PIC DE TÉNÉRIFFE — ÉRUPTIONS DE I70<> ET DE
Le grand cratère du volcan de Ténériffe forme un vaste cirque ovale, au centre duquel s’élèvent le Pic et deux autres cônes nommés Chahorra et Montana Blanca. Sur le sommet du Pic, couvert de neige la plus grande partie de l’année, s’ouvre le cratère encore fumant nommé la Caldera ( chaudière ), dont les bords sont formés de roches abruptes sur lesquelles on trouve, en descendant vers l’orifice , de beaux cristaux de soufre en aiguilles. C’est en 1704 qu’eurent lieu la dernière éruption mémorable de ce volcan et la destruction de la petite ville de Guarrachico, déjà dévastée, en 1615, par une terrible inondation due à des pluies torrentielles.
« Guarrachico était une ville agréable, entourée de champs fertiles et de riches vignobles : elle avait, en outre, un port très-bon et des plus commodes. Dans la nuit du 5 mai 1704, on entendit sous terre un bruit semblable à celui de l’orage, et la mer se retira. Quand le jour vint éclairer le phénomène qui épouvantait les malheureux habitants, on aperçut le Pic couvert d’une vapeur rouge effroyable. L’air était embrasé, une odeur de soufre suffoquait les animaux épouvantés, qui poussaient des gémissements lamentables ou des bêlements plaintifs. Les eaux étaient couvertes d’une vapeur semblable à celle qu’exhalentdes chaudières bouillantes : tout à coup la terre s’ébranle et s’entr’ouvre ; des torrents
de lave échappés du cratère de Teyde 1 se précipitent dans les plaines du Nord-Ouest. La ville, moitié engloutie dans les fentes du sol, moitié recouverte par les laves vomies, disparaît en entier. La mer, rentrant bientôt dans son lit, inonde les débris du port qui s’est affaissé ; des vaguas et des monceaux de cendres occupent la place du Guarrachico, et l’on retrouve aujourd’hui les restes des maisons parmi des fragments de lave.
« Les habitants tâchèrent de se sauver par une prompte fuite, maisla plupart firent des tentatives inutiles : les uns furent engloutis dans des fentes qui, en se comblant, les enterraient tout vivants ; d’autres, étouffés par les vapeurs sulfureuses, tombaient asphyxiés au milieu de leur course chancelante. Une grande partie de ces infortunés avaient cependant échappé à tant de périls, et, se voyant loin de leurs toits embrasés, se berçaient de l’espoir d’échapper à la mort, quand ils furent presque tous écrasés par une grêle de pierres énormes, dernier effet delà fureur du Pic, qui, après avoir lancé ces innombrables rochers, s’apaisa en grondant *. »
Après ce bouleversement, les Canaries, pendant plus d’un siècle, n’éprouvèrent aucun nouveau désastre produit par les feux souterrains. Mais, dans la nuit du 8 au 9 juin 1798, un bruit épouvantable se fit entendre à Ténériffe, suivi de fortes secousses qui précédèrent une violente secousse du Chahorra.
On voit à Ténériffe, comme aux îles Lipari , en Islande, dans les Andes et autresccntres d’éruption, des ruisseaux
1 Nom donné au pic par les habitants des Canaries * Les Iles Fortunées, par Bory de Saint-Vine
Hp. 28. — Le Pic de Ténériffe.
VOLCANS DE L’ATLANTIQUE
de lave ayant l’apparence du verre. Ces coulées vitreuses sont souvent composées d’obsidienne, roche volcanique dont les couleurs varient depuis le noir et le vert jusqu’au rouge et au jaune. On travaille l’obsidienne pour en faire des miroirs, des objets d’ornement. Les Grecs la taillaient en pointes de flèches. Les Mexicains Remployaient au même usage et en faisaient des armes tranchantes. Les premiers habitants des Canaries, les Guanches, fabriquaient aussi des instruments avec les pierres volcaniques, et en armaient l’extrémité de leurs piques, de leurs, massues et de leurs javelots.