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CHAPITRE PREMIER

Ainsi, le second criterium, basé sur la profondeur de la volonté, et cherché dans la cause où dans les motifs qui la soutiendraient, échoue comme. le premier, qui était fondé sur son étendue. La volonté n’est point légitime, en droit, parce qu’elle se rattache à un but, à un intérêt légitime et sûr. Mais ne l’estelle point par sa valeur propre, parce que l'engagement qu’elle exprime est normal et sain, en soi ?

IV. — Nous voyons, en effet, la volonté se déplacer suivant üne troisième gradation : elle varie en qualité.

C'est être encore dans la théorie que de parler de volonté tout court. Il est autant de volontés qu'il est d'individus, parce qu'il est autant de raisonnements qu’il est d’esprits; et, entre le sage et le fou, s’échelonnent toutes les teintes et les demi-teintes des impulsifs, des capricieux, des monomanes, des faibles d'esprit. A l'égard même de la volonté habituellement normale, il est à prévoir les déformations de l'ivresse, de la suggestion, de lhypnotisme, et, d’une façon plus générale, des influences étrangères qui s’exercent sur elle. De même que la déclaration, expression extérieure de la volonté, vaut par son indépendance envers ces influences étrangères, et doit être une déclaration libre ; c’est un même principe qui fonde la valeur de l'engagement, expression profonde de la volonté. Mais sa véritable indépendance est résumée dans un terme particulier. Elle n’est plus la liberté, dépourvue de violence ; elle est la correction interne de l'engagement, qui est révélée par deux chefs: la capacité, qui en est la condition générale ; l'absence d’erreur ou de dol, qui en sont les vices particuliers. |

La capacité, première condition, et la plus large, de la volonté saine, a pour bornes les seuls cas d’incapacités naturelles. Les incapacités légales, comme celles dela femme ou du mineur, sont des dérivés de l’ordre public et non de la volonté. Cette incapacité naturelle définit la valeur de la volonté par deux voies qui se complètent.

Il y a, d'abord, une incapacité subjective : ce sont les degrés

progressifs d’insanité du vouloir, et la volonté juridique est amoin-.

drie ou même inexistante. |

Puis, il y a une incapacité objective, légitime quant à celui qui l’'émet, mais illégitime dans le résultat qu’il se propose. L’objet de l'obligation dépasse la limite de ses droits, comme il arrive pour le gérant d'affaires, qui ne peut prétendre définir par sa propre volonté l’étendue de l’obligation du gérant; ou même il empiète catégoriquement sur le domaine des droits d'autrui, comme il arrive lorsque c’est la volonté créancière, à l’exclusion de la volonté débitrice, qui prétend composer l'obligation. Le contrat

d’adbésion peut fournir un exemple typique de cette situation !.

Ici encore, l’incorrection de la volonté pourra être plus ou moins profonde. *

L'absence des vices du consentement — erreur et dol — est la seconde condition, et la plus étroite, de la volonté saine. Ils peuvent supprimer totalement la valeur de la volonté ou seulement la diminuer. Il y a insuffisante correction du vouloir.

Puisque l’homme veut, et qu'effectivement il découle de sa volonté des transformations dans l’état des choses, c’est que son vouloir est, pour partie au moins, créateur. Ce qui le rend créateur, c’est l'inclusion en lui, suivant les domaines où il s'exerce, de la force capable d'attaquer et de modifier telle catégorie de choses. En droit, cet objet de son action, ce sont des situations qualitatives, et la force qu’il doit posséder pour les créer ou les détruire, c’est celle qui a prise sur cette valeur intellectuelle : c’est la correction de la manifestation volontaire, alors que celle-ci est devenue l'engagement juridique. Et c’est pourquoi la correction n’a pas à remonter jusqu’au motif, qui est tout psychologique. La volonté est subjective, mais la valeur juridique de la volonté est déjà de tendance objective.

(1) V. Infra., troisième partie, ch. 11 et 1v.

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