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TREMBLEMENT DE TERRE DE CALABRE

La Calabre est la partie de la grande région volcanique méditerranéenne la plus exposée aux tremblements de terre. Ceux de la fin du dernier siècle ont surtout été désastreux ; nous allons réunir ici quelques détails sur les effets produits par les secousses du 5 février et du 28 mars 1785.

Dans une étendue d’environ 00 lieues carrées, toute la surface du pays fut bouleversée. Sur 575 villes ou villages, 520 furent complètement ruinés, et les autres conservèrent très-peu de maisons intactes. Les ravages s’étendirent jusqu’en Sicile. À Messine, un’ énorme incendie se joignit à la chute des édifices, et la terreur des habitanls fut inexprimable. Le long du détroit, le fond de la mer s’abaissa de plusieurs mètres ; la côte s’inclina, et fut déchirée par des fentes nombreuses. Le promontoire qui formait l’entrée du port disparut en un instant.

Au milieu de la Calabre, dans la jolie ville de Polistena, riche et bien peuplée, la majeure partie des habitants périt sous les décombres. Pas un mur ne resta debout. Le géologue français Dolomieu, qui voyageait alors en Italie, décrit ainsi le théâtre de cette catastrophe :

«... J’avais vu Messine et Reggio; je n’y avais pas trouvé une maison qui fût habitable et qui n’eùt besoin d’être reprise par les fondements ; mais enfin le

Kig. 51. — Tremblement de terre de Messine (1185).

squelette de ces deux villes subsiste encore ; on voit ce qu’elles ont été. Messine présente encore, à une certaine distance, une image parfaite de son ancienne splendeur. Chacun reconnaît ou sa maison ou le sol sur lequel elle reposait. J’avais vu Tropea, et Nicotera, dans lesquelles il y a peu de maisons qui n'aient subi de très-grands dommages, et dont plusieurs même se sont entièrement écroulées. Mon imagination n’allait pas au delà des malheurs de ces villes. Mais, lorsque, placé sur une hauteur, je vis les ruines de Polistena, la première ville de la plaine qui se présenta à moi ; lorsque je contemplai des monceaux de pierres, qui n’ont plus aucune forme, et qui ne peuvent pas même donner l’idée de ce qu’était la ville ; lorsque je vis que rien n’avait échappé à la destruction, et que tout avait été mis au niveau du sol, j’éprouvai un sentiment de terreur, de pitié, d’effroi, qui suspendit quelques moments toutes mes facultés... »

Le sol s’entr’ouvrit de toute part, souvent en longues crevasses, dont quelques-unes avaient jusqu’à 150 mètres de large et plus d’un demi-kilomètre de long. Les unes étaient isolées, d’autres bifurquées. Quelquefois elles étaient croisées par une suite de fissures perpendiculaires. Il y en avait qui étaient réunies en rayons divergeant autour d’un centre, comme les fentes d’une vitre brisée. La plupart restèrent béantes après la commotion ; d’autres, ouvertes au moment de la secousse, se refermèrent ensuite, broyant entre leurs parois les habitations, les arbres et les hommes qu’elles venaient d’engloutir.

Dans plusieurs parties de la Calabre, et surtout autour

du bourg de Rosario, on vit se produire un curieux phénomène. Des cavités circulaires, semblables à de petites citernes, s’ouvrirent çà et là dans le sol, et se remplirent d’eau et de sable. Quand on creusa autour d’elles, on reconnut qu’elles avaient la forme d’un entonnoir, qui aboutissait à un étroit et profond canal.

D’énormes portions de terrain furent transportées à de grandes distances, du sommet des montagnes dans les plaines. La ville de Terranova, bâtie au-dessus d’étroites vallées, se divisa en quartiers qui y tombèrent après s’ètre renversés sens dessus dessous. Quatorze cents habitants furent ensevelis sous les ruines. On vit des maisons précipitées perpendiculairement dans un gouffre ayant 1 00 mètres de profondeur. Les matériaux des éboulements arrêtèrent le cours d’une rivière, et formèrent un lac assez étendu. En d’autres endroits, des ruisseaux ainsi interceptés se frayèrent de nouveaux passages, et devinrent des torrents, dont le ravage fut aussi désastreux que les commotions.

Le centre de l’ébranlement paraît avoir été au-dessous du territoire d’Oppido, où il se fit d'immenses crevasses. La ville s’écroula en entier, et un vaste gouffre s’ouvrit sur la pente d’une coliine voisine, engloutissant des fermes, des magasins, des hommes et des troupeaux.

La montagne d’Aspromonte subit de grands déchirements. Les villages bâtis sur des escarpements se détachèrent avec eux et tombèrent dans la vallée. Dans quelques endroits les terres glissèrent, gardant intacts les arbres et les plantations.

Nous citerons encore l’épouvantable désastre dont le

Fig. 52. — Paysans «le la Calabre engloutis dans les crevasses (1785).

rocher de Scylla fut le théâtre. Après la première secousse, des maisons et des jardins avaient été écrasés par des rochers détachés des falaises voisines. Le prince de Scylla persuada à une grande partie de ses sujets de se réfugier dans les barques 'pour fuir le tremblement de terre. Vers minuit un autre éboulement eut lieu. La mer, s’élevant soudainement de (j mètres, se précipita à plusieurs reprises sur le rivage, entraînant les bateaux qui furent coulés à fond ou brisés contre les rochers. On en trouva plusieurs à une grande distance dans l’intérieur des terres.

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