‹ Volcans et tremblements de terreChapitre 24 sur 57 · VOLCANS DU MEXIQUE — LES MALPAYS · texte numérisé non relu

VOLCANS DU MEXIQUE — LES MALPAYS

Du Soconusko, qui termine la chaîne de l'Amérique centrale, jusqu'au système tout différent qui caractérise le Mexique, on ne trouve aucune formation volcanique dans un parcours de 40 milles. Tous les pics qui composent ce système paraissent alignés comme s'ils étaient sortis par une crevasse unique , longue de 90 milles, dans une direction perpendiculaire à celle de la grande chaîne de montagnes qui traverse le Mexique du nord au sud. Ce parallèle de volcans, comme l'appelle Humboldt, n'oscille que de quelques minutes autour du parallèle géographique de \9^ . Oxv ^ \^\ûaxQ^^^

en outre, qu'en prolongeant cette ligne de 110 milles, à Touest des côtes de l'océan Pacifique, elle rencontre les îles Revillagigedo, dans le voisinage desquelles surnagent souvent des pierres ponces en grande quantité, et que plus loin elle aboutirait au grand volcan de Mauna-Roa, dans une des îles Sandwich. De semblables correspondances indiquent probablement des traces de dislocation de Técorce du globe, conformément à une théorie géologique dont nous aurons à parler.

Des six volcans mexicains, l'Orizaba, le Toluca, le Tuxtla, le Popocatepetl, le Jorullo et le Colima, les quatre derniers sont encore en activité, ou ont eu des éruptions dans les temps historiques. En outre, sur le plateau où ils s^élèvent, on trouve en plusieurs endroits, à la surface du sol, de vastes champs de lave entièrement déserts, auxquels les habitants donnent le nom significatif de malpays, et qui témoignent de rextréme énergie des forces souterraines.

Une semblable couche dénudée est située à l'ouest de Puebla, au pied du volcafi de Popocatepetl. Elle a 6 kilomètres de long sur 2 de large, et est élevée de 20 à oO mètres au-dessus de la plaine limitrophe. Des blocs de lave noire, quelquefois dressés debout, et semés çà et là de couches de ponce jaunâtre et de quelques maigres lichens, offrent un aspect horriblement sauvage. Ces masses énormes ne paraissent pas être le résultat d'épanchements latéraux. c( Il est probable, dit Hum boldt, que lors du soulèvement des montagnes, le plissement du sol a produit, sur un vaste espace, des failles longitudinales et des réseaux de failles, d'où sont sorties directement des matières en fusion, tantôt sous la

forme de masses compactes, tantôt sous celle de laves scorifiées, sans qu'il se soit formé des échafaudages de montagnes, c'est-à-dire des cônes couverts ou des cratères de soulèvement. »

Lit COMPAGNONS DE CORrEZ SUR LE POPOCATEPETL

On lit dans les récits de Cortez qu'ayant été trèsfrappé par la vue du Popocatcpetl toujours enflammé, il envoya ses courageux compagnons jusqu'au sommet, « pour découvrir le secret de la fumée, » secret dont il voulait faire part à Charles-Quint. Cet épisode est ainsi raconté par l'historien W. Prescott ^ : c< Les Espagnols déBlèrent entre les deux plus hautes montagnes de rAmérique septentrionale, Popocatcpetl « la montagne qui fume, » et Iztaccihuatl, ou « la Femme blanche, » nom suggéré sans doute par l'éclatant manteau de neige qui s'étend sur sa large surface accidentée. Une superstition puérile des Indiens avait déifié ces montagnes célèbres, et Iztaccihuatl était, à leurs yeux, l'épouse de son voisin plus formidable. Une tradition d'un ordre élevé représentait le volcan du nord comme le séjour des méchants chefs, qui, par les tortures qu'ils éprouvaient dans leur prison de feu, occasionnaient les effroyables mugissements et les convulsions terribles qui accompagnaient chaque éruption. Ces légendes superstitieuses avaient environné la montagne d'une mysté-

* Histoire de la conquête du Mexique ^ Uv. \\\.

rieuse horreur qui empêchait les naturels d'en tenter I*ascension; c'était, il est vrai, à ne considérer que les obstacles naturels, une entreprise qui présentait d'immenses difficultés.

c( Le grand volcan, c'est ainsi qu*on appelait le Popocatepetl, s'élevait à la hauteur prodigieuse de 17,852 pieds au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire à plus de 2,000 pieds au-dessus de la plus haute sommité de I Europe. Ce volcan a rarement, pendant le siècle actuel, donné signe de son origine, et la <c Montagne qui tïiirie » a presque perdu son titre à cette appellation. Mais à l'époque de la conquête, il était souvent en activité, et il déploya surtout ses fureurs dans le temps où les Espagnols étaient à Tlascala, ce qui fut considéré comme un sinistre présage pour les peuples de TAnahuac. Sa cime, façonnée en côn3 régulier par les dépôts des éruptions successives, affectait la forme ordinaire des montagnes volcaniques lorsqu'elle n'est point altérée par l'affaissement intérieur du cratère. Élevée dans la région des nuages, avec son enveloppe de neiges éternelles, on l'apercevait au loin de tous les points des vastes plaines de Mexico et de Puebla ; clétait le premier objet que saluait le soleil du matin, le dernier sur lequel s'arrêtaient les rayons du couchant. Cette cime se colorait alors d'une glorieuse auréole, dont l'éclat contrastait d'une manière frappante avec l'affreux chaos des laves et des scories, et l'épais rideau de pins funéraires (|ui entouraient sa base.

(( Le mystère même et les terreurs qui planaient sur ' le PopocatepetI inspirèrent à quelques cavaliers espaf^nols, bien dignes de rivaliset asee les héros de roman

de leur pays, le désir de tenter l'ascension de cette montagne, tentative dont la mort devait être, au dire des naturels, le résultat inévitable. Cortez les encouragea dans ce dessein, voulant montrer aux Indiens que rien n'était au-^dessus de l'audace indomptable de ses compagnons. En conséquence, Diego Ortaz, un de ses capitaines, accompagné de neuf Espagnols et de plusieurs Tlascalans enhardis par leur exemple, entreprit l'ascension, qui présenta plus de difficultés qu'on ne l'avait supposé.

c( La région inférieure de la montagne était couverte par une épaisse forêt qui semblait souvent impénétrable. Cette futaie s'éclaircit cependant à mesure que Ton avançait, dégénérant peu à peu en une végétation rabougrie et de plus en plus rare, qui disparut entièrement lorsqu'on fut parvenu à une élévation d^un peu plus de 13,000 pieds. Les Indiens, qui avaient tenu jusque-là, effrayés par les bruits souterrains du volcan alors en travail, abandonnèrent tout à coup leurs compagnons. La route escarpée que ceux-ci avaient maintenant à gravir n'offrait qu'une noire surface de sable volcanique vitrifié et de lave^ dont les fragments brisés, affectant mille formes fantastiques, opposaient de continuels obstacles à leur progrès. Un énorme rocher, le pko del Fraile (le pic du Moine), qui avait 150 pieds de hauteur perpendiculaire, et qu'on voyait distinctement du pied de la montagne, les obligea de faire un grand détour. Ils arrivèrent bientôt aux limites des neiges perpétuelles, dans la région des glaces, où un faux pas pouvait les précipiter dans les abîmes béants. Pour surcroît d'embarras , la resçiralioxv ÔlctoiX. i\ ^-

nible dans ces régions aériennes, que chaque effort était accompagné de douleurs aiguës dans la tête et dans les membres. Ils continuèrent néanmoins d'avancer jusqu*aux approches du cratère , où d'épais tourbillons de fumée , une pluie de cendres brûlantes et d'étincelles vomies du sein enflammé du volcan et chassées sur la croupe de la montagne , faillirent les suffoquer en même temps qu'ils les aveuglaient. C'était plus que leurs corps, tout endurcis qu'ils étaient, ne pouvaient supporter, et ils se virent à regret forcés d'abandonner leur périlleuse entreprise au moment où ils touchaient au but. Ils rapportèrent, comme trophées de leur expédition , quelques gros glaçons produits assez curieux dans ces régions tropicales, et leur succès, sans avoir été complet, n'en suffit pas moins pour frapper les naturels de stupeur, en leur faisant voir que les obstacles les plus formidables , les périls les plus mystérieux , n'étaient qu'un jeu pour les Espagnols. Ce trait, d'ailleurs, peint bien l'esprit aventureux des cavaliers de cette époque, qui, non contents des dangers qui s'offraient naturellement à eux, semblaient les rechercher pour le plaisir de les affronter. Une relation de Tascension du Popocatepetl fut transmise à l'empereur Charles-Quint, et la famille d'Ortaz fut autorisée à porter, en mémoire de cet exploit, une montagne enflammée dans ses armes. »

Les conquérants de la science ont achevé l'entreprise des compagnons de Cortez. Plusieurs naturalistes sont parvenus au sommet du Popocatepetl , et on a même commencé à exploiter le soufre qui s'y dépose. Nous donnons (pagel35), d'après un dessin déM. JulesLaverrière,

une vue du cratère prise de la brèclie située au nord-est : c'est un vaste bassin circulaire dont les parois verticales sont composées de couches colorées en rose pâle dans certaines parties, en noir dans d'autres. Deux pics neigeux le dominent. On se sert d'un cabestan placé sur une saillie pour descendre sur la plate-forme intérieure. Là se trouvent plusieurs orifices auxquels on a donné le nom de respiradores, qui laissent échapper de grandes colonnes de vapeur d'abord rouge, puis jaune, enfin blanche. Leur nombre est variable, car il suffit d'un amas de fragments pour boucher un soupirail et détourner ou diviser le courant ascendant. En 1857, il y en avait 5 et le diamètre du plus grand était d'environ 6 mètres. On voit, près de leurs bords, du soufre en masses compactes , à cassure brillante et d'une grande pureté, en granules mélangés de sable ou à l'état de fleur. Chaque année l'industrie en retire plus de 800 quintaux métriques.

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