‹ Volcans et tremblements de terreChapitre 51 sur 57 · ANT0RIN · texte numérisé non relu

ANT0RIN

Le groupe de Santorin, Thérasia et Aspronisi, qui produit les meilleurs vins de l'Arcliipel, est aussi le foyer où Tactivité volcanique a persisté le plus longtemps dans cette région. Aujourd'hui encore on y voit la nature à l'œuvre.

Suivant les anciens, ces trois îles avaient apparu audessus des eaux plusieurs siècles avant notre ère, à la suite de violents tremblements de terre. Elles forment une sorte d'anneau dans l'enceinte duquel d'autres îlots se soulevèrent à différentes époques, d'abord Hiéra, 186 ans avant Jésus-Christ, puis Micra-Kamméni, en 1575 et Néa-Kamméni de 1707 à 1712. Le résumé suivant d'une relation écrite lors de cette dernière éruption par des témoins oculaires, et citée par Arago\ pourra donner une idée de la manière dont se produisent ces créations nouvelles.

c< Le 18 et le 22 mai 1807, on ressent de légères secousses de tremblements de terre à Santorin.

c< Le 23, au lever du soleil, on aperçoit entre les deux îlots-nommés le grand et le petit Kamméni, un objet qu'on prend pour la carcasse d'un vaisseau naufragé. Des matelots se rendent sur les lieux, et au retour rapportent, au grand étonnement de toute la population, qu'un rocher est sorti des flots. Dans cette région, la

* Astronomie populaire.

ïncr «avait auparavant de 150 à 160 mètres de profondeur.

« Le !2i, beaucoup de personnes visitent l'île nouvelle, y débarquent et ramassent sur sa surface de irrandcs buîlres qui n'avaient pas cessé d'adhérer au rocher. L*île montait à vue d'œil.

« Depuis le 25 mai jusqu'au 15 ou 14 juin, l'ilc augmente graduellement d'étendue et d'élévation, sans secousses et sans bruit. Le 15 juin, elle pouvait avoir 1 kilomètre de tour et 7 à 8 mètres de hauteur. Jamais il n'en sortit ni ilamme ni fumée.

« Depuis le moment de la sortie de l'île, l'eau avait été trouble près de ses rives; le 15 juin, elle devint presque bouillante.

« Le 16, dix-sept ou dix-huit roches noires sortent de la mer entre l'île nouvelle et le petit Kamméni.

« Le 17, ces roches ont considérablement augmenté de hauteur.

« Le 18, il s'en élève de la fumée, et l'on entend pour la première fois de grands mugissements souterrains.

« Le 19, toutes les roches noires sont unies et forment une île continue, mais totalement distincte de la première. Il en sort des flammes, des colonnes de cendres et de pierres incandescentes. Ces phénomènes duraient encore le 25 mai 1708. L'île Noire, un an après sa sortie, avait 9 kilomètres de tour, 1,850 mètres de large et plus de 60 mètres de hauteur. »

L'année 1866 donne l'occasion d'ajouter la relation d'une nouvelle apparition d'îlots dans le grand cratère de Santorin. Cette apparition a été accompagnée de

tremblements de terre dans la Morée, et il faut peut-être y rattacher celui que l'on a ressenti (au milieu de mai) dans le midi de la France. Les renseignements que nous résumons ont été donnés par le savant explorateur de l'Etna, M. Fouqué, envoyé sur les lieux par l'Académie des sciences.

Le 30 janvier, des bruits sourds et des mouvements lents du sol, à l'extrémité sud de Néa-Kamméni, sont les premiers indices de l'éruption prochaine. Le lendemain, les bruits redoublent d'intensité, et dans le port de cette île, appelé Voulcano, il se dégage de la mer une multitude innombrable de bulles de gaz.

Le 1^' février, à cinq heures du matin, le sol se déchire profondément sur la côte et au sommet du cône central. Des flammes y apparaissent ainsi qu'à la surface de la mer, qui prend une coloration rougeàtre.

L'affaissement du sol au bord oriental du port de Voulcano devient très-marqué le 2. On entre en canot dans des maisons qui étaient auparavant de 2 et 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Bientôt apparaît dans le port même, au milieu d'une épaisse fumée, un récif qui, les jours suivants, se transforme rapidement, mais sans phénomènes violents, en un îlot auquel on donne le nom de Georges. Le 5 février, il forme un monticule ayant 70 mètres de longueur, 30 de largeur et 20 de hauteur. Les blocs qui couvrent sa surface sont sans cesse rejetés du centre vers la périphérie, comme si le développement de l'îlot se faisait par le centre. Les premiers de ces blocs sont noirs et froids, mais ils sont remplacés par d'autres dont la température est de plus en plus élevée. Bientôt ils deviennent incandescents^ et

l'îlot tout entier se montre lumineux dans robseurité avec une couronne de flammes rougeâtres.

Tous ces phénomènes augmentent jusqu'au 15, époque où le terrain émergé, qui s'est réuni à Néa- Kamméni et y forme un nouveau promontoire, remplit non seulement le port de Voulcano, mais en dépasse l'ouverture de 60 mètres environ. Il devient alors le siège de violentes détonations accompagnées de projections de pierres incandescentes. En même temps, à 50 mètres environ de la côte, à l'ouest du cap Plilego, apparaît un autre îlot qu'on appelle Aphroëssa, Son développement est plus lent et surtout plus irrégulier que celui du premier îlot. Il s'enfonce et reparaît alternativement trois ou quatre fois avant de prendre une position stable.

Pendant trois semaines, des projections abondantes, accompagnées de détonations très-fortes, eurent lieu une ou deux fois par jour. L'îlot Georges, qui successivement avait atteint 50 mètres de hauteur, lança des blocs de plusieurs mètres cubes à une assez grande distance. L'un d'eux causa un accident qui répandit la terreur dans l'île. Il mit le feu à un navire de comnaerce après avoir blessé mortellement le capitaine.

Le 10 mars, l'éruption avait considérablement diminué, lorsqu'un nouvel îlot, Réka, parut près d'Aphroëssa. 11 ne resta pas longtemps isolé, car le canal de séparation, profond de 10 mètres, fut entièrement comblé le 13.

Les observations de M. Fouqué lui ont permis de donner une idée très-claire du mode d'accroissement des monticules volcaniques de nouvelle formation. « Cet

accroissement, dit-il, se fait certainement en partie par l'effet d'un soulèvement lent du sol ; il y a même des moments où l'action soulevante paraît prédominer, mais ce n'est pas le cas le plus ordinaire. Ce qui contribue surtout à l'agrandissement de Georges, d'Aphroëssa et de Réka, ce sont les coulées de lave qui en sortent. Ces coulées se déversent de chaque côté de la fissure dont Georges et Aphroëssa sont les deux points principaux. Elles marchent avec une extrême lenteur, refroidies qu'elles sont dans leurs parties extérieures par le contact de la mer, mais elles avancent néanmoins au-dessous de l'eau, qu'elles échauffent à une température voisine dé celle de rébullition. Elles offrent à leur surface une pente régulière de chaque côté de l'ouverture qui leur donne naissance, de manière à représenter assez bien les deux pentes opposées d'un toit peu incliné dont la ligne de faîte correspondrait à cette ouverture. A me • sure que ces coulées avancent, leur épaisseur en un point donné de leur parcours augmente sans cesse, d'où il résulte qu'elles émergent peu à peu, et comme leur surface est recouverte de blocs irréguliers, ceux-ci apparaissent au-dessus de Teau les uns après les autres, et forment comme des récifs autour des points précédemment émergés. Quand, au contraire, le soulèvement du sol est le fait dominant, les blocs qui sortent de l'eau sont situés à une certaine distance des centres en ajctivité, et de plus ils sont toujours à une température peu élevée au moment de leur apparition, comme si la matière qui les compose était solidifiée depuis longtemps. C'est de cette façon que nous avons vu apparaître Réka, à une distance de plus de 10 mèlîe,^ à! k^Vv^'^^^'sa.^ ^

sans que l'eau de la mer fut très-échauffée dans le voisinage. Aujourd'hui (25 mars) il se forme encore de cette façon, par voie de soulèvement, de nouveaux écueils à l'ouest de Réka, du côté de Palaea-Kamméni ; mais actuellement, Georges, Aphroëssa et Réka augmentent principalement par l'effet de Tautre cause que nous avons signalée. »

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