AU MARQUIS D’OSSUN
24 Auguste 1770, a Feruey (par Lyon)-
Monsieur ,
Pcrmettez que j'importune encore Votre Excellence par mes remerciements. Tout ce que vous daignez faire pour la petite colonie de nouveaux Frangais montre bien la generosite de votre cocur, et fait voir que vous representez un roi de France.
Je me suis van 16 a M. le due et a ntadame la duchesse de Choiseul des extremes bontes dont vous m honorez ; j’en elais trop plein pour m’en taire. Je vous supplie de me pardonner cette indiscretion ; elle ne d6robe rien a la reconnaissance que je vous dois.
Le fort du commerce de mes colons 6tant en Espagne, jugez, monsieur, quelles obligations jc vous ai.
J’ai l’bonneur d’dtre avec un profond respect, monsieur, de Votre Excellence , le tres-humble et tresobeissant serviteur.
A Feriifcy, 26 noveuibre 1770,
Monsieur ,
Je suis confus de vos bontes. Je vois que vous etes en Espagne le protecteur de tous les Fran?ais,et toute ma petite colonie est devenue fran?aise. J’ai remis aux entrepreneurs de la fabrique les memoires dont Voire Excellence a bien voulu m’bouorer. 11s sont a vos pieds; ils ne manqueront pas d’ecrire a M. Camps et de lui faire un envoi. Votre Excellence me permetlra-t-elle d’abuser de sa protection au point de lui adresser le paquet a elle-meme par le premier courrier que M. le due de Choiseul lui depdehera? 11s me font espererque M. Camps sera tres-conlentd'eux. Ils n’ont pas laisse de faire quelques affaires a Cadix par Marseille et par Bayonne, depuis qu’ils sont etablis chez moi. 11 y a tout lieu de croire que cette fabrique reussira,et ce sera a vos bontes, monsieur, qu’ils en auront la principale obligation.
Si vous avez quelques ordres a leur faire parvenir, et si vous daignez encore les honorer de quelque memoire , je vous supplierai de vouloir bien ordonner qu’ils partent sous l’enveloppc de M. le due de
LETTRES INfiDITKS
Choiseul ou sous celle de son premier secretaire, M. de la Ponce, pour plus de stirete.
II ne me reste qua vous faire les plus sincercs et les plus vifs remerciments.
J’ai l'houneur d’etre avec autant de respect que de reconnaissance, monsieur, de Voire Excellence, 1c tres-humble et le tres-obeissant servileur.
6 mars 1771, a Ferney.
Monsieur ,
Voire Excellence a porle bonheur a ma petite colonie , et jc me flalte qu’elle subsist era par votre protection, quoiqu’elle ail perdu son bienfaiteur, M. le due de Choiseul. C’est toujours une grande faveur que vous ayez daigne faire accepter la montre par M. le comte d’Aranda, je vous en remercie avec la plus vive reconnaissance. Mes artistes m’onl presse de prendre encore une liberte aupres de vous; c’est de prier M. d'Ogni de metlre a votre adresse, par le premier courrier extraordinaire, une caisse de inontres que je vous supplierai de faire paivenir h M. Camps. J’ai peut-elre manqu6 a l’etiquette d’Espagne : les souverains du Nord m’ont gate. L’imperatricc de llussie m’a demande pour vingt mille livres de montres de ma colonie, et m’a ecrit sur cela une leltre dans le gout de madame de Sevigne. Apparemment qu’elle vent faire des presents aux Turcs, quand clle leur aura bien voulu accorder la paix.
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I>E VOLTAIRE (llll).
Voire Excellence sait que M. le due de Clioiseul, voire ami, esl toujours k Chanteloup, honore et estime de la nalion.
Les princes de Suede, qui plaisent egalement a Versailles el a Paris et qui ont banni absolument toute ceremonie , viendronl voir la simplicity de notre Suisse vers Paqucs, apres n’ avoir point ete eblouis de la magnificence de nos villes.
Je vous supplie , monsieur, d’agrecr avee votre bonte ordinaire la reconnaissance et le respect avec lesquels j’ai l’honneur d'yire, de Votre Excellence, le tres-humble el tres-obeissant serviteur.
13 avril 1771, a Fcrtiey.
Monsieur ,
« Une longue maladie , eflet Ires-nalurel de mon « dge et du climat que j'habitc, m’a prive du plaisir « de vous remercier de toutes vos bonles. La re- « traite de M. le due de Clioiseul n’a pas laiss6 plus « de sante a la ville de Versoix qu’il voulail batir, « et a ma colonie qu'a moi-meme.
« Nous sommes lous tres-malades; mais j’espere ii que l’Etat se portera bien , malgre la prodigieuse « quantitc de medecins qui se presentent pour le « traiter. II paralt que le roi, qui est meillcur mii- « decin qu’eux, a entrepris sa cure et qu’il y riius- « sira »
’ Cc finragrophe cst ilans redilion de Beuchot, t. 1.XVII, p. I2« Tout lc reste est Inddlt.
LETTIIES INfiDITES
II ne m’appartient pas de dire des nouvelles a Voire Excellence; elle sail mieux que moi cellos de la France el de 1'Europe; permeltez-moi seulemenl de tous en dire une, digne de la generosite espagnole el de la galanlerie franyaise ; je la tiens de la propre main de 1’imperalrice de Russie.
Le comte Alexis Orloff, ayanl pris un vaisseau dans leqyel etait loute la famille, les domesliques el les effels dun bacha, les lui avail renvoyes a Conslanlinople. Ce bacha, se Irouvant en dernier lieu dans l’arm6e du grand visir, un officier russe y vinl pour trailer de i’ecbange de quelques prisonniers. Le bacha lui remil sans raiiQon lous ceux qui lui appartenaienl, le combla de presents et le pria dassurcr le comte Orloff qu’il serait loute sa vie son serviteur, son admirateur el son frere.
Quand je songe que cel empire russe est ne de moil lemps, et que je suis beaucoup plus vieux que Petersbourg, je ne reviens point de ma surprise! C’est encore un des sujets de mon £tonnement que l’imperalrice ne manque d’argent ni pour une guerre si dispendieusc, ni pour les fetes qu'elle a donnees au prince Ileuri de Prusse. Celle princesse daigne accepter des montres de ma colonie, ainsi que M. le comte d’Aranda; mais je n’en envoye point au sultan Muslapha, a qui les beures doivent paraltre bien longues.
J’ai l'honneur d'etre, avec un respect egal a ma reconnaissance, monsieur, de Voire Excellence, le tres-humble cl ires-obeissaut serviteur.
3i mai 1771 , a Fcrney.
Monsieur ,
Je suis toujours beaucoup plus pres d’aller trouver la colonie d’Abrahara, d'lsaac et de Jacob, qui sont dans le ciel, oil je pretends bien alter aussi, que de faire fleurir dans raes deserts ma colonic d’horlogers, etablie sous les auspices de M. le due de Choiseul. Je ne vois depuis cinq mois que du decouragement. II suffit d’un seul homme pour faire le bien , et de son absence pour produire le mal.
Je n’ai plus les mdmes facilites que j'avais pour profiter de vos bontes. Ma colonie dit qu’elle a envoye, il y a pres de quatre mois, a M. Camps, sous l’enveloppe de Voire Excellence, une petite pacotille de montres. Je n’en ai eu aucune nouvelle depuis, et j’ai 6td si rnalade que je me suis rgsigne a la Providence, qui abandonne net ma colonie.
Rien n'est plus commun en France que des etablissemenls utiles qui perissent faute de protection. Les tracasseries parlementaires se sont emparees de loule l’attention. On n’a pas mdme songe a la famine qui desole encore plusieurs provinces. J'aurais voulu que ma sante m’eilt permis d’aller & Chanteloup pour godter la consolation devoir mon protecteur-, mais je ne suis pas en 6lat de faire un voyage.
Cependant aucun des entrepreneurs n’a abandonne la colonie; ils sont entre la craintc et l’esperance. J'entends dire que M. le comte d’ Aranda a fait des
LETTRES INEDITES
etablissements en Castille qui rcussissent mieux; mais aussi il esl M. le comte d’Aranda.
Je remercie bien sensiblcment Yolre Excellence de toutes ses bontes.
J’ai l’honneur d'etre, avec un profoud respect et la plus tendre reconnaissance, monsieur, de Votre Excellence, le tres-humble et tres-obeissant serviteur,
Le V1EUX MAI.ADE DE FeRNEY.
21 decembre 177it a Fcruey
Monsieur ,
Tous les malheurs sont arrives a ma coloriie. La destitution denotrc protecleur1 a etenotre perte; elle est totale et sans ressource. J ai pay6 la monlre aux artistes qui l’avaient faite. M. le comte d' Aranda nous a consoles par le meilleur vin qu'on puisse boire, et par la plus belle faience sur laquelle on puisse manger, apresla porcelaine de Saxe et celle de Sevres. II ne me reste qu'ii remercier Votre Excellence de ses bontes infinies. II faut savoir supporter son malheur. II y en a de plus grands, et qui tombent sur des teles plus precieuses.
Conservez-moi toujours vos bontes; elles seront pour moi le dedommagement le plus ample ct le plus flatteur. Je suis encore penetre des attentions gen6reuses dont vous voul Cites bien m’honorer Fannie
1 l.c due do Choiseul.
passee; elles seront toujours cheres a mon cocur pleio lie reconnaissance.
J’ai l'honneur d’etre avec respect, monsieur, de Votre Excellence , le tres-humble et tres-obeissant serviteur.
Au chateau dc Ferney, 18 novembre 1773.
Monsieur ,
Votre Excellence me permeltra de profiler de l’occasion qui se presenle pour vous renouveler les sentiments de reconnaissance que je dois depuis longtemps k vos bonles.
Un jeune horloger fran?ais, correspondant de la colonie elablie a Ferney, aura l’honneur de vous presenter cette lettre. J'ose vous demander votre protection pour lui. II a autant de probite que d’intelligence, et je suis persuade qu’il sera digne de vos bontfe.
J’ai l’honneur d’etre avec respect , monsieur, de Votre Excellence, le tres-humble et tres-obeissant serviteur *.