‹ Volonté et CauseChapitre 61 sur 155 · SECTION 1. — LA DÉTERMINATION DE LA CAUSE · texte numérisé non relu

SECTION 1. — LA DÉTERMINATION DE LA CAUSE

« .….. Toute la théorie de la cause, a écrit M. Saleilles, tient dans cette idée que la délimitation du contenu d'un acte juridique, échappe à l'autonomie de la volonté privée1. » Et cette contrepartie de l'obligation, cet autre élément de sa création, la logique a bientôt fait de le concevoir comme étant précisément l'inverse et le complément de ce qu'est la volonté, c’est à dire un émolument matériel qui va définir l'obligation en quantité, comme la volonté l’a définie en qualité. Cet argument de la raison résulte aussi de l’histoire, qui nous a acheminé, à travers l'acte matériel du troc et l’acte juridique du contrat réel, vers une conception de l'obligation constituée, au moins pour partie, par le quantum même de la prestation sur laquelle elle s'appuie. Et pourtant, dès qu'il s’agit de définir cette cause, une difficulté autrement profonde s’accuse.

Lorsqu'il s'agissait de définir ce qu'est la volonté, Phésitation sur le choix d’une formule était plus superficielle. Le doute ne s'élevait point sur l’essence même du vouloir, mais seulement sur le moment de son développement où il convenait de le considérer. Ici, l'incertitude porte sur l'essence de la cause. Ne serait-ce point que s’il est possible de faire tenir dans une définition abstraite l'essentiel d’une donnée psychologique,

(1) Déclarat. de volonté, p: 253.

il peut sembler impossible d’y enfermer tout ce qui caractérise une donnée matérielle !. Le risque est peut-être plus grand, en dépit des apparences, à tenter la philosophie d’un fait, plutôt que celle d'une idée. Pour le premier, il est à redouter qu'on ne sache pas rester en un contact assez étroit avec le phénomène matériel qu'on prétend expliquer, au lieu que pour la seconde, c'est être dans son milieu que de se maintenir dans le pur raisonnement, Or, la volonté est dans l'esprit, mais la cause est dans le fait ; et c’est pour ne l'avoir point reconnu, ou point assez formellement reconnu, que sont nées les discussions, puis les systèmes, qui l’ont déformée ou rejetée.

Une incertitude grandissante découle de la fausse direction qui est suivie d’une manière de plus en plus accusée dans cette recherche du conténu de la cause, et même de son sens et de sa réalité. Il semble que les auteurs, entraînés par le courant général, qui a eu le mérite d’épurer et de spiritualiser le droit, ont abusé de ce spiritualisme et ont, au risque d’obtenir un organisme non viable, introduit l’esprit là où il n’y avait place que pour la matière.

C’est en partant de la déformation extrême de la cause, et en remontant le courant, suivant ses affirmations successives, que nous essaierons d’en retrouver la vérité lointaine et profonde.

TL. — Nombreux sont les auteurs, pour lesquels la cause ne correspond à rien ?. Mais leur théorie ne trouve point place ici, en tant qu’elle consiste en une réduction qu’ils font de la cause à l'objet. Leur erreur ne se rattache pas au mouvement que nous rapportons. [ls sont conscients d’un rôle que doit jouer l’élément matériel, mais ils considèrent celui-ci sous son aspect d’objet, c’est à dire sous l’angle où précisément il ne saurait être créa-

(1) Cf. PLanioz, Traité, t. II, p. 345, n. 1035 et suiv.

(2) V. en particul. Arbus, Artur, Azémar, Bartin, Baudry-Lacantinerie et Barde, Bourgeon, Brissaud, Ernst, Gauly, Huc, Laurent, Jean Perrin, Planiol, Séfériadés, Tarbouriech, Timbal, Titulesco,

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