‹ Vols. 1 & 2Chapitre 49 sur 53 · LIVRE IV. 2îm · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 2îm

dont les viles passions ont étouffé dans son aine étroite ces sentiments délicieux ; celui qui, à force de se concentrer au-dedans de lui , vient à bout de n’airuer que lui-même , n’a plus de transports , son cœur glacé ne palpite plus de ]oie , un doux attendrissement n’humecte jamais ses yeux, il ne jouit plus de rien ; le malheureux ne sent plus , ne vit plus ; il est déjà mort.

Mais , quel que soit le nombre des méchants sur la terre , il est peu de ces âmes cadavéreuses devenues insensibles , hors leur intérêt, à tout ce qui est juste et lion. L’iniquité ne plaît qu'au tant qu’on en profite ; dans tout le reste , on veut que l’innocent soit protégé. Voit-on dans une rue on sur un chemin quelque acte de violence on d’injustice ? à l’instant un mouvement de colere et d’indignation s’élève au fond du cœur, et nous porte à prendre la défense de l’opprimé : mais un devoir plus puissant nous retient, et les lois nous ôtent le droit de protéger l’innocence. Au contraire, si quelque acte de clémence ou de générosité frappe nos yeux , quelle admiration, quel amour il nous inspire ! Qui est-ce qui ne se dit pas, J’en voudrais avoir fait autant ? Il nous importe sûrement fort peu qu’un homme ait été méchant ou juste il y a deux mille ans ; et cependant le même intérêt nous affecte autant dans l’histoire ancienne , que si tout cela s'étoit passé de nos jours. Que me font à moi les crimes de Catilina ? Ai-je peur d’être sa victime? Pourquoi donc ai-je de lui la même horreur que s’il étoit mou contemporain ? Pious ne haïssons pas seulement les méchants parrequ’ils nous nuisent, mais parccqu ils sout méchant.

aba ÉMILE.

IN ou seulement nous voulons être heureux, nous voulons aussi le bonheur d’autrui ; et quand co bonheur ne coûte rien an nôtre, il l’augmente. Enfin l’on a , malgré soi, pitié des infortunés ; quand on est témoin de leur mal , on en souffre. Les plus pervers ne sauroient perdre tout-à-fait ce penchant ; souvent il les met en contradiction avec eux-mêmes. Le voleur qui dépouille les passants couvre encore la nudité du pauvre ; et le plus féroce assassin soutient un homme tombant en défaillance.

On parle du cri des remords , qui punit en secret les crimes cachés , et les met si souvent en évidence. Hélas ! qui de nous n’entendit jamais cette importune voix? On parle par expérience; et l’on voudroit étouffer ce sentiment tyrannique qui nous donne tant de tourment. Obéissons à la nature, nous connoitrons avec quelle douceur elle régné, et quel charme on trouve, après l’avoir écoutée, à se rendre un bon témoignage de soi. Le méchant se craint et se fuit ; il s'égaie en se jetant hors de lui-même ; il tourne autour de lui des yeux inquiets , et cherche un objet qui l’amuse ; sans la satyre arnere , sans la raillerie insultante, il seroit toujours triste ; le ris moqueur est son seul plaisir. Au contraire, la sérénité du juste est intérieure; son ris n’est point de malignité, mais de joie : il en porte la source en lui-même ; il est aussi gai seul qu'au milieu d'un cercle ; il ne tire pas son contentement de ceux qui l’approchent, il le leur communique.

Jetez les veux sur tontes les nations du monde , pai courez toutes les histoires; parmi tant de cultes inhumains et bizarres, parmi cette prodigieuse di-

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