A M'"« IjV VEUVE DUCHfiNE
{-IBM A IRE , Mill SAINT-J ACQUIS , AU TEKPi.g DU GOVT, A PARIS.
Au chAte«u de Ferney, par Genive, 3«) novenibre 1765.
M. de Voltaire avaut lu la tragedie intitulee Adelaide Duguesclin, que madame Duchfine a imprimee, la prie tres-instamment d’ajouter a la piece la feuille qu’it lui envoie. II est de l'intered de madame DuchSne de faire celte addition. II lui fait ses compliments.
L'auteur, en lisant celte piece dont il n’a pu ni voir la representation ni conduire 1'impressiofi, aeteetoune d’y trouver des vers qui non-seulemeut ne sont pas de lui, mais que meme il ue peut entendre.
On trouve a la page 30 :
Non, c’est pour obtenir une paix necessaire.
Gardez d’tltre reduit au liasard dangereux-
Que les chefs de 1'Etat ne trahissent leurs vu*ux.
Il ne sait ni de quels chefs de I’fitat, ni de quels voeux on veut parler : ce vers ne lui a pas paru intelligible. Apparemment que les comediens ayanl fait ce qu’ils appellentdes coupures, ils ont fait aussi ce vers, que l’auteur ne comprend pas.
Il y a dans son manuscrit :
Non , c’est pour obtenir une paix nfcessaire.
Les Anglais la feront, et peut -fire sans vous.
1 Cette lettre a Hi publieo par I 'Arlitie.
DE VOLTAIKE <|7««).
Eaissez a 1'in terSt dfoarmer le courroux.
Tons les chefs de I’Etat , lasses de ces ravages,
Clierchent un port tranquiile a pres taut de naufrages.
Ne yous exposez point au hasard dangereux De vous voir ou traliir ou prdvenir par eux.
L'habitude oil sont les acteurs de faire ainsi des changeuients a la plupart des pieces qu’ils jouent les oblige quelqnefois a g&ter le style. Ou ne s'en aper- ?oit pas a la representation; les libraires impriment sur la copie qui esl entre les mains des comediens, de sorte qu'une piece toleree au Ibedtre devieut tres-defectueuse a la lecture; ce qui fait tort egalemenl a I’intdrdt de l’dditeur et au soin que lout ecrivain doit avoir de son art, quelque peu de cas qu’il fasse de ses ouvrages.
Cel avertissement est indispensable. V.
tOI. - At. DIC DE NIVE11NAIS.
Au chateau de Feruey, par Ceutve, 29 septembre 1766.
Oserai-je, monseigneur leduc, prendre la liberte de vous importuner? Vous me le pardonnerez, car il s’agil de faire du bien et tie mellre le comble a vos bienfaitsenvers une famille que vous avezdaigne tirer de l’etal le plus horrible '.
Vous avez, monseigneur, fait sortir des galeres par votre protection le sieur d’Espinasse,d’une tres-boune famille de Languedoc. II avail subi cesupplice pendant
' Voir pr^cMtmment, p. 29, 30, etc.
■108 LETTRES lNfiDITES
vingt-trois annees, el il 6lail condamue au\ galeres perp^tuelles, pour avoir donne asouperet a couclier a un predicant. Son bien fut confisqu6 selon I’usage, el le tiers du revenu ful retenu pour la nourriture de sesenfants, qui n'en ont jamais rien touche. Sa femme, qui est respectable par sa verlu et par ses malheurs, esl retiree a Lausanne, ou elle est au pain dcs pauvres. Je sais que votre bonte, qui ne s’est point lassee, s'est employee encore en faveur de cetle famille inforlunee. Vous avez fait ce que vous avez pu pour lui obtenir grace entiere et pour lui faire rendre son bien. Vous en avez parle a M. de Saint-Florentin , et je suis bien surpris que son humanite ait r^siste a vos sollicilations genereuses. Je le crois actuellement adouci, et Ton me fait esperer qu’un mol de votre bouche aclievera de le rendre favorable a une si juste demande.
Permettez done que je vous supplie de vouloir bien encore lui parler de cette affaire, avec ce don de la persuasion que la nature vous a donne parmi tant d’aulres.
Vgus verrez incessament le memoire de M. de Beaumont en faveur d’une famille encore plus inalheuretise; vous en jugerez. Votre suffrage servira beaucoup a determiner celui du public, et par consequent celui du Conseil. Le style et le fond des choses sont egalcment sounds a voire penetration. Je ne suis que votre confrere a l’Academie , mais je vous reconnais pour mon superieur en tout le reste. J'aclievc ma vie sans avoir le bonheur de vous faire ma cour; mais ce n’est pas sans vous £tre sincerement attache.
Je suis avec un profoud respect, monseigneur, etc.
UK VOLTAIRE (1767).
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KEPONSE DU DUE DK NIVERNA1S.
l.r 3 octobre 1766.
Je rccois, monsieur, la lettre que voiis m’avez fail I’honneur de m’ecrirc le 2b du mois passe, el je me hale de vous remercier de loules les clioses obligeanles que vous voulez bien m’y dire. .Je ferai le meilleur usage qu'il me sera possible du memoire qui 4lait joint a voire Iellre , el je souhaite de lout mon cceur que les dispositions de M. le comte de Saint-Florenlin soient actuellement telles que vous me les depeignez. Je nc suis nullement en etat de les faire naltre; mais je ne negligerai rien pouren profiler, ct je lui reeommanderai les interets du sieur d’Espinasse avec zelo. Si j’obliens ce que vous desirez pour lui , j'aurai l’bonneur de vous en informer sur-le-champ ; el si j’ai le malheur de ne pas reussir, comme je le crains bien , vous l'apprendrez suffisamment pur mon silence. Je m’estimerais tres-heureux si je pouvais concourir au succes de quelqtie chose qui vous inleresse, el je vous supplie, monsieur, d’en elrebien persuade, ainsique de tous les sentiments avec lesquels j'ai I'honneur d’fitre. monsieur, etc.