CHAPITRE II
question que de la puissance d’un enrichissement indépendamment de la valeur d’une opinion.
VI. — C'est une telle impression, mais trop timide encore, qui perce dans cette définition de M. Gauly : « La cause peut donc être définie le fait ou la qualité du créancier qui rend intelligible Pacte, par lequel le débiteur s’est obligé. » Ce « rend intelligible » correspond trop encore à l'appréciation du débiteur, alors qu’il faut seulement retenir « le fait ou la qualité du créancier ». Il y a là une dernière hésitation qu'il faut vaincre. Il ne faut envisager que ce « profit d’une prestation actuelle ou future » dont parle Zachariæ ?.
Mais alors, ne faut-il pas en conclure que la cause est tout entière du domaine économique et nullement du domaine juridique, dans lequel son maintien serait un pur artifice ? Pas plus
que nous n'avons conclu.que la volonté est du domaine psychologique, à l'exclusion du domaine juridique.
Dans le dessein de définir la volonté juridique, nous avons été amené à reconnaître que, primitivement extérieure au droit, psychologique dans son essence, elle est une adaptation de cette donnée au milieu du droit, en vertu d’une certaine circonstance, d’une certitude, dérivant de sa déclaration. C’est une observation parallèle qui paraît devoir nous mettre en mesure de définir la cause. Elle, non plus, n’est pas un élément directement juridique ; avant que de posséder une certaine force, elle est faite d’une certaine matière : elle est économique dans son essence. C’est une circonstance postérieure, qui en fait un élément adapté au milieu du droit. Mais à l'encontre de la circonstance qui fait pénétrer la volonté de la philosophie dans le droit, celle qui fait d'une valeur économique une cause juridique n’a point pour caractéristique d’être une donnée d’ordre psychologique. Elle n’est pas une investiture donnée par l’esprit, mais par le fait, et
(1) Rey. critique, 1886, p. Si.
: (2) Le droit civ. franc.,t. LUI, p. 559.
ce qui correspond à la déclaration d’une volonté n’est en rien l'appréciation d’un enrichissement. Cette circonstance est matérielle, comme le concept qu’elle affecte. La valeur surajoutée à la prestation, et qui la transforme en générateur de droit, c’est l'effort vers l’équivalence, c’est l'appel à la compensation créé par le déplacement de cette prestation d’un patrimoine qui s’en appauvrit vers un patrimoine qui s'en enrichit. Cette force s’insère dans la prestation, à la manière dont se fixe dans un ressort, éloigné de son point mort, une puissance de retouf vers ce point, égale au travail qui len a écarté. « La cause est une nécessité compensatoire incluse dans une prestation ou dans un fait. »
En sorte que, de même que la volonté nous est apparue, dès sa définition, comme dérivant radicalement d’une conception psychologique, qui a une certaine qualité ; la cause nous paraît dériver radicalement d’un émolument matériel, d’une certaine quantité. Il importait de trouver sinon une formule unique qui pût caractériser, pour toute hypothèse, le jeu de la cause, du moins une conception unique, qui en révélât l’essence profonde. Comme nous serons appelé à le voir, pour elle, de même que pour la volonté, l'intensité de son action varie avec les types obligatoires, mais ainsi que nous allons le vérifier à présent, c’est un principe unique qui fonde sa, force créatrice.