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CURIOSITES NATURELLES

L'Islande, qu'on a pu très-justement nommer « la reine des îles volcaniques, » renferme un nombre infini de curiosités naturelles produites par la double action de ses volcans et des immenses glaciers qui en couronnent la cime.

En certaines régions, le paysage présente l'aspect le

' Tyndall, la Chaleur.

plus étrange et le plus merveilleux. Les brouillards, si fréquents dans ces parages, ont souvent une teinte roussâtrc, et M. E. Robert, dans sa pittoresque relation, dit qu'on peut alors les prendre pour une pluie de cendres volcaniques. L'action violente des vents produit aussi de remarquables effets.

« Pendant la sécheresse, des trombes magnifiques et d'immenses nuages de poussière rougeâtre sont tenus en suspension à une grande hauteur dans Tatmosphère. Ils y demeurent quelquefois longtemps après que le calme est revenu sur la terre, et sont transportés à de grandes distances en mer. Ces nuages ternissent en passant la partie inférieure de la neige qui revêt les montagnes, et, dans ces moments-là, on pourrait se croire au nrilieu d'une éruption volcanique. Ce phénomène, remarquable et rare, s'appelle mistur en Islande ^ »

Si l'atmosphère offre ainsi de singuliers rapports avec les phénomènes volcaniques, le sol entier de l'île garde les plus frappantes traces de l'action des feux souterrains. Les montagnes d'Ésia, situées près de Reykiavick, capitale de l'Islande, paraissent de loin couvertes d'une végétation florissante. Leurs flancs escarpés, trèsarides, doivent cette apparence à la belle teinte verte des roches qui composent la majeure partie de la chaîne, dont les couches supérieures présentent une grande variété de couleurs. La montagne d'Husaell, dans la vallée de Reikolt, près de Thingvellir, a des cimes violettes. Sur la côte, au pied des montagnes

* Voyage de la Recherche.

neigeuses , s'étendent des plages noires ou rouges comme du sang, suivant la nature des sables Les eaux des fîords bordes de hautes falaises basaltiques, ont aussi quelquefois une teinte rougeâtre provenant de la décomposition des roches ou de la teinte des coulées 80us-marines transmises k travers le prisme des eaux.

Des glaces flottantes, transportées par les courants polaires, viennent souvent s'échouer dans ses fiords, et y répandent la fraîcheur de leurs belles teintes bleues, rehaussées par le vert éclatant de la mer qui les baigne.

Les glaciers, comme d'immenses diamants enchâssés dans la lave, éclairent les profondes vaUé«% (^\ «.'cto^^-

rcnt les. volcans, dont les flancs noirs montrent des lignes brillantes et sinueuses tracées par Técume des torrents. C'est près d'un de ces torrents, le Silfurdœkir (ruisseau d'argent), que se trouve le plus grand gisement de spath d'Islande. Cette belle masse cristalline, transparente et pure, blanche comme la nacre, y forme un épais filon au milieu duquel le torrent a creusé son lit.

Pendant les jours d'été, la pureté de l'air, la limpidité de la lumière ajoutent à l'étrange beauté de ces contrastes de formes et de couleurs, qui produisent alors de magnifiques tableaux et transforment l'Islande en une contrée féerique. Mais dans les jours sombres, si nombreux, tout autre est l'aspect de cette ce pauvre et poétique terre, assise entre les glaces^du pôle et le feu de l'abîme. »

Lord Dufferin décrit ainsi un de ces mornes paysages. c( Une lourde et basse couche de nuages gris de fer recouvrait presque entièrement la yoùte céleste, laissant toutefois à l'extrémité de l'horizon une large bande d'opale qui permettait à l'œil de plonger dans l'espace. Â l'opposé s'élevaient les flancs contournés des montagnes de lave, dont les pics glacés, heurtant ce ciel de fer, se perdaient dans une obscurité profonde qui revêtait des teintes encore plus lugubres là où les rouges escarpements des rochers contrastaient avec les ombres étendues sur toute cette scène désolée. Si dans le domaine de la nature il existe une seconde région semblable, ce ne peut être que dans ces effrayantes solitudes que la science nous laisse entrevoir au milieu des montagnes de la lune. »

M. Poulett Scrope pense que l'Islande a été formée par les éruptions d'un même volcan. Un savant observateur, von Troil, qui visita l'île en 1783, attribuait

aussi sa formation à des éruptions volcaniques successives, dont les produits s'étaient lentement accumulés. M. E. Robert croit qu'il y eut d'abord, comme base, un archipel de roches primordiales, mais que le relief géologique actuel est dû, en effet, à unt[è,s-gi%aÀ\\QTn\iï«^

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d'éruptions. Il croit, en outre, que ces éruptions, pendant lesquelles ont été vomies des masses énormes de ' matière ignée, ont pu creuser un grand vide au-dessous de la partie centrale de Tlslande, qui se serait affaissée dans une catastrophe semblable à celles observées clans les Andes et à Tile de Java, où, comme nous le verrons phis loin, de gigantesques dômes volcaniques ont soudainement disparu dans les entrailles de la terre.

En admettant un tel affaissement, on explique Tinclinaison rayonnante des vieux terrains de l'Islande autour des centres d'éruption, inclinaison qui est la première cause du singulier aspect qu'offrent généralement les côtes. Toutes les montagnes qui appartiennent h l'ancien système de l'île sont aussi inclinées vers les grands volcans.

Vi\c partie considérable des terrains volcaniques de l'Islande consiste en couches de basalte, qui ont formé des colonnades dont un certain nombre présentent un aspect monumental. On cite principalement les ruines dc'Dverghamrar, où, des deux côtés d'un grand cirque, se dres^nt des files de colonnes verticales recouverfbs par d'autres colonnes plus petites et diversement contournées.

Les Islandais mettent à profit les enceintes naturelles créées par les laves pour y enfermer leurs troupeaux. Dans certaines régions, des q«iantités prodigieuses de petits cratères, qui ont de 20 à 50 pieds de hauteur, et qui sont probablement le résultat du confact de la lave avec les eaux, servent aussi de bergeries au moyen Couvertures situées à la base, le sommet étant d'ailtiurs à po'mc crevé. Près de Raudholar, quelques-uns

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; ces cratères, entièrement ouverts, renferment, des rdins, abrités de tous les vents.

Des caTernes ont été quclt(uefois formées |)ar la lave, li, préservée par la croûte solide déjà existante à l'cx-

icur de la couche, circulait dans une sorte de c3li;i1 érieur, en conservant une Ouidité qui lui permcttaiL s'épancher au Join. L'immense caserne 4e 'àwïX.ï.Ow'^-

]ir, provenant d'un semblable écroulement, est une des plus remarquables de ces grandes veines volcaniques. « Ses parois sont tapissées de stalactites de lave. Vers le milieu du canal, sous une espèce de dôme, on est arrêté par une masse éblouissante; c'est de la neige qui s'est accumulée là, après avoir pénétré dans cette enceinte, éclairée par un jour mystérieux, au moyen d'une petite ouverture que le temps a pratiquée dans le toit de la voûte. Au moment où nous visitions cette vaste glacière naturelle, un rayon de soleil venant à pénétrer obliquement par ce passage, fit pâlir les flambeaux dont nous étions tous pourvus, et rendit cet intérieur encore plus ténébreux. Tout à fait à l'extrémité accessible du canal, qui va un peu en plongeant, on pénètre dans une galerie d'une magnificence féerique, tapissée partout du cristal le plus pur où la lumière de nos torches se reflétait de mille manières. Le plafond était couvert de paillettes brillantes ; et à droite, sur le côté, on remarquait des jeux d'orgue ou de très-belles stalactites et stalagmites de glace ^ »

Des montagnes coniques, composées d'un grand nombre de couches de diverses natures, ont pris parfois une forme exactement pyramidale, résultant d'une lente dégradation des terrains volcaniques. La montagne Tungu-Kollur, où la neige s'est arrêtée sur les assises des couches disposées en gradins, ressemble ainsi, mais dans des proportions gigantesques, aux pyramides d'Egypte.

Les profondes dégradations que subit depuis des

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milliers d'années le sol fragile de l'Islande, la décomposition par les agents atmosphériques des cendres et des scories, tendent à niveler les aspérités des roches volcaniques et à reconstituer les terres fertiles, les pâtarages anéantis par une longue série d'éruptions. Les

éboulements des hautes falaises qui bordent les golfes accumulent aussi des débris, que le Icmps nivelle et transforme en dunes de sable. Ces dunes ne cessent pas de s'étendre, l'action de la mer devenant toujours moindre, probablement par suite d'un exhaussement lent des côtes, phénomène observé déjà en Scandinavie, au Spitzberg, dans la Lajionie et au Kamtchatka.

Les fiords d'Irlande, 'semblables à ceux qui dentè- \mt iea côtes granitiques de l'Ecosse elàe\a^ft"t'«e^t%

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ont été formés par d'énormes coulées de lave que Taction des forces souterraines a soulevées et fendues. Ces immenses crevasses, qui élèvent leurs couches puissantes h de très-grandes hauteurs au-dessus de la mer, offrent, par suite des éboulements et des dégradations de la roche, l'aspect de murailles crénelées, de grandes pyramides, de monuments et de ruines. Au sud de Tile, les colonnades basaltiques, les cavernes et les arches naturelles de Stapi rappellent les pins curieuses formations de l'Irlande et la belle grotte d'Antrim dans les Orcades. Cette couche de basalte, située à la base du Sn.Tfells-JoKuU, supporte une montagne, appelée Kanibell, qui ressemble à une immense cathédrale gothique. D'autres roches ont l'apparence de murs cyclopéens, de cirques, de tours féodales, de sphinx, et annoncent d'à vaiice au navigateur tout ce que l'île renferme d'étrange et de merveilleux.

Dans son remarquable ouvrage sur l'Islande*, M. Krug de Nidda donne une pittoresque description des fiords : « Ces golfes, qui n'ont souvent qu'un demimille de largeur, s'étendent jusqu'à 5 ou 6 milles de longueur dans les montagnes, où ils sont entourés de tous côtés de rochers à pic, qui s'élèvent à une hauteur considérable. La moitié supérieure de ces gigantesques murailles, couvertes de neiges éternelles, reste cachée dans d'épais nuages : là plus de trace de vie, tout est mort et solitude ; aucun homme, rien d'humain au milieu de ces masses entassées par la nature ; pas de foéts, pas d'arbres, des roches nues et en général trop

Description géognostiqtie.

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escarpées pour donner prise à la végétation là plus humble ; pas d autre bruit que le brisement de la mer répété par Ils échos ; pas d'autre mouvement que celui' des torrents alimentés par les neiges et qui sillonnent les flancs des rochers comme des rubans argenlés. »

« J'ajouterai, pour ma part, dit M. E. Robert après avoir reproduit ce fragment, que vers l'heure de minuit, à l'époque de l'année on le soleil est toujours audessus de l'horizon dans les conlrécs septentrionales, et lorsque l'atmosphère est d'une pureté et d'un calme parfaits, il règne au fond des mêmes hords un jour mystérieux, indéfinissable, que je n'ai \u nulle part ailleurs qu'en Islande : on dirait alors autant de sanctuaires où la nature se repose. »

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