‹ Volcans et tremblements de terreChapitre 13 sur 57 · DEBORDEMENT DE LAVE · texte numérisé non relu

DEBORDEMENT DE LAVE

Parmi les phénomènes que Tintérieurde l'île présente à la curiosité des naturalistes, un des plus remarquables est la vallée de Thingvellir, formée par laffaissement de la partie supérieure et centrale d'un immense débordement de lave, sorti du pied de la montagne de Ilrafnabjorg, ou, suivant la chronique, du milieu de Pancienne forêt de ce nom. Cet énorme affaissement a laissé de chaque côté de la vallée, dont la largeur est d'environ 4 milles sur 800 pieds de profondeur, un précipice à pic, une sorte d'abîme, qui mesure en hauteur jusqu'à 200 pieds. La plus imposante de ces gigantesques fissures, nommée l'Almannagia, règne dans une étendue de 2 à5 lieues environ, et ressemble de loin à une immense fortification. En quelques points, les couches de laves inférieures se Sont arc-boutées, comme pour résister à la pression des couches supérieures, et ont formé des voûtes semblab'les à celles de nos consructions. La rivière Oxeraa, qui descend en torrent dans les crevasses du plateau de PAlmannagia, appelé aussi Montagne de la Loi, réunit ses eaux dans un sombre et profond bassin bordé de roches écroulées, oiv\aiàv& w\

m W\MSS KT TREMBLEMENTS DE TERRE,

précipitait les femmes condamnées à mort pour adultère.

La muraille volcanique du côté opposé, nommée lirafnagaia, aussi étendue, mais moins proronde, fréquonment éboulée, ne donne pas une idée aussi nette de la prodi;^ieuse catastrophe dont ThingvelUr a été le théâtre.

D'innombrables fissures découpent le fond de la vaU lée, et deux d'entre elles, qui se rejoignent, enferment un terrain ovale, une enceinte inabordable excepté par un étroit passage où l'ancien parlement Scandinave de l'île, VAlthing, tenait chaque année, en juillet, ses grandes réunions, à une époque où l'Euro^ie subissait encore

le despotisme du gouvernement féodal. Le président de ces libres assemblées, nommé Logmadr, homme de la loi, était élu à vie par le peuple. C'est dans ce lieu, ua des plus célèbres de l'Islande, que le cbristitinisme fut adopté, en l'an 1 000, à la mnjorité des voix.

Un magniUque lac, dont l'eau transparente a les tein-

tes vives de l'émeraudc, dort au fond de la plaine de Thîngvellir, revêtue dans la belle saison de gazon et d'arbustes. Nous empruntons au très-intéressant récit d'un voyage dans les mers du Nord' la description suivante de ce site étrange et magnifique :

1, par lord DufTeriii, traduites

«... Des flots de lumière inondaient une des parois perpendiculaires des rochers, pendant que l'autre était laissée dans l'obscurité ; et, sur la rugueuse surface de toutes les deux, on pouvait encore retrouver la correspondance des saillies et des dépressions qui s'étaient formées dans chacune d'elles au moment du retrait de la masse ignée. Les traces de cette convulsion sont encore si inaltérées et paraissent si récentes, que j'aurais pu croire qu'une des plus grandes et des plus violentes opérations de la nature venait de se passer presque sous mes yeux.

« Un trajet d'environ trente minutes nous amena sur les bords du lac, glorieuse nappe d'eau de 15 milles de longueur sur 8 de largeur, et occupant un bassin formé par les mêmes montagnes qui ont sans doute arrêté les progrès du torrent de lave.

«J'ai rarement été témoin d'une plus belle scène: sur le premier plan gisent d'énormes masses de rocs et de laves entassées comme les ruines d'un monde, et lavées par des eaux aussi brillantes et aussi vertes que la malachite polie. Au delà se groupent des montagnes lointaines, revêtues, par la transparence de l'atmosphère, de teintes mconnues en Europe, étageant l'une au-dessus de l'autre leurs cimes dans le miroir d'argent étendu à leurs pieds, tandis que de loin en loin, du sein de leurs flancs ' pourprés, des colonnes de blanches vapeurs s'élèvent, comme rencens d'un autel, vers l'impassible azur du cie!. »

LaSUNDË. 67

ÉRUPTION DU SKAPTAR->JOKULL

Les volcans ou jokulls*^ de T Islande sont situes sur deux lignes parallèles, traversant l'île du nord-est au sud-ouest, et laissant entre elles une profonde fissure qui a donné naissance aux immenses quantités de lave, dont rHécla, le Kotlugaia, le Sneifels, le Skaptar, etc., sont entourés.

En 1783, ce dernier volcan vomit deux énormes torrents qui s'étendirent à une distance de 65 à 80 kilomètres, sur une largeur de 12 à 24. La profondeur de la lave était, par endroit, de 150 mètres, et on a calculé que la masse déposée par cette seule émission, une des plus considérables qui soient connues , devait dépasser le volume du mont Blanc. La lave jaillit de diverses sources ouvertes au pied de Skaptar -JokuU, et placées dans la direction d'une fissure formée par la pression de bas en haut des matières ignées.

Sur le prolongement de cette ligne, à une distance de 50 milles, et pendant l'éruption, une île, qui a depuis disparu, sortit subitement de la mer.

Le Skaptar-Jokull s'élève sur un vaste espace inaccessible, désert de lave et déglace d'où est descendu le plus épouvantable fléau qui ait ravagé l'île.

« Cet événement eut lieu en 1783. L'hiver et les premiers jours du printemps avaient été d'une douèeur

* Les Islandais donnent ce nom à toutes les \iaw\,e% moiL\A!^<&% ^^ yertes constamment de neige.

inaccoutumée. Vers la fin de mai, un léger brouillard bleuâtre commença à flotter autour de la ceinture vierge du Skaptar; son apparition fut accompagnée, dans le commencement de juin, par un fort tremblement de terre. Le 8 du môme mois, d'immenses colonnes de fumée, réunies dans la partie nord de cette région montagneuse, se mirent en mouvement dans la direction du sud, marchant contre le vent, et enveloppèrent de ténèbres tout le district de Sida. Un tourbillon de cendres s'abattit alors sur la face de la contrée, et le 10, d'innombrables jets de flammes étaient vus jaillissant et serpentant au milieu des précipices glacés de la montagne, pondant que la rivière Skapta, une des plus larges de l'île, après avoir roulé dans la plaine un immense volume d'une fétide bouillie d'eau etde poussière volcanique, disparaissait tout à coup.

« Deux jours après, un courant de lave, issu de sources dont aucun pied mortel n'a foulé les abords, vint se précipiter dans le lit de la rivière desséchée, et en peu de temps, quoique ce chenal béant ne présentât pas moins de 600 pieds de profondeur sur 200 de large, le déluge de feu surmonta ses rives, traversa la .basse contrée deMedalland, et roulant devant lui comme une nappe le sol tourbeux de la plaine, vint se jeter dans un grand lac dont les eaux vaporisées au contact de cette brûlante invasion, s'évanouirent en bouillonnant et en sifilant dans les airs.

« Ayant comblé entièrement, en peu de jours, le vaste i bassin du lac, Tinépuisable torrent reprit sa marche; | niais, divisé celte fois en deux courants, il alla avec l'un rccouyriv d'anciens eWm^^ àfc\«s^\ ^\^%fc tft\e- |

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tant avec l'autre dans le lit de la Skapta, il s'élança en cascades de feu du haut des cataractes de Stapafoss. Ce n'est pas tout : pendant qu'un fleuve de lave avait choisi la Skapta pour son lit, un autre, descendant dans une direction différente, ravageait les deux rives du Heversfisfliot, et se précipitait dans la plaine avec plus de fureur et de rapidité que le premier. Il est impossible de savoir si tous deux sortaient du même cratère, car le creuset d'où ils s'épanchèrent au loin était situé au cœur même d'un inaccessible désert, et on ne peut mesurer la puissance de cet épauchement de matières ignées qu'à partir du point où il atteignit les districts habités. On calcule que le courant qui combla la Skapta a environ 50 milles de long sur 12 à 15 dans sa plus grande largeur, et que celui qui suivit le cours du Uaversfisfliot forme une zone de50milles sur 7. Là où elle fut emprisonnée entre les hautes berges de la Skapta, la couche de lave atteint 5 et 600 pieds d'épaisseur, et en conserve près d'une centaine dans la plaine même. L'éruption de poussière, de cendres, de ponces et dv laves, continua jusqu'à la fin d'août, époque où ce drame plutonien se termina par un violent tremblement de terre*. »

Pendant une année entière, dit Arago, à la suite de cette éruption, Tatmosphère de l'Islande se trouva mêlée à des nuages de poussière que pénétraient à peine quelques rayons de soleil.

* iMtres de lord Du f fer in.

LES 0EVSER8

c( Le sol de l'Islande s'élève graduellement des côtes vers le centre, où le niveau général est d'enYiroa 600 mètres au-dessus de la surface de la mer. Sur ce plateau central, comme sur un piédestal, se dressent les jokulls ou montagnes de glace, qui s'étendent des deux cAtés, dans la direction du nord-est. Les volcans actifs de Tile se rangent le long de celte chaîne, et les sources ther^ maies suivent la même direction générale. Des cônes et des cratères adossés à ces montagnes s'échappent d'énormes niasses de vapeurs, que Ton entend, par intervalles, siffler et mugir ; et lorsque l'issue des vapeurs se trouve à Touverture d'une caverne, la résonnance donne souvent au son produit l'éclat du tonnerre. Plus bas, dans les couches poreuses, ce sont des mares fumantes de boue ; une pâte d'un bleu noir, sans cesse en ébullition, se soulève de temps en temps en bulles énormes qui crèvent et lancent leur écume gluante à une hauteur de 5 à 6 mètres. Des voûtes et des fentes des glaciers sortent de grandes masses d'eau, qui tombent quelquefois en cascades sur des murs déglace, et s'étendent sur la contrée en nappes de plusieurs kilomètres, avant de trouver une issue définitive. Il se forme ainsi de vastes marais qui ajoutent leur désespérante monotonie à la scène déjà si lugubre qui se déroule sous les eux du voyageur. Interceptée par les crevasses, une

irtie de cette eau descend jusqu*aux roches brûlantes

Kij. 16. — Le grond Ce;

de l'intérieur «du sol; et là, rencontrant les gaz volcaniques qui traversent en tous ces sens ces régions souterraines, elles cheminent avec eux pour s'échapper, à la première occasion favorable, en jets de vapeur, ou d'eau bouillante ^ »

La plus fameuse de ces sources jaillissantes, située au sud de Tile, est le grand Geyser (mot qui signifie aussi fureur en idiome islandais). C'est un tube de 23 raètres de profondeur et de 5 mètres de diamètre, surmonté d'un bassin qui mesure 16 mètres du nord au sud, et 18 de Tesl à l'ouest.

« L'éruption s'annonce par un frémissement du sol, dans le «ein duquel on dirait entendre de sourdes décharges d'artillerie. L'observateur ainsi prévenu a presque toujours le temps de s'approcher à quelque distance du bassin, et peut même se tenir sur la pente légère que forme le cône, où il ressent alors de fortes commotions chaque fois que la colonne de liquide veut s'élever. On voit d'abord déborder les eaux, qui coulent avec un bruit remarquable, dû, sans doute, à l'àpreté des gradins qui revêtent le cône. Quelques instants après se manifestent à la surface d'énormes bouillons qui, après avoir atteint 2 à 5 pieds de hauteur, s'apaisent brusquement. Tout est rentré dans le calme. C'est alors une fausse éruption qui peut se reproduire deux ou trois fois de suite. Mais quand le phénomène doit avoir lieu dans toute sa majesté, aux bouillons dont je viens de parler succèdent des jets qui s'élèvent de plus

^ La chaleur considérée comme un mode du mouvement y car JoUu Tyndall, traduit de Vanglais par l'abbé Moigno. l^am, V^^.

H VO[,CASS ET TRESBLEHESTS DE TEBRE,

en plus jusqu'à la hauteur de 8 à 10 pieds e Puis, ainsi que dans nos feux d'artifice, où, à la suite de brillantes fusées, lorsque tout semble fini, le bou- (juet vient tout à coup plonger l'observateur dans l'admiration, de mi^me le Goyser, après quelques instants <le repos, semble réunir toutes ses forces, et par un

dernier jet étale dans les airs une immense gerbe d'eau, dont l'épi le plus élevé m'a semblé atteindre ordiniùremcnt 100 pieds au moins de hauteur. Une masse énorme de vapeur blanche plane ensuite quelque temps au-dessus de cette scène imposante. Le Geyser, dont la fureur s'est tue brusquement, se remplit avec lenteur

et se met à couler de nouveau comme une simple source'. »

Une couche siliceuse très-unie, très-dure, comparable au plus beau stuc, revêt l'intérieur du tube et du bassin qui contiennent la source, dont l'incessant travail îi créé ce merveilleux appareil. Le dépôt de silice

qui se forme à l'enlour du bord s'est IcntcmcnL élevé, rendant toujours plus profond le puits du Geyser, et construisant le tertre au sommet duquel il jaillit. Ses

' Vmjagt en Islande ft au Grornlanif, sur la corveltc la Heclicirhe, uHrunandic par U. Trùliouart, lïcutenuiil de vaisseau, pulilû- auiis la direction de H. l'nul Gaininrd. [H'mirologie et gfologic, pi' M. Ku;;ùiie Robert.)

7J VOLCANS ET TREMBLEMENTS DE TEIUlE.

eaux, claires comme le cristal, sont inodores et n'ont aucune saveur désagréable. Refroidies, on peut les boire avec plaisir.

Le Strockur, situé à une cinquantaine de pas environ du grand Geyser, fait constamment entendre un bouillonnement très-fort, ce qui lui a valu Tépithète de Marmite du Diable, On provoque ordinairement ses éruptions, en Texcitant par des mottes de terre ou de gazon qu'on y jette.

Les détonations et les explosions des geysers s'expliquent par la production de la vapeur dans les conduits qui alimentent le tube* On doit à M. Bunsen une belle théorie de ces éruptions, reproduite dans Texcellent ouvrage de M. Tyndall.

Les variations dans les élancements des geysers n'ont pas une période fixe. Lorsqu'ils jaillissent avec beaucoup de force, les Islandais s'attendent à un temps pluvieux et venteux.

Autour de ces principales sources, on compte jusqu'à cinquante fontaines bouillantes, éloignées au plus d'une demi- lieue, et qui probablement ont toutes la môme origine. L*eau y est généralement claire, mais en traversant des veines d'ocre et de glaise blanchâtre, elle devient ()uelquefois rouge comme du sang ou prend la couleur du lait.

Les geysers du nord, comme ceux du sud, occupent le fond d'une grande vallée de déchirement. Le plus important jaillit à 4 mètres environ de hauteur ; il est situé entre deux autres qui fournissent une plus grande quantité d'eau, mais sans éruption, et qui prennent "'ors le nom de lang (bain).

c( Quclque3-uns de ces laugs d'Islande ont 12 mètres de profondeur. Leur beauté, d'après M. Bunsen, est indescriptible : une vapeur légère ondule à leur surface, l'eau est du plus pur azur et elle teinte de ses nuances délicieuses les incrustations fantastiques des parois, tandis qu'au fond on aperçoit souvent la bouche d'un ancien geyser. On trouve, en Islande, des traces nombreuses de geysers autrefois puissants, aujourd'hui éteints. On voit des tertres dont les puits sont remplis de décombres, parce que l'eau, se frayant de force un passage, s'en échappe pour aller porter ailleurs le théâtre de son action. Le geyser, en un mot, se montre à nous dans toutes les phases de son existence, sa jeunesse, son âge mûr, sa vieillesse et sa mort. Dans sa jeunesse, simple source thermale ; dans son âge mûr, colonne éruptive; dans sa vieillesse, laug tranquille; sa mort, enfin, est comme enregistrée par le puits en ruine et le tertre, qui témoignent de son activité d'autrefois*. »

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