LE PARADIS. CHANT III
« Frère, une vertu de charité règle notre vouloir et nous épargne la soif d’aucun autre bien. Si nous convoitions un plus haut séjour, nos désirs violeraient la loi de l’ordonnateur suprême.
« Aucune désharmonie n’afflige les cercles angéliques où l’amour doit régner; tu t’en convaincras, si tu observes bien leur nature.
« Comme il faut nous tenir enfermées pour notre bonheur dans la volonté divine, nos volontés se fondent en une seule.
« Ainsi rangées de sphère en sphère, notre ordre plaît à tout le royaume bienheureux, comme au roi dont la volonté captive la nôtre.
« Dans la sienne, repose notre paix ; c’est la mer où tend tout ce qu’a créé son pouvoir, tout ce que la nature enfante. »
Alors je compris comment tout séjour dans le Ciel est paradis, quoique la grâce de la béatitude y ruisselle d’une manière inégale.
Comme le désir non rassasié s’accroît dans un festin, j’exprimai, par mon geste et ma parole, mon envie d’apprendre quelle fut la toile dont la belle «me interrompit le réseau.
Elle à moi : « Une vie parfaite, un mérite éminent placent dans une zône plus sublime une femme sainte;
« On s’habille et l’on se voile sur votre globe, selon sa règle, afin de veiller et de dormir jusqu’à la mort avec l’époux qui accepte tout vœu formé selon l’ardeur de la charité.
« Pour suivre celte règle, je m’enfuis du monde toute jeune; je m’enfermai sous son habit, et je promis d’accomplir la loi de son Ordre.
« Des hommes, plus accoutumés au mal qu’au bien, m’enlevèrent de mon doux cloître ; Dieu sait quelle fut ensuite mon existence.
« Pour la splendeur scintillante, à droite, de tout l’éclat de notre sphère, elle songe à son destin pareil ; de même on ravit sa tête à l’ombre du bandeau sacré.
LA DIVINE COMEDIE
« Mais quand elle fut rentrée dans le monde., contre son penchant et contre une sainte habitude, elle ne fut jamais dépouillée C" oile de son cœur.
« C’est la lumière de la grande constance, qui du second orgueil de Souabe engendra le troisième, dernière puissance de cette maison. »
Ainsi parla l’ombre bienheureuse; ensuite elle se mita chanlei la Salutation Angélique , et tout en chantant, elle s’évanouit comme à travers l’eau sombre une chose pesante.
Lorsqu’elle eut entièrement disparu, je me retournai vprs le but d’une plus ardente aspiration , et je ramenai mes regards sur Béatrice ;
Couronnée d’éclairs, elle m’éblouit, au premier coup-d’œil, par son aspect radieux.
Et moi, je n’osai d’abord l’interroger.