LENT SOULÈVEMENT OC LA SUE E
« On ne saurait nier qu'aujourd'hui le sol de la France, sauf quelques secousses passagères de tremblement de terre, ne soit dans une immobilité parfaite ; mais les derniers mouvements qui ont achevé d'élever ce pays au-dessus de l'Océan et de lui donner son étendue actuelle, remontent à une époque qui, bien qu'antérieure sans doute aux âges historiques, n'est cependant pas tellement reculée, qu'elle aille se perdre dans la nuit des temps. Les campagnes de la Touraine et d'une partie de nos provinces du Midi sont couvertes d'une grève semblable à celle de l'Océan, et montrent à leur surface des coquilles toutes pareilles à celles qui vivent encore sur nos rivages. Dans les vastes plaines de la Picardie, autrefois occupées par de grands lacs et de grands marécages, on retrouve les ossements des castors qui y construisirent alors leurs demeures ; et dans le fond des tourbières on découvre quelquefois des pirogues creusées dans un seul bloc, comme celles des sauvages de l'Amérique et qui attestent quelle était alors la nature des habitants de ces parages desséchés aujourd'hui et fertilisés par une culture si belle.
« Mais, si nous sommes immobiles, et si nos frontières ne font plus sur l'empire de la mer de ces conquêtes et de ces invasions pacifiques^ nous avons près de nous des
pays qui ne nous imitent pas, et nous donnent l'exemple de ce qui a dû se faire chez nous. Le sol de la Suède et de la Norwége s'élève continuellement par un mouvement insensible au-dessus des eaux de la mer Baltique. C'est un fait avéré ; et pour s'en faire la meilleure idée, il faut imaginer que Ton prenne le fond de la mer Baltique par sa partie la plus septentrionale, au sommet du golfe de Botnie, avec un bras assez puissant, et qu'on le relève de manière à faire couler les eaux dans le bas, vers le Danemark, d'où elles se verseraient dans la mer du Nord, en passant par les détroits du Sund et les deux Belt. Comme on le pense bien, cette manœuvre naturelle est excessivement lente, et il faudra bien du temps encore avant que la mer Baltique soit entièrement vide ; mais enfin cela se produit à chaque heure, à chaque minute, et dans cent ans la mer Baltique ne sera pas ce qu'elle est aujourd'hui, de même qu'aujourd'hui elle n'est plus ce qu'elle était du temps des Romains, qui en* faisaient, avec raison sans doute, une grande mer.
« Voici ce qui établit la vérité de ce phénomène si* singulier qu'on pourrait se refuser à le croire , s'il n'était appuyé sur des preuves que chacun peut toucher et voir. D'abord, à une grande distance des côtes, et à une hauteur déjà considérable, on trouve des coquillages dont le test est encore très-frais et très-bien conservé, et qui sont les mêmes que ceux qu'on irait prendre sur le bord du rivage. Ceci est pour l'antiquité la plus haute. Voici maintenant pour les temps historiques. Il existe des chants des anciens bardes, qui célèbrent les exploits des guerriers lorsqu'ils allaient à la pêche, et qui con-
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tiennent le nom des rochers sur lesquels ils avaient l'habitude d'aller pêcher les phoques endormis ; ces rochers où se tiennent les phoques sont des tables peu élevées au-dessus de Teau, siir lesquelles ces animaux montent aisément et s'étendent au soleil. Or ceux dont parlent les bardes, et dont les noms sont encore conservés dans le pays, sont maintenant à une telle hauteur au-dessus de Teau, que les escarpements qui les entourent ôtent complètement à un phoque la possibilité d'y monter ;ces rochers se sont donc élevés depuis les temps où les anciens Scandinaves naviguaient autour d'eux pour y lancer leurs flèches sur les animaux marins qui y faisaient leur séjour. Quant à notre temps, la chose est encore plus claire et plus évidente, s'il se peut. On a fait des marques à fleur d'eau, au pied des divers rochers, afin de s'en servir comme points de repère, et en visitant ces marques d'année en année, on trouve qu'elles s'élèvent successivement au-dessus du niveau de la mer. Ce n'est pas le niveau de la mer qui s'abaisse, car il s'abaisserait nécessairement partout de la même manière, sur les côtes d'Allemagne et de Danemark , aussi bien que sur celles de la Suède, ce qui n'a pas lieu ; donc c'est bien le fond de la mer qui s'élève lui-même. Dans le fond du golfe de Botnie, l'exhaussement total du terrain par siècle est d'environ 4 pieds 1/3 ; dans le bas de la mer Baltique, au-dessous de Stockholm, il n'est plus guère que d'un pied ; et, enfin, dans les provinces les plus méridionales, vis-à-vis le Danemark, le mouvement n'est plus appréciable et n'existe probablement
plus. "*
« On doit voir, nar cet exemple, que, pour se faire
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une idée des choses qui se sont passées dans les temps reculés où Thomme n'était point encore sur la terre, il n'est pas nécessaire d'avoir toujours recours à des théories bizarres et à des hypothèses fantastiques. Il suffit souvent de considérer ce que la nature produit encore aujourd'hui, avec des apparences différentes peut-être, mais au fond par des causes semblables. La nature ne change pas ses procédés; elle se contente, pour des œuvres nouvelles, de les modifier. Pour expliquer d'une manière simple et vraie bien des phénomènes, il suffit de comprendre que la forme de la terre, déjà si éloignée d'un sphéroïde parfait, change encore en quelques points, et prend d'autres courbures; de là les volcans, les chaînes de montagnes, et de là aussi les soulèvements et les agrandissements anciens et actuels des continents et des îles *. »