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Vols. 1 & 2

Ce recueil de réflexions et d’observations, sans ordre et presque sans suite, fut commencé pour complaire à une bonne mere qui sait penser, -le n’avois d’abord projeté qn’nn mémoire de quelques pages ; mon sujet m'entraînant malgré moi , ce mémoire devint insensiblement une espece d’ouvrage , trop gros , sans doute , pour ce qu'il contient , mais trop petit pour la matière qu’il traite. J'ai balance long-temps à le publier ; et souvent il m’a fait sentir, en v travaillant , qu’il ne suffit pas d’avoir écrit quelques brochures pour savoir composer un livre. Après de vains efforts pour mieux faire, je crois devoir le donner tel qu’il est, jugeant qu’il importe de tourner l’attention publique de ce côté -là, et que quand mes idées seroienl mauvaises , si j’en fais naître de bonnes à d’autres , je n’aurai pas toutà-fait perdu mon temps. Un homme qui , de sa retraite , jette ses feuilles dans le public, sans prôneurs, sans parti qui les défende, sans savoir même ce qu'on en pense ou ce qu’on en dit, ne doit pas craindre que, s’il se trompe , on admette ses erreurs sans examen.

Je parlerai peu de l’importance d’une bonne éducation ; je ne m’arrêterai pas non plus à prouver que celle qni est en usage est mauvaise : mille autres l’ont fait avant moi , et je n’aime point à remplir un livre de choses que tout le monde sait. Je remarquerai seulement que depuis des temps infinis il n’v a qu’un cri contre la pratique établie , sans que personne s’avise d’en proposer une meilleure. La liltc»

émiue. x. I

PRÉFACE, rature et le savoir de notre siecle tendent beau plus à détruire qu’à édifier. On censure d'un ton maître ; pour proposer, il en faut prendre un autre auquel la hauteur philosophique se complaît moins. Malgré tant d’écrits , qui n’ont, dit-on, pour but que l’utilité publique, la première de toutes les utilités, qui est l’art de former des hommes, est encore oubliée. Mon sujet étoit tout neuf après le livre de Locke, et je crains fort qu’il ne le soit encore après le mien.

On ne connoît point l’enfance : sur les fausses idées qu’on en a , plus on va, plus on s’égare. Les plus sages s'attachent à ce qu’il importe aux hommes de savoir, sans considérer ce que les enfants sont en état d’apprendre. Ils cherchent toujours l’homme dans l'enfant, sans pensera ce qu’il est avant que d’ètre homme. Voilà l’étude à laquelle je me suis le plus appliqué, afin que, quand toute ma méthode seroit chimérique et fausse, on put toujours profiter de mes observations. Je puis avoir très mal vu ce qu’il faut faire: mais je crois avoir bien vu le sujet sur leqnel on doit opérer. Commencez donc par mieux étudier vos éleves; car très assurément vous ne les connoissez point: or, si vous lisez ce livre dans cette vue. je ne le crois pas sans utilité pour vous.

A l’égard de ce qu'on appellera la partie systématique , qui n’est autre chose ici que la marche de la natnre , c’est là ce qui déroutera le plus le lecteur; c’est aussi par-là qu’on m’attaquera sans doute, et pent-ètre n’aura-t-on pas tort. On croira moins lire nn traité d’éducation, que les rêveries d’un visionnaire sur l’éducati n. Qu'y faire? Ce n'est pas sur les idées d’autrui que j’écris; c’est sur les miennes. Je ne vois point comme les autres hommes ; il y a longtemps qu’on me l a reproché. Mais dépend-il de moi

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