STROMBOLI
Le Slromboli, signalé par Homère, et qui sert encore aujourd'hui de phare aux navigateurs, est en pleine activité depuis les temps les plus reculés ; il jette continuellement des flammes, sans éruption proprement dite, quoique la nature du terrain montre qu'il y a été plus anciennement sujet. Le cratère, situé au sommet de Tîle, est ébréché vers le nord, et sur le même côté les scories roulent à la mer par une pente très-inclinée. Les observations faites par les savants géologues qui, depuis Spallanzani , ont visité ce curieux volcan , en perpétuelle activité, jettent un grand jour sur le phénomène des éruptions, difficile à étudier dans les circonstances ordinaires. Le cratère du Stromboli est très-favorable à celte étude. Facilement accessible, et en toute saisoti, on y est en quelque sorte ^lâmvs»^ ^\V.
M. Poulctt Scrope, « dans les arcanes du laboratoire de la nature, ouvert à un minutieux examen. »
Nous avons déjà cité la description de M. Ch. Sainte- Claire Devillc. Celles de Spallanzani, de M. Poulett Scrope et du géologue allemand Frédéric Hoffmann, Tun des derniers explorateurs, en diffèrent peu. EUfes montrent la lave sous la forme d'une masse luisante comme du métal fondu, brillant même en plein jour d'un vif éclat, et qui , de quart d'heure en quart d'heure, s'élève avec un mugissement sourd jusqu'au bord du cratère, s'ouvre avec fracas à son centre, en faisant trembler le sol, et vomit dans cette explosion une gerbe de lave incandescente et de scories enflammées.
De semblables apparences ont été observées dans les volcans de Masaya et de Bourbon, dans le cratère de Kilauéa à Hawaii, ainsi que dans ceux du Vésuve et de l'Etna. Lorsque l'éruption est permanente, il existe certainement, au-dessous des orifices, une masse de lave liquide en constante ébullition, qui fournit le prodigieux amas de matières rejeté durant des siècles, et qui doit être renouvelé par une cause encore inconnue, mais probablement analogue à celle qui unit entre eux, souvent, à de très grandes distances, les yolcans de la même chaîne. C'est d'ailleurs en admettant de tels rapports, qu'on arrive à comprendre l'action des montagnes volcaniques, qui, ainsi que Ta très-bien dit Sénèque, ne fournissent pas l'aliment du feu, mais lui offrent seulement une issue.
Dans les volcans permanents, la force d'expansion >uterraine produit, on le comprend , des effets plus
011 moins énergiques, suivant que le poids de l'atmosphère , principale force de répression , augmente ou diminue. Aussi les habitants de Stromboli, pour la plupart pécheurs , sont-ils habitués à observer les phé* nomènes de leur volcan, pour mieux prévoir les variations atmosphériques. Pendant les hourrasques de l'hi-
ver, les éruptions sont quelquefois trts Moltntes, amsi que nous avons pu le constater en pai^ânt alors près du volcan. Ces éruptions déchirent les flancs du cratère, au milieu d'esplosions qui ehranlent toute 1 île et se font entendre au loin. A Ternate dans les Moluques et dans plusieui-s autres régions volcaniques on a ob serve la même coïncidence entre les éruptions et les ioDpêles.
Éruption de l'Hécla el du Kollugaia. — Dcboriiemenl de lave. -^ Éruption du Skaptar-Jokull. — Les Geysers. — Curiosités naturelles. — Formation de l'Islande par les éruptions volcaniques. — Coulées de hve.
ÉRUPTIONS DE L'HÉCLA ET DU KOTLUGAiA
L* aspect désolé de l'Islande est du tout autant aux énormes amas de débris volcaniques qui en couvrent la surface qu'aux immenses glaciers qui descendent des montagnes stériles, et aux plaines marécageuses où peutêtre s élevaient les anciennes forêts dont les habitants montrent les débris. Un abaissement considérable de la température dans les régions boréales, que toutes le^ traditions s'accordent à nous montrer jadis plus peuplées et plus florissantes, n'est pas la seule cause des rudes conditions de l'existence dans cette île, au temps actuel. Depuis Tan 1000, on y a compté près de cinquante grandes éruptions, dont quelques-unes ont inondé de lave, de cendres, de scories, la surface du pays, et décimé la population. ^
Le mont Hécla, situé dans la parlVe ^wàLÔL^XA^^V
peu de distance du rivage, est surtout remarquable par la fréquence de ses éruptions, qui ont souvent coïncidé avec celles du Vésuve ou de l'Etna.
Le violent paroxysme de 1766 répandit sur toute la contrée environnante une épaisse couche de débris. Lapluie de cendres s'étendit jusqu'à une distance de 246 kilomètres, et l'air en était si obscurci qu'on ne pouvait distinguer les objets dans une grande partie de Tile. Peu après, un torrent de lave déborda du cratère, et fut bientôt suivi par une immense colonne d'eau jaillissante, qui vint ajouter ses ravages à ceux de réruption ignée.
En 1845, le sommet du volcan fut dispersé par les explosions, et la montagne perdit 500 pieds de sa hauteur. Le courant de lave , dans cette dernière éruption, atteignit une distance de 15 kilomètres, sou épaisseur variant de 15 à 25 mètres. Quoique d'énormes coulées de lave aient ainsi couvert une grande partie du sol de l'Islande, les pluies de cendres et de scories provenant des nombreux cratères qui ont été en éruption depuis la période historique, paraissent avoir surtout stérilisé la contrée, à laquelle nulle autre région de l'Europe ne peut être comparée, sous le rapport de l'activité volcanique. Dans ces hautes latitudes, chaque éruption amène aussi la fonte d'énormes amas de neiges et de glace, et il en résulte « qu'une grande partie des formations de Tlslande consiste en conglomérats, formés par là débâcle tumultueuse de torrents se précipitant des points d'éruption et entraînant des quantités des matières alluviales, dispersées confusément et en désordre dans les régions les
plus basses, comblant certaines vallées et en creusant d'autres.
ce Durant Téruption du Kotlugaia, en 1756, de prodigieux torrents d'eau, mêlés de glaces, de rochers et de sable, provenant de la fonte des glaciers, se précipitèrent du sommet et formèrent trois promontoires parallèles, s'avançant à plusieurs lieues dans la mer el s'élevant bien au-dessus de son niveau, là où jadis on mesurait 200 pieds de profondeur*. » Le cralère du Kotlugaia est une immense fissure qui traverse la montagne, fendue en deux pendant une éruption. Les neiges, la glace et la fumée interdisent l'approche de cet abîme, visible distinctement à une distance de 105 kilomètres.
Lyell cite le fait d'une couche de glace trouvée sous la lave de l'Etna et préservée par une couche de sable et de scories. La même disposition doit se présenter fréquemment en Islande, et on conçoit que la transmission de la chaleur à ces glaciers, qui soutiennent des couches de roches et de matières volcaniques, précipite sur les pentes des torrents d'eau et de débris. Ces débâcles entraînent tout ce qui se rencontre sur leur passage. Des forêts entières ont pu être ainsi ensevelies à la base des volcans, et former les couches de bois fossile qu'on y trouve souvent, et qui en Islande, comme nous l'avons déjà dit, semblent indiquer le climat plus favorable d'une ancienne période.
Dans une récente éruption du Kotlugaia, en mai 1860, des torrents d*eau accompagnèrent encore une colonn
* Poulett Scrope, ics Volcatts,
de noires vapeurs et de scories enflammées qui s'éleva à une hauteur de plus de 7,000 mètres, et la^ fonte des glaces entraîna de nouveau d'énormes amas de roches qui furent charriés jusqu'à la mer.
«L'effet dévastateur de semblables déluges,dit M. Poulett Scropc, peut facilement se concevoir. Non-sfinlemcnt ils entassent de vastes masses de conglomérat sur les plaines, mais encore déchirent et labourent la montagne de ravins profonds, strient et polissent les rocs les plus durs sous des torrents de glaçons et de pierres roulantes, et prolongent de plusieurs kilomètres les rivages de la mer. Si nous ajoutons les épaisses averses de scories et de cendres qui tombent continuellement, pendant des jours entiers, des hauteurs de l!atmosphère dans laquelle elles sont lancées du fond du Yolcan, et j les torrents de lave incandescente qui, jaillissant dfli entrailles de la montagne, se précipitent avec les débicles de glace et d'eau, et couvrent plusieurs kilométras carrés de nappes de roche solide, il est clair qu'il ii'iért guère possible d'imaginer dans toutes les forces de la nature de plus puissants agents de changement superficiel. »
Ces agents, que nous voyons aujourd'hui à l'œufilr, ont puissamment contribué à la formation de la croflk du globe, aux époques où l'énergique effervescence dfli éléments augmentait h la fois le nombre et la grandeur des phénomènes. Au milieu des commotions, des bon^ Icversements, des révolutions déterminées par les deux principes de Tcau et du feu, se préparait, dans un désordre apparent, le repos de la masse immense dont tous les matériaux provietvuexvl A^ Vai ^t^dv^euse lutte
LISLAKDE. 63
des forces primitives. Ces forces, encore agissantes, mais avec une moindre énergie et sur une moins vaste étendue, ne sont que la conséquence des lois qui ont présidé et qui président encore à l'organisation du monde matériel, du berceau de l'humanité.