TREMBLEMENT DE TERRE DE RIOBAMBA
Pendant cette catastrophe, arrivée au commencement du mois de février 1797, on vit se reproduire dans les Andes, sur une échelle beaucoup plus grande, les bouleversements désastreux observés dans la Calabre. Humboldt, qui visitait l’Amérique à cette époque, put recueillir sur les lieux de nombreux détails de la bouche des survivants ; nous citerons les plus importants.
On vit à Quito un prodigieux passage d’étoiles filantes peu de temps avant la première secousse. Le même phénomène précéda le tremblement de terre de Cumuna en 1766. Humboldt ajoute, à ce sujet, qu’une certaine nuit le volcan de Cayambe parut, pendant une heure entière, comme enveloppé d’une pluie de
météores. Les habitants de Quito, effrayés de cette apparition, firent des processions afin d’apaiser la colère céleste.
L’espace ébranlé autour de la ville de Riobamba, qui fut entièrement renversée, comprit toute la haute plaine volcanique de Quito entre le Tunguragua et le Cotopaxi. Une éruption boueuse du Moya fit périr quarante mille Indiens sur le même plateau ; mais ce qui prouve que l'influence de la commotion s’étendit beaucoup plus loin, c’est le fait suivant constaté près de la ville de Pasta, distante de 60 milles. Le volcan qui la domine vomissait depuis trois mois une haute colonne de fumée ; au moment de la première secousse elle disparut entièrement. Des communications souterraines existaient donc ou se trouvèrent subitement établies entre les deux foyers ignés.
« Le tremblement de terre ne fut ni annoncé ni accompagné par aucun bruit souterrain. Une immense détonation, désignée encore aujourd’hui par ces seuls mots : el grau ruido , se produisit seulement dix-huit ou vingt minutes plus tard, sous les deux villes de Quito et d’ibarra, et ne fut entendue ni à Tacunga, ni à Humbato, ni sur le théâtre même du désastre.
«... Des fentes s’ouvrirent et se refermèrent de telle façon que des hommes purent se sauver en étendant les deux bras. Des troupes de cavaliers ou de mulets chargés disparurent dans des crevasses qui s’ouvrirent en travers sous leurs pas, tandis que d’autres échappaient au danger en se rejettant en arrière. La surface du sol fut successivement exhaussée et abaissée par des oscillations irrégulières, qui déposèrent sans secousse sur le
Fig. 53. — Tremblement de terre de Seylla (1785).
pavé de la rue des personnes placées à plus de douze pieds plus haut, dans le chœur de l’église ; de grandes maisons s’enfoncèrent dans la terre, avec si peu de dégât que les habitants sains et saufs purent ouvrir les portes à l’intérieur, et attendirent deux jours qu’on les dégageât; ils allèrent d’une chambre dans l’autre, allumèrent des flambeaux, se nourrirent de provisions qu’ils avaient par hasard et s’entretinrent des chances de salut qui leur restaient. Une chose 'non moins surprenante, c’est la disparition de masses aussi énormes de pierres et de matérieux de construction. Le Vieux- Riobamba avait des églises et des cloîtres entourés de maisons à plusieurs étages, et cependant je n’ai trouvé dans les ruines, lorsque j’ai levé le plan de la ville détruite, que des amas de pierres de 8 à 10 pieds de hauteur. »