‹ Volcans et Tremblements de TereChapitre 45 sur 80 · EREBUS ET TERROR · texte numérisé non relu

EREBUS ET TERROR

De 1838 à 1841, les expéditions envoyées par la France, l’Angleterre et les États-Unis, découvrirent, au delà des grandes banquises australes, une série de côtes qui paraissent appartenir à un continent assez étendu. Les forces puissantes par lesquelles il a été soulevé milieu des mers profondes de ces régions y sont encore en activité; de gigantesques volcans dressent leurs cimes au-dessus de ces terres glacées, et d’immenses jets de flammes sortant de leurs cratères éclairent la

09 le

. 42. — Lo monl Erebus.

sombre nuit qui les enveloppe pendant la moitié de l’année.

Les deux premières montagnes ignées aperçues reçurent les noms des bâtiments de l’expédition anglaise, ÏErebus et le Terror, commandés par l’intrépide capitaine James Ross. Nous trouvons dans le journal du chirurgien Mac Cornick une description de l’aspect grandiose des terres nouvelles :

« Le 1 1 janvier 1841, à la latitude de 71° sud et la longitude de 1 71° est, le continent antarctique fut aperçu pour la première fois. Une chaîne de montagnes, aux sommets innombrables réunis en groupes distincts et couverts de neiges éternelles, apparut au-dessus de la mer, resplendissant avec magnilicence au soleil. Un pic, semblable à un immense cristal de quartz, s’élevait à la hauteur de 2,400 mètres, un autre à 2,800 et un troisième à 5,000 mètres. A côté des couches blanches de la glace plusieurs coulées de lave et de basalte descendaient vers la côte, où elles se terminaient en promontoires abrupts.

« Le 28, à la latitude de 77° et à la longitude de 167°, on découvrit le mont Erebus, volcan enveloppé de glace et de neige de la base au sommet, d’où s’échappait une colonne de fumée qui s’étendait au-dessus d’un grand nombre d’autres cônes dont cette contrée extraordinaire est remplie. La hauteur de ce volcan au-dessus de la mer est de 4,000 mètres, et le mont Terror, cratère éteint qui se trouve près de lui, atteint la hauteur un peu inférieure de 3,600 mètres. A sa base se trouve un cap d’où une barrière de glace s’étend vers l’ouest et

empêche tout progrès vers le sud. Nous avons suivi

ce rempart perpendiculaire dans une étendue de 500 milles... »

VOLCAN DE BOURBON

Les volcans de l’océan Indien sont placés dans le voisinage de la grande île de Madagascar, qui paraît renfermer elle-même des volcans actifs, mais très-peu connus jusqu’à présent. A l’extrémité nord du canal de Mozambique, la plus grande des îles Comores renferme un cône enflammé. Le groupe des Mascareignes, à l’est, présente les phénomènes les plus remarquables. L’île Maurice est bordée par une ceinture de roches basaltiques. A partir de sa plaine centrale on peut suivre de nombreux courants de lave qui se sont frayé un chemin vers la mer par plusieurs brèches. Des cônes se dressent en divers points et ont eu, ainsi que la montagne principale, appelée le Piton, des cratères en éruption dans les temps modernes.

« Il existe à Pile Bourbon un volcan qui paraît lui avoir donné naissance et dont les éruptions, fort abondantes et presque continuelles, ne cessent de l’agrandir. Des cratères éteints attestent sa présence plus ou moins ancienne sur tous les points de l’île. Il occupe aujourd’hui la partie sud-est, et c’est une exposition qu’il a dû et qu’il doit toujours conserver. En effet, en supposant qu’une première éruption sous-marine ait formé, à une époque très-reculée, le noyau de Pile, les cendres, les étincelles, et toutes les parties les plus légères ont dû

être chassées par le vent dans le nord-ouest. Les laves elles-mêmes, subissant plus ou moins l’action de la lame, ont dù s’étendre plus facilement sous le vent, où elles recontraient moins d’obstacles. Tout ce qui a pu

se détacher de ces laves et être roulé par les flots a formé du même côté un commencement d’alluvion, et, à la longue, la même cause continuant à produire les mêmes effets, le cratère primitif s’est trouvé plus rapproché de la mer du côté du vent que du côté opposé.

« Cependant, à chaque éruption, les laves refroidies ont dû former, autour du cratère d’où elles sortaient, un bourrelet qui, s’élevant toujours en recevant de nouvelles couches, n’a pas tardé à former une montagne.

Lorsque cette montagne a eu atteint une certaine hauteur, le cratère s’est trouvé avoir une profondeur et des dimensions que la lave avait à parcourir et à remplir avant de trouver une issue. On conçoit que l’expansion des gaz a dû exercer alors, sur la lave et sur toutes les parties solides qui la contenaient, une pression d’autant plus forte que la résistance était plus grande, et, comme

le côté du vent a toujours été le moins chargé, c’est de ce côté que la résistance a dû être vaincue. De nouveaux cratères se sont ainsi ouverts et s’ouvriront successivement, toujours dans le voisinage de la mer, et toujours du côté du vent. Ces convulsions terribles, l’ouverture

Fig. U>. — Le Gr.vul-l!nVô.

de nouveaux cratères et la formation de nouvelles montagnes, qui en est la conséquence, expliquent parfaitement les pitons élevés, les ravines profondes, les cirques immenses qui remplissent tout l’intérieur de l*ile, aussi bien que les alluvions qui s’étendent à la mer d’un côté, et les remparts accores qui la bordent de l'autre. Ainsi s’expliquent également la qualité supérieure des terres, leur plus grande profondeur, la décomposition plus avancée des laves dans la partie sous

le vent, et les contrastes que le géologue peut remarquer entre cette partie de l’île et celle, de formation évidemment plus récente, qui est exposée au sud-est.

« Le Grand-Brûlé, qui s’étend aujourd’hui sur une

Fig. 46. — Le cratère du Grand-Brûlé.

largeur de plusieurs lieues, n’offre encore aucune trace de végétation. C’est un plan incliné et inégal rempli d’aspérités aiguës, qui s’élève et change sans cesse de forme et d’aspect par l’effet des ruisseaux de laves qui le sillonnent annuellement, tantôt dans une partie et tantôt dans l’autre.

« Ce pays désolé est destiné à devenir, avec le temps, une terre fertile ; et quelques années ne se seront pas écoulées que déjà d’innombrables fougères, trouvant à s’y alimenter, y prépareront la couche légère d’humus où doivent prendre naissance de véritables forêts. Tous les environs du volcan de Bourbon attestent, en l’accomplissant avec une incroyable promptitude, cette métamorphose *. »

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