CRATÈRE DE L'ORIZABA
L’Orizaba, beau cône de 0,000 mètres d’élévation, dont le nom atzèque Citlalpetl signifie montagne des étoiles, a été le théâtre d’éruptions très-violentes, de 1545 à 1500, mais il est resté en repos depuis cette époque. Lorsqu’au mois de septembre 185G, le baron de Miiller en fit l’Ascension, ce savant ne parvint au sommet qu’à sa seconde tentative. Perdu pendant la première au milieu des glaces, il fut enveloppé par une
effroyable tempête, et ne redescendit qu’avec beaucoup de peine par une route extrêmement dangereuse. Des informations nouvelles lui indiquèrent un meilleur chemin ; deux habitants de la ville voisine se joignirent à lui, et les Indiens furent envoyés en avant pour préparer dans une grotte voisine de la limite des neiges ce qui était nécessaire pour y passer la première nuit.
Les voyageurs n’arrivèrent dans ce lieu de halte que longtemps après le coucherdu soleil, lorsque déjà la lune répandait sa sereine clarté sur la vaste et magnifique conlrée. Ils contemplèrent le site, en se réchauffant auprès d’un feu allumé par les Indiens. D’un côté, un rideau de noirs sapins se détachait sur le ciel ; de l’autre, le gigantesque volcan, presque voilé par le brouillard, réfléchissait les rayons de la lune, et cette lueur mystérieuse le faisait paraître plus majestueux encore.
Pour franchir, le lendemain, les champs de neige, il fallut souvent s’aider, en rampant, des rochers dont ils étaient remplis. La difficulté d’arriver au sommet augmenta encore lorsqu’une neige fine vint à tomber. Aussi ne fut-ce qu’à six heures de l’après-midi que M. de Müller put, avec ses compagnons, mettre le pied sur le bord du cratère.
« J’avais atteint mon but, dit-il dans sa relation, et la joie fit évanouir toutes mes douleurs ; mais ce ne fut que pour un instant, car je tombai aussitôt à terre, et un flot de sang sortit avec violence de ma bouche.
« Lorsque je revins à moi, j’étais encore près du cratère : alors je recueillis toutes mes forces pour regarder et observer autant qu’il m’était possible. Ma plume ne peut décrire l’aspect de ces lieux ni l’impres-
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sion qu’ils produisirent sur moi. C est la porte du monde infernal, que gardent la Nuit et l’Épouvante. Quelle terrible puissance il a fallu pour soulever et faire éclater ces masses énormes , les fondre et les entasser comme des tours, jusqu’au moment où elles se sont refroidies et ont atteint leurs formes actuelles !
« Une couche jaunâtre de soufre recouvre en plusieurs places les parois internes, et sur le fond s’élèvent différents petits cènes volcaniques. Le sol du cratère, aussi loin que je pouvais voir, était couvert de neige, et nullement chaud par conséquent. Les Indiens m’assurèrent que, sur différents points, un air chaud sort des fentes de la roche. Bien que je ne l’aie pas vé-
rifié, ce fait me paraît tout fait admissible , car j’ai souvent observé pareil phénomène sur le Popocatepetl.
« Mon plan primitif de passer la nuit sur le cratère était, pour des causes majeures, devenu impraticable. Le crépuscule qui, sous cette latitude, est, comme on sait, très-court, avait déjà commencé, nous dûmes nous disposer au retour. Les deux Indiens roulèrent ensemble les nattes de paille qu’ils avaient apportées , et les courbèrent par devant, de manière à former une espèce de traîneau ; nous nous assîmes dessus , et , étendant nos jambes , nous nous laissâmes glisser sur ce véhicule. La rapidité avec laquelle nous étions précipités augmenta tellement, que notre descente ressemblait plus à une chute au milieu de l’air qu’à tout autre moyen de locomotion ; en quelques minutes , nous franchîmes un espace que nous avions mis cinq heures à gravir. »
APPARITION OU JORULLO
Sur la grande faille du parallèle de 19 degrés, que nous avons signalée, entre les volcans Toluca et Colima , mais à une distance de 15 myriamètres de chacun d'eux, apparut tout à coup, en 1759, un volcan nouveau haut de plus de 500 mètres. Ce phénomène, presque contemporain, rappelle les révolutions des périodes primitives de notre planète, et présente le plus grand intérêt pour la science. Ilumboldt en a fait
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une étude très-complète , dans laquelle il a réuni à l’observation des lieux tout ce que les traditions conservées dans le pays, sur cette terrible catastrophe, renferment de plus important.
Transportons-nous sur la pente occidentale du plateau mexicain, où s’étendent les vastes plaines de la province de Méchuacan , qui jouissent d’un climat tempéré, à cause de leur élévation à 800 mètres audessus de la mer, et sont renommées pour leurs belles plantations. Entre deux petits cours d’eau, appelés Cuitimba et San Pedro, on voyait, jusqu’au milieu du dernier siècle, les champs cultivés en coton, en cannes à sucre et en indigo d'une des plus riches haciendas , ou propriétés rurales de la contrée.
A partir du 29 juin 1759, des bruits souterrains effroyables et de nombreuses secousses de tremblements de terre se succédèrent pendant deux mois, plongeant les habitants dans la consternation. Le calme sembla être revenu au commencement de septembre , mais bientôt les signes sinistres apparurent de nouveau.
Le 28, on observa un phénomène qui, d’ordinaire, marque plutôt la fin que le commencement des éruptions. Des ouvriers étaient allés faire une récolte dans un bois de goyaviers qui existait à l’endroit où le Jorullo s’élève aujourd’hui. Quand ils revinrent à la métairie, on remarqua avec surprise que leurs chapeaux étaient couverts de cendres volcaniques. Des crevasses s’étaient donc déjà ouvertes dans le voisinage. En même temps, les ébranlements souterrains devinrent de plus en plus violents, et dans les premières heures de la nuit la cendre atteignait un pied de haut.
lii VOLCANS ET TREMBLEMENTS DE TERRE.
« Tout le monde , dit Humboldt, se réfugia sur les hauteurs d’Aguasarco, petit village indien, situé à 2,160 pieds au-dessus du plateau du Jorullo. De là, on vit, telle est du moins la tradition, une vaste étendue de pays en proie à une effroyable éruption de llammes, et au milieu de ces flammes apparut, comme un château noir, une butte immense et sans forme, suivant les expressions des témoins oculaires. A cette époque, la contrée n’était guère peuplée, et il n’v eut pas mort d’homme, malgré la violence et la durée du tremblement de terre, tandis que , près des mines de cuivre d’Inguaran, dans la petite ville de Patacuaro, des maisons furent renversées. »
L’espace bouleversé comprend plus de 5 milles carrés. Aux quartiers de roc, aux scories et aux cendres lancés dans les airs, se joignaient une émission d’eau boueuse et d’énormes jets de vapeur. Le volcan surgit à peu près au milieu de la contrée, ainsi transformée en malpays; il se compose de six cônes de différentes grandeurs, dont le plus élevé porte le nom de Jorullo.
Le phénomène le plus important dont cette apparition a été accompagnée, est le soulèvement d’une surface circulaire d’environ 6,000 pieds de rayon. Cette surface, qui présente presque partout sur ses bords des escarpements de 12 mètres, a la forme convexe, et son centre est élevé de 160 mètres au-dessus du plan extérieur.
Les deux ruisseaux par lesquels le pays était arrosé disparurent dans une profonde crevasse de la partie orientale. Ils traversent sans doute maintenant des
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conduits volcaniques souterrains, car on les voit reparaître à l’ouest, en un point éloigné de leur ancien lit, formant deux cascades dont les eaux ont une température élevée.
Pour bien nous rendre compte de l’état du vaste dôme soulevé, il faut recourir à un rapport dans lequel le commissaire des mines. Fischer, a consigné les récits des témoins oculaires de l'événement. « Avant la naissance des montagnes, y est-il dit, les secousses et le bruit acquirent plus de fréquence. La surface du sol se dressa perpendiculairement. Toute la plaine se tumélia et forma des vessies dont la plus grande est devenue le Jorullo. Ces sortes de bulles, de dimensions très-différentes et en général d’une forme conique assez régulière, crevèrent plus tard et vomirent une vase bouillonnante ainsi que des masses de pierres scorifiées qui se retrouvent encore à d’immenses distances recouvertes de pierres noires. »
Des milliers de petits cônes d’éruption sont, en effet, semés assez régulièrement sur toute l’étendue du mal pays. Ils ont, en moyenne, de 4 à 9 pieds de hauteur, la fumée s’en échappe par des ouvertures latérales et non par le sommet. De là le nom de hornitos (petits fours) que leur donnent les habitants. Quand on s’en approche et qu’on écoute attentivement, on entend dans l’intérieur des bruissements qui paraissent provenir des eaux courantes, dont le contact avec les masses incandescentes donne lieu au dégagement des colonnes de vapeur, qui souvent s’étendent en bancs de brume derrière lesquels apparaissent les masses sombres des collines volcaniques.
« La haute température de l’air, dit Ilumboldt , que j’ai pu constater encore, permet de conjecturer ce qu’elle devait être quarante-trois ans plus tôt. On peut se faire d’après cela une idée de l’état primordial de nor tre planète, durant lequel la température de l’atmosphère, et par suite la distribution de la vie organique, purent être modifiées lentement, sous toutes les zones, par l’influence de la chaleur interne communiquant avec l’air extérieur à travers des failles profondes. » Ce qui rend encore cette analogie plus frappante, c’est le rapide développement, sur la croûte durcie de toute la contrée bouleversée, des mousses et des grandes fougères, représentants actuels des plantes qui couvraient le sol dans les anciens âges de la terre.
On a constaté que les six cônes du groupe du Jorullo sont distribués sur une faille longue de près de 3 kilomètres, et dirigée de manière à couper à angle droit la ligne d’une mer à l’autre par les grands volcans du Mexique. Ces cônes restèrent en plaine éruption pendant une année environ, mais leur activité diminua ensuite rapidement. Aujourd’hui il y a à peine quelques dégagements de vapeur dans leurs cratères, dont la plupart sont comblés par des scories.
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