‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 146 sur 188 · A M. HORACE WALPOLE · texte numérisé non relu

A M. HORACE WALPOLE

6 juin 1 768, a Fcrney, pres fienive.

Monsieur, j’apprends dans ma retraite que vous avez fait un excellent ouvrage sur le pyrrhonisme de I’hisloire, et que vous avez repandu une grande luiniere sur 1'obscurite qui couvre encore les temps des roses blanche et rouge , toutes deux sanglantes et fanees 3.

II y a cinquautc ans que j'ai fait voeu de douler; j’ose vous supplier, monsieur, de m’aider a accomplir mon voeu. Je vous suis peul-etre inconnu , quoique j'aie 6te honore autrefois de l’amilie of the tw o brothers 4.

Je n'ai d'autre recommandation aupres de vous que

1 V . Lettre sur La Beaumelle.QEu't. complied. Beuchot, t. XLIII.

* Affaires des Galas et du chevalier de la Barrc ( V. p. 30.)

3 II s’agit de 1’ouvrage intitule : Doutes sur la vie et le rtgne de Richard III, oil Walpole einploie son esprit et son erudition a justifler ce l\ran. De son c6l4 . Linguet, dans se* Annalcs politique s, rehabilitait Nerrm. a. f.

* Robert et William Walpole.

l’envie de m’instruire : voyez si elle soffit. Voulezvous avoir la bonte de m'envoyer votre ouvrage par la poste, sous l'enveloppe de M. lechef du bureau des interpretes, a Versailles? Ma temerite va plus loin encore, monsieur. J’ai toujours doute de l’assassinat de M. de Genonville, qui a produit en France plus de mauvais versque de represailles '. Je vois que, dans aucune piece juridique, dans aucun manifeste, dans aucun ccrit des ministres respectifs, il n'est question de cet assassinat pretendu. Si cepeudant il est vrai que vos soldats aient commis cette barbarie sauvage ou chretienne en Canada, je vous prie de me l’avouer ; s’ils n’en sont pas coupables, je vous prie de les justifier par un mol de votre main. Tout ce que la renommee m’apprend de vous me persuade que vous pardonnez cl toutes les libertes que je prends.

Vous pardonnerez encore plus a mon ignorance de vos litres; je n’en respecle pas moins votre personne. Je connais plus votre merite que les digniles dont il doit 6tre revetu.

Je suis avec I’estime la plus respectueuse , etc.

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