‹ Volcans et tremblements de terreChapitre 5 sur 57 · ASCENSIONS · texte numérisé non relu

ASCENSIONS

Nous avons eu l'occasion de visiter deux fois le Vésuve. Ce fut d'abord en 1836, pendant une période de repos. Après avoir quitté au bord de la mer le village de Résina, on monte à travers les vignobles qui produisent le vin renommé de lacryma-christi. D'anciennes coulées de lave apparaissent de distance en distance, mais en partie revêtues d'une fraîche verdure. Un groupe de grands arbres ombrage encore le plateau de l'ermitage situé à mi-hauteur de la montagne. La végétation diminue ensuite, et on entre dans la région purement minérale. L'immense désert de scories et de cendres s'étend de tous côtés.

L'aspect des champs de lave est surtout frappant. Comme dans les glaciers des Alpes, c'est une mer avec ses vagues qui semble avoir été tout à coup figée. Mais au lieu d'un cristal brillant sous les rayons du soleil, on a devant soi une matière noire et terne sur laquelle se détachent çà et là des scories grises ou jaunâtres comme des crêtes d'écume.

Il est nécessaire de s'engager pendant quelque temps dans la vallée qui est formée par la Somma et le cône, afin de trouver le point où l'ascension de celui-ci devient le plus facilement praticable. A cause de la grande inclinaison delà pente, elle est toujours pénible et emploie près d'une heure. Dans la partie inférieure, ce sont des scories qui dominent. Les amas qu'on gravit s'écroulent souvent et forcent à recommencer le che-

min. Plus haut les pieds s'enfoncent dans une cendre fine qui gène extrêmement la marche.

Le sommet atteint, on domine le cratère, et les yeux se portent alternativement sur Pabime horriblement bouleversé, et sur l'harmonieux paysage que présente le golfe de Naples avec ses îles et ses promontoires. Répétons ce qu'a dit Chateaubriand : « C'est le paradis vu ie l'enfer. »

A chaque éruption, le vaste bassin qui constitue le :;ratèie change de forme. Des cônes nouveaux s'élèvent 3t s'écroulent, des roches se superposent en retombant, les crevasses s'ouvrent. Nous avons pu observer le fond ie quelques-unes où les matières présentaient une renarquable variété de coloration, et la bouche même du rolcan d'où l'on voyait sortir une épaisse colonne de funée. Les circonstances nous favorisaient. Le vent dégageait le côté du gouffre auquel nous arrivions, et faciliaît l'examen des parois intérieures couvertes de pierres calcinées et des vitrifications.

Peu de minutes suffisent pour arriver au bas du cône, sscaladé ave 3 tant d'efforts. On se laisse glisser sur les tendres comme dans les neiges des hautes montagnes.

Le retour au milieu de la nature vivante a un très- [rand charme après ce séjour dans l'aride solitude du olcan. Avec quel plaisir on retrouve l'ombrage des ins, les fleurs et les oiseaux I

En 1846, le contraste devait être plus complet enore. Nous avions passé la journée sur la côte de Sorente, dans la belle contrée qui a vu naître le Tasse, et l'entrée de la nuit nous arrivions sur le Vésuve, alors à n éruption.

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Les explosions n'étaient pas assez violentes pour empêcher de visiter le cratère. Un sombre nuage le dominait et se teignait des reflets de Tincendie intérieur ; on entendait le bruit d'une formidable haleine s(Nrtant du gouffre, et des pierres brûlantes lancées en gerbes à perte de vue retombaient avec fracas sur les bords du cône. Le plus souvent Féruption était précédée d^on roulement de tonnerre dans les profondeurs de la montagne, le sol tremblait, et pendant que le jet de gaz pénétrait dans le grand panache de fumée, des détonations semblables à des déchaînes d'artillerie ébranlaient l'air.

On voyait la lave sourdre â travers les fentes an cratère et couler en pétillant dans des canaux inelinés. La température diminue assez rapidement à partiriie IV rifice ; le courant se couvre de scories qui s'agglutinent et forment bientôt une voûte solide sur laquelle on peut passer sans danger. Au centre, la matière est encore incandescente après cinq ou six ans.

LES CHAMPS PHLÉQF.ÊENS

Indépendamment des phénomènes éruptifs intermittents du Vésuve, on constate autour de sa base quelques manifestations permanentes d'un ordre secondaire, comme les nombreuses sources minérales de Castellamare, de Santa Lucia, et les émanations gazeuses de la mer aux environs de Torre del Greco. Une région située à Touest de Naples renferme encore d'autres organes importants liés à ce grand évcnt des feux souter-

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rains. Les anciens la désignaient sohs le nom de champs I^il^gréens, ou même sons celui de Forum de Vulcain. La myUiol<^ie y plaçait l'un des travaux d'Hercule, sa victoire sur les géauts « £ls de la Terre, » symbolisant ainsi la conquête du sol fertile de cette contrée pendant la période du repos qui succédait aux éruptions de l'âge primitif.

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Sur une surface de 500 kilomètres carrés s'élève une aâne de collines eu tuf penceui, ayant la forme régu- Uèremeut circulaire qui caractérise les cratères. Naples est bâtie au milieu d'un bassin semblable. Ou en distingue d'autres, très-voisins, du haut du couvent desCamaldoles et du PnHQoaloire de Pausilii^^. Laçï^N^''^^^ ^«^ JfSsida est aussi ua côae érupliC a\ec un CïaLVetft «*v;w\

du côté de la mer. La même disposition circulaire s'observe dans l'ensemble des collines de Cumes. Ajoutons l'île Procida, le groupe des Ponza, les îles Yentotienne et San Stefano, qui sont évidemment les restes d'une île plus grande, le Vésuve d'ailleurs se lie à la chaîne des volcans éteints du Latium et de l'Italie septentrionale par deux cônes de grande dimension qui se trouvent sur le flanc des Apennins, à mi -distance des deux mers, les monts Vultur et Rocca Monfina. On y voit de vastes cratères qui n*ont pas été en activité depuis les temps historiques, mais qui présentent encore quelques émanations carboniques.

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