CHAPITRE II
demeure extérieure à l'obligation. Elle: est seulement, par là, extérieure au débiteur, étrangère à la déformation qui résultera de sa préférence ou de son intérêt; or, c’est ce qu'il importe qu'elle soit. Mais pour autant, elle n’est pas étrangère à l’obligation, car le raisonnement des parties n’est point le canal par lequel doit passer l’universalité des éléments qui créent l’obligation. L'obligation est, pour partie, le résultat d’une tendance subjective, et dans cette mesure, il convient qu’elle dérive d’une volonté ; mais elle est aussi, pour partie, le résultat d’une tendance objective, et dans cette mesure, il importe qu’elle soit totalement étrangère à toute opinion individuelle ; elle doit dériver d’une cause positive, par son caractère, et absolue, par son effet.
On nous répondra, sans doute, que la distinction peut paraître vraie en théorie, mais qu’en pratique, il n’en demeure pas moins évident que Pacte de volonté ne se produit pas en dehors de la cause et d’une appréciation portée sur sa consistance. [l y a à un intime mélange, dont le moins qu’on en puisse dire, c’est que la volonté paraîtra d'autant plus saine qu'elle aura tenu un compte plus judicieux de la cause.
C’est sous cette apparence de vérité que se cache la seconde erreur du système, conséquence logique de la première. En eflet,
dans la mesure où la cause est appréciée par la partie qui s'engage, elle dégénère de son rôle de cause en celui de simple motif?. En somme, la consistance matérielle d’une certaine prestation est l’objet, c’est à dire la matière de l’obligation, et rien de plus. Afin d'en devenir le fondement, une double action se dégage d’elle, par deux voies opposées, l'une indirecte, l’autre directe.
Ou bien, cette consistance est appréciée par la partie qui s’engage, et elle est alors un #otif, et même un motif d’une influence prédominante — ce qui ne retire pas à la volonté son caractère strictement psychologique ; car les motifs qui l’influen-
G) V. infra: Ie partie, chap. 1, Le rôle de la cause dans l’enrichissement indu.
(2) Cf Zacnariæ, Le droit civ. franc., t. III, p 550, note 1,
cent sont tous des jugements, mais quelques-uns de ces jugements sont l'appréciation de faits, tandis que la plupart sont l’appréciation de sentiments. — La consistance matérielle n’est alors qu'un fragment de la volonté, et c’est donc très indirectement qu’elle influence l'obligation. Ou bien, cette consistance agit directement et par un chemin propre sur l’obligation, et elle est alors la cause, c’est à dire un élément qui, immédiatemment, du fait de son passage d’un patrimoine dans un autre, acquiert une force active capable de susciter l'obligation.
Lorsque Primus s’oblige à payer 1.000 francs, son obligation dérive concurremment de sa volonté et de la cause. Dans sa volonté figure bien cette considération que s’il s’oblige à payer 1.000 fr., c'est parce qu’en échange il reçoit un cheval, qu’il estime valoir 1.000 francs. Mais ceci n’est qu’un motif; d’autres motifs jouent à côté de celui-là pour composer sa volonté. On ne peut donc songer à voir en lui un principe exclusif de l’obligation. Celle-ci. n’a encore qu'une valeur relative, subjective et qualitative ; elle ne découle que de la valeur d’usage. Au contraire, le principe par lequel l'obligation est assise d’une façon absolue, objective et quantitative, c’est celui par lequel elle découle de la valeur d'échange, c’est à dire de la cause. De ce point de vue, Primus est obligé parce que le cheval qu’il reçoit, et qui a effectivement la valeur objective de 1.000 francs, pénétrant dans son patrimoine, crée, en soi, un appel compensatoire en faveur du patrimoine qui s’en est dépouillé. PR:
Ainsi, étant parti d’un système extrême, nous sommes remonté vers celui qui n'avait cherché à apporter à la notion matérielle de cause qu’un perfectionnement intellectuel très discret. Mais pourtant, même cette formule ingénieuse et délicate : « La cause est l'appréciation intellectuelle d’un élément matériel », n’est pas admissible. Elle nous démontre, au contraire, qu’une combinaison est irrationnelle entre l’idée du but et le fait de l’enrichissement. À chacun il faut laisser son domaine. Le but soutient l'engagement; mais là où il s’agit de cause, il ne peut être