LIVRE IV. ia
plaintes et les cris commenceront d’agiter ses entrailles; l’aspect dn sang qui coule lui fera détourner les yeux ; les convulsions d’un animal expirant lui donneront je ne sais quelle angoisse avant qu’il sache d’où lui viennent ces nouveaux mouvements. S'il étoit resté stupide et barbare , il ne les auroit pas; s’il étoit plus instruit, il en connoitroit la source : il a déjà trop comparé d’idées pour ne rien sentir, et pas assez pour concevoir ce qu’il sent.
Ainsi naît la pitié , premier sentiment relatif qui touche le cœur humain selon l’ordre de la nature. Pour devenir sensible et pitoyable , il faut que l'enfant sache qu’il y a des êtres semblables à lui qui souffrent ce qu’d a souffert , qui sentent les douleurs qu’il a senties , et d’autres dont il doit avoir l’idée, comme pouvant les sentir aussi. En effet, comment nous laissons-nous émouvoir à la pitié , si ce n’est en nons transportant hors de nous et nous identifiant avec l’animal souffrant ; en quittant , pour ainsi dire , notre être pour prendre le sien? Nous ne souffrons qn’antant que nous jugeons qu’il souffre ; ce n’est pas dans nous, c’est dans lui que nous souffrons. Ainsi nul ne devient sensible que quand son imagination s’anime et commence à le transporter hors de lui.
Pour exciter et nourrir cette sensibilité naissante, pour la guider ou la suivre dans sa pente naturelle, qu avons-nous donc à faire, si ce n’est d’offrir an jeune homme des objets sur lesquels puisse agir Ja force expansive de son cœur, qui le dilatent, qui 1 étendent sur les autres êtres , qui le fassent partout retrouver hors de lui ; d’écarter avec soin ceux