EMPÉDOCLE
La fécondité des terres volcaniques ne se montre nulle part aussi bien que dans les plaines et les belles vallées de la Sicile, au pied des çentes fertiles de l'Etna,
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plantées de vignes, d'oliviers, de pins, de châtaigniers et de chênes. « La terre, dit Homère, y est féconde sans être ensemencée, ni labourée ; elle produit le froment, l'orge, la vigne dont les grappes abondantes donnent te vin ; et la pluie de Jupiter fait croître les fruits'. » C'est au milieu des riches moissons de cette
région magnifique que Cérès eut ses premiers autels. La Sicile était autrefois appelée le grenier de Rome, qui n'en tira pas seulement d'abondants produits, mais qui retrouva dans ses grands hommes l'àmc de la Grèce, intarissable source de civilisation et de progrès. Nous n'avons pas à retracer ici l'histoire des philo- ■ Odyttée.
sophcs et des savants illustres de cette île florissante, pendant la domination des Grecs. Nous parlerons seulement d'Empédocle, né à Agrigente, qui excella dans les sciences , la philosophie , la poésie et la nfùsique. Issu d'une des premières familles de la Sicile , beau , éloquent, généreux, il refusa la royauté qui lui était offerte, et, guidé par une ambition plus haute , tenta de réformer les mœurs et de contribuer au bien de sa patrie en aidant au développement de ses libertés. Disciple de Pythagore, il croyait que l'unité est le principe de toutes choses, et contestait l'existence des dieux de son temps. Accusé d'orgueil et d'impiété , il eut à subir les atteintes de la calomnie, et, après sa mort, on fit courir le bruif qu'il s'était précipité dans le cratère de l'Etna , afin de faire croire à son apothéose et d'obtenir les honneurs divins. Une sandale d'airain rejetée par le volcan, et qu'on reconnut lui appartenir, vint démasquer son étrange vanité. Si l'on admet ce récit, il est infiniment plus probable qu'Empédocle périt, comme Pline, victime de son zèle pour la science, et que le fait invraisemblable de sa mort volontaire fut imaginé par les ennemis que lui avaient fait sa haute raison et sa courageuse sincérité.
La renommée d'Empédocle fut d'ailleurs éclatante. Les vers de son poëme sur la Nature^ dont il ne nous reste que des fragments, étaient chantés dans les jeux Olympiques, et ses nombreux ouvrages de science et de morale lui avaient valu l'admiration des meilleurs esprits de son époque. Les habitants dAgrigente, devançant l'hommage de la postérité , lui élevèrent une statue. Les légendes sicilienues oui iflacé son habita-
tion dans une tour en ruines, la Torre del Filosofo, monument antique élevé sur les roches à pic qui dominent le Val del Bove. Dans la belle peinture de Raphaël, célèbre sous le nom d'École d'Athènes , une des puissantes œuvres que l'art nous a léguées, Empédocle est placé entre Ârchimède etPythagore.
LES CVCLOPES
Les Cyclopes, suivant la légende, avaient établi leurs forges dans les cavernes voisines de l'Etna, dont le cratère, dit Pindare, ressemble à la vaste cheminée d'une fournaise. Antiques puissances de l'atmosphère, forgerons de Vulcain, dieu du feu, ils fabriquaient les foudres célestes , et le bruit de leurs marteaux retentissait au loin. Plus tard ils forgèrent des armes pour les mortels, et on les trouve ainsi confondus avec les mystérieux Kabires, prêtres de Cérès, habiles métallurgistes, qu'on doit considérer comme les premières puissances industrielles. C'est sur les cimes volcaniques du Caucase qu'était enchaîné Prométhée , inventeur du Feu, créateur des arts et de l'industrie.
Encelade, le' plus puissant des Titans, enseveli sous la Sicile, était, selpii la fable, la cause des éruptions de l'Etna. c( Toutes les fois que le géant se remuait, il faisait jaillir des flammes ou bouleversait la terre et les eaux. » M. Elisée Reclus dit très-bien à ce sujet :
« On ne^peut s'empêcher de contempler le volcan comme s'il était un être doué d'une vie individuelle, et jouissant de la conscience de sa force. Le^ \.\:^\V.% ^^
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l'Etna, si réguliers et si nobles dans leurs repos, ont quelque chose de la figure d'un dieu endormi; ce n'est point là, ainsi que le disait la légende antique, la montagne qui pèse sur le corps d'Encelade, c'est le Titan lui-même , l'ancienne divinité protectrice des Sicules, délaissée pour les dieux plus jeunes de la Grèce, les maîtres de TOlympe ^ . »
« Théocrite, dans une de ses idylles , fait ainsi décrire au cyclope Polyphamos les riantes campagnes de la Sicile': « Là, sont des lauriers, de grêles cyprès, un lierre noir, une vigne aux doux fruits et une eau fraîche, liqueur ambroisienne que l'Etna m'envoie de ses blanches neiges. »
La grande fertilité des terres volcaniques, dont nous avons déjà pu voir un exemple dans les champs Phlégréens, devait y fixer, dès Torigine des sociétés, les races primitives dont Thistoire légendaire se confond avec la fable, mais elle nous indique pourtant, par quelques traits frappants, les premiers efforts, les premières conquêtes de l'homme, cherchant et découvrant dans la nature les moyens d'étendre sa domination , et d'établir sur de plus solides bases un bien-être alors trop instable, trop soumis aux redoutables phénomènes du sol et de l'atmosphère. Sans doute, le voisinage des cratères , tout en lui offrant une terre plus féconde, le plaçait sous Tinfluence directe de commotions désastreuses ; mais tous ceux qui ont habité les belles contrées qu'animent des volcans encore actifs, comprendront le charme étrange de ces poétiques régions, où nous sentons vivre,
* Revue des Deiix Mondes. 1" juillet 1865.
pour ainsi dire , la planète qui nous porté, et où les premiers hommes se croyaient entourés par les merveilleuses manifestations de la puissance des dieux.
LES ILES EOLIENMES
Ces petites îles, au nombre de sept, situées près la Sicile et nommées aujourd'hui îles Lipari, sont les anciennes Vulcanies , sur lesquelles régnait Éole, dieu des vents. La montagne d'Hiéra était consacrée à Vulcain, qui avait dans l'île son palais. Nous voyons par ces fables que le groupe des Éoliennes était à la fois célèbre par ses volcans et par des phénomènes météoriques très-fréquents dans cette partie de la Méditerranée.
Placées entre Naples et la Sicile , ces îles peuvent être considérées comme appartenant à un même système, à un même volcan sous-marin, aujourd'hui encore en activité par les orifices du Stromboli (Strongyle) et du Vulcano (lliéra). Avant de décrire ces deux volcans, nous jetterons un coup d'œil sur l'ensemble des îles, que M. Poulett Scrope recommande fortement à l'étude des géologues qui désirent se former par eux-mêmes une opinion sur les phénomènes volca-. niques. »
Les anciennes « Forges de Vulcain » ont toutes des cratères à leurs sommets. Les navigateurs phéniciens, frappés des bruits qui en sortaient et qu'on entendait au loin, leur avaient donné le nom d'îles des Musiciens. Les montagnes qui les forment sont i^t^^iC^^ ^wKv^\^-
ment composées d^énormes accumulations de lave dont les couches alternées atteignent jusqu'à plusieurs centaines de pieds. A Ustica, la présence de coquillages marins dans les couches^ atteste la récente émersion de rile. Des sources d'eau chaude jaillissent du flanc des collines, et d'abondantes émanations gazeuses décomposent la roche des cratères.
M. Ch. Sainte-Claire Deville, dans une lettre adressée de Naples à M. Dumas, le 3 novembre 1855, décrit ainsi les îles Éoliennes :
(( Les trois principales de ces iles, Lipari, Yulcano, Stromboli, offrent chacune un intérêt particulier. Ces deux dernières surtout présentent au géologue les enseignements les plus^ précieux. Je me suis avancé dans le cratère de Stromboli aussi loin qu'on peut le faire sans témérité. Comme mes prédécesseurs en ce lieu, Spallanzani , Poulett Scrope , j'ai été abandonné par mes guides et j'ai dû m'aventurer seul ; mais j'ai été pleinement récompensé. Du point que j'ai atteint, mes regards plongeaient presque verticalement au-dessus de la cheminée où Spallanzani a yu alternativement monter et descendre la lave en fusion, et je distinguais, à un petit nombre de mètres, la couche d'où s'élance, toutes les dix minutes] environ et avec un bruit qui, à cette faible distance , a quelque chose de saisissant , une colonne de vapeur entraînant avec elle , à une grande hauteur, des pierres incandescentes qui retombent en partie dans la] bouche elle-même, en partie sur sa pente extérieure. Néanmoins les vapeurs qui étaient repoussées par un vent deN.-O. ont gêné considérablement mes observations, et je ne saurais trop