‹ Volcans et Tremblements de TereChapitre 9 sur 80 · ERUPTION DE · texte numérisé non relu

ERUPTION DE

Cette éruption, une des plus violentes dont on ait gardé le souvenir, fut précédée d’un ouragan terrible, qui s’éleva soudainement le 8 mars, deux jours avant le commencement du désastre. Des commerçants anglais, témoins de ses différentes phases, en ont donné une émouvante description :

« Le ciel parut noir pendant dix-huit jours avant l’éruption ; il y eut de fréquents tremblements de terre, accompagnés d’éclairs et de tonnerres, dont le peuple taisait des rapports effrayants. — On observa que l’ancienne bouche, ou le sommet de l’Etna, avait vomi des flammes (dus qu’à l’ordinaire pendant deux ou trois mois auparavant, et que le sommet s’était affaissé dans son ancien cratère.

« La première éruption se fit le 11 mars 1669, deux heures avant la nuit, du côté du sud-est, sur les bords de la montagne, environ 20 milles en dessous de l’ancien cratère et à 10 milles de Catane. — Le courant de lave embrasée vomi par le volcan pendant vingt jours a détruit dans la contrée supérieure quatorze villes ou villages, dont quelques-uns assez considérables, contenant 5 à 4,000 habitants, et s’est étendu dans un pays agréable et fertile, que le feu n’avait jamais dévasté.

LEm.

Maintenant on n’y trouve plus la trace de l’existence de ces villes; il n’en reste qu’une église et un clocher qui se trouvaient isolés sur une petite éminence.

« La matière de cet écoulement n’est autre chose que différentes espèces de minéraux liquéfiés dans les entrailles de la terre par la violence du feu, qui bouillonnent et sourdent comme la source d’une grosse rivière. Lorsque la masse liquide a coulé l’espace d’un jet de pierre ou plus, son extrémité commence à se figer et à se couvrir d’une croûte qui, lorsqu’elle est froide, forme ces pierres dures et poreuses que les habitants du pays appellent sciarri. La masse ressemble alors à un amas d’énormes charbons embrasés qui roulent et se précipitent lentement l’un sur l’autre ; lorsqu’elle rencontre quelque obstacle, elle monte, s’amoncelle, renverse par son poids les édifices ordinaires, et consume tout ce qui est combustible. La principale direction de ce torrent était en avant ; mais il s’étendait aussi comme fait l’eau sur un terrain uni, et formait différentes branches ou langues, comme on les appelle dans ce pays.

« Nous montâmes à deux ou trois heures de nuit sur une haute tour à Catane, d’où l’on voyait pleinement la bouche du volcan : c’était un spectacle terrible que la masse de feu qui en sortait. Le lendemain matin, nous voulûmes aller à cette bouche ; mais nous n’osâmes en approcher de peur que, le vent venant à changer, nous ne fussions abîmés sous quelque portion de l’immense colonne de cendres qui s’élevait et nous paraissait deux fois plus épaisse que le clocher de Saint- Paul de Londres, et d’une hauteur infiniment plus con-

sidérable. L’atmosphère, dans le voisinage, était toute remplie de la partie la plus subtile de cette cendre ; et, depuis le commencement de l’éruption jusqu’à sa fin (pendant cinquante-quatre jours), on ne vit ni le soleil ni les étoiles dans tous les environs de la montagne.

« L’orifice par où sortaient le feu et les cendres faisait entendre un mugissement continuel, comme le bruit des vagues de la mer lorsqu’elles se brisent contre les rochers ou comme les roulements d’un tonnerre éloigné. On a entendu ce bruit jusqu’à 100 milles au nord, dans la Calabre, où l’on a vu aussi tomber des cendres.

« Vers le milieu de mai nous retournâmes à Catane ; la face des choses y était bien changée : la ville était aux trois quarts entourée de ces sciarri y h la hauteur des murs, et en quelques endroits ils avaient passé par-dessus. — Les habitants s’occupaient à barricader certaines rues et passages par où l’on présumait que le feu pourrait entrer : ils démolissaient pour cela les vieilles maisons des environs, et ils en entassaient les pierres sèches en forme de murailles, prétendant qu’elles résistaient mieux au feu parce qu’il n’y avait pas de chaux.

« La vue générale de ces sciarri ressemble assez à des glaçons ammoncelés sur une rivière dans les gi'andes gelées ; ils présentent de même un amas de gros llocons raboteux, mais leur couleur est toute différente ils sont la plupart d’un bleu obscur, et renferment des pierres et des rocs, qui s’y trouvent engagés d’une manière très-solide *. »

1 Transaction s philosophiques, vol. IV.

L’ETNA

Pendant cette éruption, la lave accumulée devant le mur de Catane, haut de GO pieds, roula par-dessus sans le renverser, et l’on voit encore « une arcade de lave se recourbant par-dessus le mur comme une vague sur la plage 1 . » Ce curieux phénomène et d’autres faits analogues tiennent à ce que la vapeur qui s’échappe de la surface du courant de lave, accumulée entre cette surface et la surface plane de l’obstacle, empêche le contact immédiat. On voit alors la lave s’arrêter, « comme par magie, » à quelques pouces de la surface de résistance, qui doit présenter une assez grande étendue pour que la vapeur remplisse l’étroit espace intermédiaire, et oppose une force suffisante au lent mouvement de la lave.

Si l’impulsion du courant de lave est considérable, les obstacles cèdent, et c'est ainsi que, pendant la même éruption de 1669, le puissant torrent qui descendit sur Catane causa de grands désastres, et forma un promontoire qui s’avance à plus d’un kilomètre en mer. Ce torrent de lave jaillissait du point le plus bas d’une énorme fissure ouverte dans le flanc sud-est de l’Etna. Il s’étendit sur une surface de 22 kilomètres de long sur 10 de large en quelques endroits. — Heureusement heurté dans son trajet par un autre courant qui portait à l’ouest, il se détourna, et, côtoyant les remparts de Catane, il dépassa le port et atteignit enfin la mer le 23 avril. Alors commença entre l’eau et le feu un combat dont chacun peut se faire une idée, mais que semblent renoncer à décrire ceux-là même qui

* Poulet! Scrope.

lurent témoins de ces terribles scènes. La lave, refroidie à sa base par le contact de l’eau, présentant un front perpendiculaire de 14 à 1500 mètres d’étendue, de 50 à 40 pieds d élévation, s’avançait lentement, charriant comme autant de glaçons d’énormes blocs solidifiés, mais encore rouges de feu. En atteignant l’extrémité de cette espèce de chaussée mobile, ces blocs tombaient dans la mer, la comblaient peu à peu, et la masse fluide avançait d’autant. A ce contact brûlant, d’énormes masses d’eau, réduites en vapeur, s’élevaient avec d’affreux sifflements, cachaient le soleil sous d’épais nuages, et retombaient en pluie salée sur toute la contrée voisine. En quelques jours la lave avait reculé d’environ 500 mètres les limites de la plage 1 . »

Pendant les éruptions de 1754, 1760, 1771, 1780, 1792, 1809 et 1812, de profondes déchirures ont aussi ouvert passage à la lave et aux. scories par des orifices situés sur la ligne de déchirement. Quelques-uns des cônes formés en peu de jours autour de ces orifices mesurent jusqu'à 1,000 pieds de hauteur. Les couches de lave, sont en moyenne, épaisses de 8 à 10 mètres, et quelquefois bien davantage. On voit donc avec évidence que la masse de l’Etna a dû considérablement s’accroître par l’énorme quantité de matières rejetées depuis l’ère historique. Et en comparant cette période à la période primitive, dont la géologie nous indique l’immense durée, nous sommes fondés à croire que la plus grande partie de la montagne a été formée, comme l’Islande, par une série d'éruptions et par l’accroissement intérieur des laves inejectées.

1 Souvenirs d’un naturaliste, par A. de Quatrefages.

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