CRATÈRE DE L'ETNA
M. Élie de Beaumont, qui, accompagné de Léopold de Buch, fit en 1854 une ascension au sommet de 1 Etna, décrit ainsi un cratère en activité, situé sur ce sommet :
« Ce fut pour nous tous un moment de surprise assez difficile à dépeindre, quand nous nous trouvâmes à l’improviste non au bord du grand cratère, mais au bord d’un gouffre circulaire d’environ 8Ü à 100 mètres de diamètre, qui n’y touche que par une petite partie de sa circonférence. Nos regards plongeaient avidement dans cet entonnoir presque cylindrique, mais c’était en vain qu’ils y cherchaient le secret de la volcanicité ! Les assises à peu près horizontales, qui se dessinaient dans les escarpements presque verticaux, ne nous révélaient que la structure du cône supérieur. En cherchant à les compter les unes au-dessous des autres, on les voyait se perdre peu à peu dans l’obscurité complète du fond, Aucun bruit ne sortait de ce fond ténébreux; il ne s’en exhalait que des vapeurs blanchâtres, légèrement sulfureuses, formées principalement de vapeur d’eau. L’aspect lugubre de ce gouffre noir et silencieux, dans lequel nos regards se perdaient ; ses flancs obscurs et humides, le long desquels serpentaient, d’une manière languissante et monotone, de longs flocons de vapeur d’une teinte grise et mélancolique, le grand cratère, auquel se rattache le gouffre étroit, et dans lequel l’entassement
L’ETNA
confus de matières diversement colorées en jaune, en gris, en rouge, semblait l’image du chaos, tout présentait autour de nous un aspect funèbre et sépulcral. Le froid du matin, secondé par un vent léger au nord-est, augmentait encore pour nous cette impression triste et sauvage. »
Fig. 6. — Etna, 185S. — Le cratère, d'après Scrlorius.
Le cône actuel de l’Etna s’élève au-dessus d’une plate-forme, dont le bord circulaire marque la limite d’un ancien cratère, beaucoup plus vaste, comblé depuis l’époque de sa formation par les laves et les scories. La configuration des cratères, comme le fait très-bien observer M. Poulett Scrope, n’est pas seulement modifiée par l’action du temps et des agents météoriques ; les phénomènes volcaniques, par une série de causes al-
ternatives, produisent tour à tour des cratères, de profondes excavations dans l’intérieur de la montagne, et les remplissent ensuite par des éruptions qui augmentent en même temps le volume des cônes nouvellement formés.