LE PARADIS CHANT XXVII
El ma dame : « Abaisse ta pupille; examine combien d’espace tu viens de parcourir. » J’abaissai ma paupière.
Depuis l’instant où j’avais regardé pour la première fois, j’avais parcouru tout l’arc enserrant le premier climat depuis le milieu jusqu’à l’extrémité du méridien.
Au-delà de Gadès, je découvrais le passage insensé d’Ulysse, et en deçà, plus près, le rivage sur lequel Europe devint un fardeau si doux.
J’aurais embrassé davantage de notre coin de terre ; mais le grand astre, gravitant sous mes pieds, avait franchi plus d’un signe.
Mon esprit enamouré, rempli par son charme éternel, ardait d’un désirjnfini de reporter sa contemplation sur Béatrice.
La nature et l’art unirent leurs prestiges pour captiver l’àme par les yeux, soit dans la réalité vivante, soit dans les images peintes ;
Cependant leur double magie s’évanouirait devant l’idéal enchantement dont m’illumina son riant visage.
Et sa puissance, m’arrachant du beau nid de Léda , m’emporta dans le ciel le plus rapide :
Région éclatante et profonde, uniforme dans sa gloire. Je ne saurais préciser le lieu choisi par ma conductrice ; elle, avec un sourire où Dieu semblait sourire :
« Ici commence la nature du monde immobile, moteur universel; ici sa limite.
« Ce monde a pour unique espace l’esprit divin, où s’enflamme la roue de son amour,, et la vertu qu’il épanche.
« La lumière et l’amour l’environnentd’un cercle comme les autres; son enceinte^ nul ne la comprend, hors son centre générateur.
« Aucune impulsion ne détermine son mouvement, et sur le sien se mesure le mouvement des sphères inférieures, comme le nombre dix sur sa moitié ou sur son cinquième.
LA DIVINE COMEDIE
« Dans ce vase, le temps a ses racines, et, dans les autres, son feuillage ; tu dois le concevoir d’après mes explications.
« O cupidité, tu accroupis les mortels sous ton fardeau; pas un ne possède la force d’élever les yeux hors de tes fanges.
« La volonté fleurit par intervalles dans l’homme; mais la pluie continuelle tare les bons fruits,, ou ils avortent.
« Hélas! l’innocence et la foi se rencontrent seulement chez les petits enfants; puis chacune s’envole avant que le duvet couvre leurs joues.
« Tel jeûne, bégayant encore, puis la langue déliée, dévore toute nourriture sous toute lune.
« Et tel, bégayant, écoute et affectionne sa mère , puis sachant parler, souhaite la voir ensevelie.
« Ainsi se transforme en noire la peau blanche de la belle fille dont le père lumineux apporte le matin et laisse le soir.
«Toi, pour ne point t'en scandaliser, apprends-le; quand aucun chef ne gouverne , la famille humaine dévie.
« Avant que janvier se dégage tout entier de l’hiver, à cause du centième négligé sur votre globe , les cercles supérieurs mugiront avec d’autres influences;
« La fortune, attendue si avidement , dirigera les poupes où sont les proues,, et la flotte voguera droit.
« Alors mûrira le fruit après la fleur. »
. ,, a " ■;.! jïi ■: ‘A •• f
m ù* éîifw 'fi n'-j,,' . l; •• h ; :
UrT.^'S
Le centre divin.