‹ Vols. 1 & 2Chapitre 31 sur 53 · DEUXIEME MAXIME · texte numérisé non relu

DEUXIEME MAXIME

« On ne plaint jamais dans autrui que les maux dont on ne se croit pas exempt soi-même, a Non ignara mali , miscris succurrere diseo.

Je ne connois rien de si beau , de si profond , de si touchant , de si vrai, que ce vers-là.

Pourquoi les rois sont-ils sans pitié pour leurs sujets? C’est qu’ils comptent de n’ètre jamais hommes. Pourquoi les riches sont-ils si durs envers les pauvres ? C’est qu’ils n'ont pas peur de le devenir. Pourquoi la noblesse a-t-elle un si grand mépris pour le peuple? C’est qu'un noble 11e sera jamais roturier. Pourquoi les Turcs sont-ils généralement plus humains, plus hospitaliers que nous? C’est que, dans lenr gouvernement tont-à-fait arbitraire, la grandeur et la fortune des particuliers étant toujours précaires et chancelantes , ils ne regardent

point l'abaissement et la misere comme un état étranger à eux (2) : chacun peut être demain ce qu’est aujourd'hui celui qu’il assiste. Cette réflexion , qui revient sans cesse dans les romans orientaux , donne à leur lecture je ne sais quoi d attendrissant que n’a point tout l’apprêt de notre seche morale.

N’accoutumez donc pas votre éleve à regarder du haut de sa gloire les peines des infortunés , les travaux des misérables , et n’espérez pas lui apprendre à les plaindre , s’il les considéré comme lui étant étrangers. Faites-lui bien comprendre que le sort de ces malheureux peut être le sien , que tous leurs maux sont sons ses pieds , que mille événements imprévus et inévitables peuvent l’y plonger d’un moment à l’autre. Apprenez-lui à ne compter ni sur la naissance, ni sur la sanié, ni sur les richesses ; montrez-lui toutes les vicissitudes de la fortuné; clierchez-lui les exemples toujours trop fréquents de gens qui, d’un état plus élevé que le sien, sont tombés au-dessous de celui de ces malheureux : que ce soit par leur faute ou non , ce n’est pas maintenant de quoi il est question ; sait-il seulement ce que c’est que faute ? N’empiétez jamais sur l’ordre de ses connoissances , et ne l’éclairez que par les lumières qui sont à sa portée : il n’a pas besoin d’être fort savant pour sentir que toute la prudence hnmaine ne peut lui répondre si dans une heure il sera vivant ou mourant ; si les douleurs de lt

(2) Cela paroît changer un peu maintenant : les état) semblent devenir plus fixes, et les hommes devicnnen aussi plus durs.

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