‹ Volcans et tremblements de terreChapitre 7 sur 57 · L'AVERNE · texte numérisé non relu

L'AVERNE

« Expliquons maintenant la nature de ces lieux funestes, de ces lacs nommés Avernes, D'abord, ce nom leur a été donné parce qu'ils sont mortels pour les oiseaux ; en effet, quand les habitants de Tair sont arrivés directement au-dessus de ces lieux, ils semblent avoir oublié l'art de voler ; leurs ailes n'ont plus de ressort ; ils tombent sans force, la tête penchée, ou sur la terre ou dans les eaux, si c'est un lac qui leur donne la mort.

« Ainsi à Cumes, près du mont Vésuve, est un endroit où les fontaines chaudes exhalent une épaisse fumée. On en trouve encore un semblable dans les murs d'Athènes au sommet de la citadelle, à côté du temple de Minerve: les rauques corneilles n'osent jamais en approcher, tant elles fuient avec effroi, non pas la colère de Pallas, que leur attira leur vigilance, selon le récit des poètes grecs, mais les exhalaisons mômes de ce lieu, qui suffisent pour les en détourner. On dit qu'il y a encore un autre

* Les Volcans, leurs caractèrea et leurs phénomènes, ^ax Çi. YqvïNrW Serope, induit de Vanglais par £. Pieraggi. Paris, \^^4.

Averne de cette espèce en Syrie, et que les quadrupèdes eux-mêmes ne peuvent y porter leurs pas sans que la vapeur les fasse tomber comme des victimes immolées tout à coup aux dieux mânes. Tous ces eiTets sont naturels, et Ton peut en trouver les causes, sans s'imaginer que ces lieux soient autant de portes du Tartare, par où les divinités infernales attirent les âmes sur les bords d\4chéron *. »

A Fouest de Pouzzoles, plusieurs cratères se sont remplis d'eau et forment des lacs. C'est là que se trouve TAverne, auquel l'imagination des anciens attachait une sombre légende. Après les éruptions primitives, d'épaisses forêts avaient couvert le flanc des collines qui l'entourent, et au milieu de' leurs profondes ténèbres Homère place la demeure des Cimmériens. Virgile en fait le lieu terrible où une sibylle conduit son héros à l'entrée des enfers.

Aujourd'hui les forêts ont disparu et l'oiseau franchit sans crainte un lac bleu dont les bords sont plantés de vignes. Mais les gaz délétères ont dû se dégager longtemps près de TAveme, comme cela arrive encore en plusieurs endroits, sur les rives du lac voisin d'Agnano. A peu de distance se trouve la grotte du ehien^ excavation dans laquelle^ sans ressentir le moindre mal, on voit périr près de soi, quand on reste debout, des animaux de petite taille. Cette grotte renferme une assure par laquelle sort du gaz carbonique, qui, plus

sant que l'air, forme une couche près du sol et n'é*

id son influence qu'à une hauteur d'environ 2 pieds.

LocBÈcE. liv. VL

Ancienneà éruplions. — Le val dd Bovc. — Cratère de TEttia. — Éruption de 1669. '^ Éruplion de 136o. — Empédodc, — Les Cyclopes. — lies Éoliennes. — Slromboli.

ANCIENNES ÉHUrTIONS — LE VAL DEL «OVE

On\\i dans r Enéide : «... Cependant le vent nous quitte avec le soleil. Fatigués, nous touchons aux rives des Cyclopes. Près du port, inacessible aux vents, TEtna tonne dans ses effroyables éruptions. Tantôt lançant aux nues un noir nuage mêlé de fumée, il roule des globes enflammés : tantôt vomissant des rocs de ses entrailles ardente^, il mugit, rassemble dans les airs les pierres calcinées, et bouillonne au fond de ses abîmes*

« Encelade, le corps à demi brûlé de la foudre, est enseveli sous celte masse. A travers les soupiraux du grand Etna qui le presse, il exhale la flamme, et chaque fois qu*il retourne ses flancs fatigués, toute la Trinacrie tremble, le ciel se couvre de fumée«

<c Effrayés de ce prodige, nous passons la nuit sous le toit des forêts, sans voir la cause de ce fracas horcihle. \ lfi9 astres étaient sans clarté, le pôle ne WiWaÀX. i^^ ^^*^

célestes splendeurs, et les nuages d'un ciel obscur enveloppaient la lune de ténèbres. »

Cette description de Virgile est un des récits ^ prouvent l'activité de l'Etna pendant les siècles qoi.(ri|| précédé l'ère chrétienne. A partir de cette époque, dfel volcan a traversé une longue phase de repos, mais èlK puis huit siècles, de violentes éruptions se sont sucoéâl à de courts intervalles, et leur fréquent retour a nudr tiplié les dislocations du sol à tel point que Ton compll aujourd'hui sur les flancs de la monta;- ne plus ds deux cents couches secondaires. Le cône principtl. élève à 5,500 mètres au-dessus de la mer sa dme fumante et couverte de neige. Parmi les ravins qui en sillonnent les pentes, on remarque une profonde vallée, le célèbre val del Bove, ouverte dans son flanc oriental, et qui descend jusqu'à la mer. a Le val del Bove, dit M. Poulett ScropeS m'a toujours paru provenir d'une grande fissure, transformée en cratère par quelque paroxysme qui a fait sauter jusqu'au cœur de la montagne, et élargie par l'action de débâcles aqueuses, provenant de la fonte soudaine des neiges sur les hauteurs, sous l'influence de la chaleur émanant des laves expulsées et des averses de scories rougies retombant à la surface. On rapporte, en effet, qu'un pareil torrent roula dans celte vallée au mois de mars 175S, le volcan étant alors tout couvert de neige. D'après Ricupero, il avait une vitesse de 2 kilomètres à la minute sur un espace de 20 kilomètres, vitesse qui devait lui" donner une force énorme de destruction et d*entraine-

* J^s Volcans.

ment. Aussi, son lit, de 3 kilomètres de large, est-il encore très-visiblement ouvert, à une profondeur de 10 à 12 mètres, de sables et de fragments de rochers. De semblables débâcles ont auparavant, pendant plusieurs siècles, dû suivre le même cours, et former la vaste accumulation de débris qui se trouve à Tentrce de la vallée, du côté de la mer, près de Giarri. Ce banc d'alluvion a plus de 50 mètres de profondeur, mesure 46 kilomètres sur 5, et semble une plage soulevée à 140 mètres au-dessus de la mer. »

Pendant la grande éruption du 21 août 1852, décrite par sir Charles Lyell, un grand nombre d'ouvertures se déclarèrent depuis le sommet jusqu'à la base du grand précipice cpii forme l'entrée du val. Du cône formé par l'ouverture la plus basse partit une large nappe de lave, qui, se précipitant en cascade dans un profond précipice, faisait entendre dans sa chute un bruit de « substances métalliques et de verres qui se brisent. » Cette éruption dura neuf mois, et la profondeur des laves accumulées atteignit en certains points 50 mètres.

Les récents travaux des géologues ont fait connaître la prodigieuse quantité de matières ajoutée, depuis huit siècles, à la masse de TEtna, et Ton comprend devant de telles accumulations que la montagne tout entière puisse avoir été formée par la série des éruptions qui se sont succédé durant des période» indéfinies. Cette explication d'ailleurs n'exclut pas l'accroissement de la masse par des gonflements intérieurs, dus au soulèvement des couches ou à l'injection de la lave dans les Assures du volcan.

ORATtRE OC L*CTNA

M. Élie de Beaumont, qui, accompagné de Léopold de Buch, fit en 1854 une ascension au sommet de l'Etna, décrit ainsi un cratère en activité, situé sur ce sommet :

« Ce fut pour nous tous un moment de surprise assez difficile à dépeindre, quand nous nous trouvâmes à rimproviste non au bord du grand cratère, mais au bord d'un gouffre circulaire d'environ 80 à 100 mètres de diamètre, qui n'y touche que par une petite partie de sa circonférence. Nos regards plongeaient avidement dans cet entonnoir presque cylindrique, mais c'était en vain qu'ils y cherchaient le secret de la volcanicité ! Les assises à peu près horizontales, qui se dessinaient dans les escarpements presque verticaux, ne nous révélaient que la structure du cône supérieur. En cherchant à les compter les unes au-dessous des autres, on les voyait se perdre peu à peu dans l'obscurité complète du fond. Aucun bruit ne sortait de ce fond ténébreux ; il ne s'en exhalait que des vapeurs blanchâtres, légèrement sulfureuses, formées principalement de vapeur d'eau. L'aspect lugubre de ce gouffre noir et silencieux, dans lequel nos regards se perdaient; ses flancs obscurs et humides, le long desquels serpentaient, d'une manière languissante et monotone, de longs flocons de vapeur d'une ' teinte grise et mélancolique, le grand cratère, auquel se rattache le gouffre étroit, et dans lee^uel l'ealassement

confus de matières diversement colorées en jaune, en grïs, en rouge, semblait l'image du chaos, tout présentait autour de nous un aspect funèbre et sépulcral. Le froid du matin, secondé par un vent léger au nord-est, augmentait encore pour nous cette impression triste et sauvage, a

Le cône actuel de l'Etna s'élève au-dessus d'une plate-forme, dont le bord circulaire marque la limite d'un ancien cratère, beaucoup plus vaste, comblé depuis l'époque de sa formation par les laves et les scories. La configuration des cratères, comme le fait très-bien observer M. Poutett Scrope, n'est pas seulement modi- Gée par l'action du temps et des agents météoriques ^ h^phénotnènes volcaniques, par une série ic ç,a»î*.% A-

32 VOLCÀKS ET TREMBLEMENTS DE TKRKE.

lernatiyes, produisent tour à tour des cratères, de profondes excavations dans Tintérieur de la montagne, et les remplissent ensuite par des éruptions qui augmentent en même temps le volume des cônes nouvellement formés.

Page 1