‹ Vols. 1 & 2Chapitre 48 sur 53 · LIVRE IV. a5<j · texte numérisé non relu

LIVRE IV. a5<j

suit obéit à la nature , et ue craint point de s’égarer. Ce point est important, poursuivit mon bienfaiteur voyant que j’allois l’interrompre : souffrez que je m’arrête un peu plus à 1 éclaircir.

Toute la moralité de nos actions est dans le jugement que nous en portons nous-mêmes. S'il est vrai que le bien soit bien, il doit l'être au fond de nos cœurs comme dans nos oeuvres ; et le premier prix de la justice est de sentir qu’on la pratique. Si la bonté morale est conforme à notre nature, l’homme pe sauroit être sain d’esprit ni bien constitué ,

entières, et à l'habileté avec laquelle il les saisit, les jette Lors terre au moment qu’elles poussent, et les tue ensuite pour les laisser là, sans que jamais personne l’ait dressé a cette chasse et lui ait appris qu’il y avoit là des taupes. Je demande encore, et ceci est plus important, pourquoi , la première fois que j’ai menacé ce même ebiee , il s’est jeté le dos contre terre, les pattes repliées, dans une attitude suppliante et la plus propre à inc toucher; posture dans laquelle il se lût bien gardé de rester, si, sans me laisser fléchir, je l’eusse battu dans cet état. Quoi ! mon chien , tout petit encore et 11e faisant presque que de naître , avoit-il acquis déjà des idées morales? savoit-il ce que c’étoit que clémence et générosité? sur quelles lumières acquises <spéroit-i) m’appaiser en s'abandonnant ainsi a ma discrétion? Tous les chiens du monde font à-peu-près la même chose dans le même cas, et je ne dis rien ici que chacun ne puisse vérifier. Que les philosophes , qui rejettent si dédaigneusement l’instinct, veuillent bien expliquer ce fait par le seul jeu des sensations et des ronnoissanecs qu’elles nous fout acquérir; qu’ils l'expliquent d’une maniéré satisfaisante pour tout homme sensé : alors je n’aurai plus rien à dire, et je ue parlerai plus d'instinct.

aôo ÉMILE.

qu’autant qu'il est bon. Si elle ne l’est pas , et que l'homme soit méchant naturellement , il ne peut cesser de l’èire sans se corrompre, et la bonté n’est en lni qu'un vice contre nature. Fait pour nuire à ses semblables comme le loup pour égorger sa proie, un homme humain seroit un animal aussi dépravé qu'un lonp pitoyahle; et la vertu seule nous laisseroit des remords.

Rentrons en nous -mêmes, ô mon jeune ami! examinons, tout intérêt personnel à part, à quoi nos penchants nous portent. Quel spectacle nous flatte le pins, celui des tourments on dn bonheur d'autrui? Qn’est-ce qui nous est le pins doux à faire . et nous laisse une impression pins agréable après l’avoir fait , d'un acte de bienfaisance on d'un acte de méchanceté? Pour qui vous intéressez-vous sur vos théâtres? Est-ce aux forfaits que vous prenez plaisir ? est-ce à leurs auteurs punis que von? donnez des larmes ? Tout nous est indifférent , disent-ils , hors notre intérêt : et, tout an contraire, les douceurs de l'amitié, de l’humanité , nous consolent dans nos peines; 6t, même dans nos plaisirs , nous serions trop seuls , trop misérables , si nous n’avions avec qui les partager. S’il n'y a rien de moral dans le cœur de l’homme, d'où lui viennent donc ces transports d’admiration pour les actions héroïques , ces ravissements d’amour pour les grandes âmes ? Cet enthousiasme de la vertu, quel rapport a-t-il avec notre intérêt privé? Pourquoi voudrois-je être Caton qui déchire ses entrailles, pin lot que César triomphant ? Otez de nos cœurs cet amour du beau , vous ôtez tout le charme de la vie. Celui

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