime entonna du milieu des sphères : " Louons Dieu dans notre verbe ineffable, harmonie céleste. »
Et le puissant docteur, dont l’interrogatoire me poussa débranché en branche jusqu’à la cime : « La grâce, ta mystique amante, a ouvert sagement tes lèvres.
« Explique maintenant la croyance, et confesse ton principe révélateur. » Et moi à l’apôtre •
— « O saint père, ô Esprit, tu possèdes la vision pour laquelle,
LÀ DIVINE COMEDIE
dans la ferveur, tu as devancé au sépulcre des pieds plus jeunes.
« Tu m’invites à déclarer le symbole de ma foi vive et sa première source ; le voici :
« Je crois en un Dieu, seul et immortel, immobile et mouvant les cieux par l’amour etle désir •
« Pour fortifier ma croyance, outre les oracles physiques et métaphysiques, j’invoque la vérité sainte émanée de votre royaume,
« Par Moïse, par les prophètes, par le psalmiste, par l’Évangile, et par vous qui avez écrit sous l’inspiration de la colombe.
« Et je crois en trois personnes éternelles, et j’y découvre une seule essence trinitaire, enserrant à la fois le nombre simple et le complexe.
" Cette mystérieuse nature divine se grava dans ma conception par plusieurs passages de la doctrine évangélique :
« Principe lumineux, étincelle dilatée en flamme vivifiante, elle brille en moi, comme une étoile au firmament. »
Le maître, charmé par une nouvelle favorable, embrasse le serviteur et s’en félicite, après l’avoir ouïe ;
De même, en me bénissant et en chantant, la lueur apostolique m’environna trois fois de son auréole, dès que mes lèvres furent closes.
Tant lui avaient plu mes discours.