LES H ES P Ê R I D ES
Les Canaries étaient connues des anciens sous le nom d’iles Fortunées, qui leur fut sans doute donné par les premiers navigateurs pour la beauté de leur climat et la fécondité de leur sol. Après ces îles, « on ne voyait plus que le lieu où finit le jour et où la voûte du ciel s’appuie sur le globe. » Les poètes y plaçaient le séjour des âmes bienheureuses, et dans YOdyssée le dieu marin Protée dit à Ménélas : « Les immortels t’enverront dans des champs Élyséens, à l’extrémité du monde, où le sage Rhadamanthe donne des lois, où les hommes passent une vie douce et tranquille ; où l’on ne trouve ni les neiges, ni les frimas de l’hiver, mais où l’air est toujours rafraîchi par les douces haleines des zéphyrs que l’Océan y envoie. » Suivant Hésiode, Jupiter place l’àme des héros « aux confins de la terre, par delà l’O-
m VOIXANS ET TREMBLEMENTS DE TERRE.
eéan aux gouffres profonds, dans les îles Fortunées, où trois fois par an le sol fécond leur prodigue des fruits brillants et doux comme le miel. »
Les anciens poëmcs nous dépeignent aussi « l’énorme Atlas au milieu de l’Océan, devant les Ilespérides, soutenant le vaste ciel. Sa cime neigeuse couronnée de pins, battue par les vents, est sans cesse environnée de nuages obscurs et brille la nuit des feux qui s’en échappent. »
A Ténériffe commeà Madère, comme sur les pentes du Vésuve et de l’Etna, la vigne croit à côté des palmiers et donne d’excellents produits. Dans leur Histoire naturelle des îles Canaries , MM. Parker Webb et Berthelot décrivent ainsi le paysage qui s’offre au voyageur dans une des parties de l’ile toute plantée de vignes de Malvoisie : « ... Maintenant les obstacles se multiplient : nous marchons sur une ancienne contrée ; le sol est raboteux, rempli de creux et d’aspérités ; mais les plantes croissent avec vigueur dans ces champs où jadis l’éruption promena l’incendie ; les fruits plus savoureux y sont toujours printaniers. Nous voici sur la grotte d’Icod, ténébreuse caverne qui mine tout le vallon. Cependant les berges s’élargissent, la mer étend au loin son horizon ; nous traversons le pont de bois qu’on a jeté sur le ravin, et bientôt, en tournant le contre-fort de laVega, Guarrachicû va nous montrer ses plages brûlées. Le flot se brise contre les falaises du Guincho, un torrent se précipite du haut des rochers et rejaillit en bruyante cascade à quelques pas du rivage, près d’un groupe de bananiers. Rien n’a pu arrêter l’audacieux vigneron ; les cultures garnissent tout le massif qui
VOLCANS LE L’ATLANTIQUE
borde la côte, elles pampres verts couvrent la montagne depuis la base jusqu’au sommet. »