‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 148 sur 188 · A M. D’AKGENTAL · texte numérisé non relu

A M. D’AKGENTAL

J mars 1700*

Mon divin ange , le vent du nord me tue. Je n’ai pas pense au tripot depuis que ce maudit vent souffle dans ma vallee. J’apprends que Spartacus u’esl pas de maleficiatis , mais qu’il est de frigidts. Je m’cn suis doute. Uu gladiateur ne saurait etre tendre, et j’ai peur que I’esprit de Saurin ne ticnne i:n peu de la trempe du gladiateur.

Envoyez-moi done, m'allez-vous dire, la tendre Amenalde’et lapassionnSe Fanime. — Oui, sans doute, elles partiront dans huit jours. Vous n'avez qu’a dire l’adresse, et vous serez ob6i sur-le-champ^ j’opine pour Amenable et la chevalerie. Cela est toutneuf, cela ue ressemble a rien, el la Fanime ressemble a tout. Elle a les yeux d'Ariane , le nez de Didon , le

1 L'Uuloire du Parlement.

* I’n splritucl rccueil , l' Artiste, attribue it Voltaire lee den v lettres suivantes.

8 Voir p. 01).

41 i LETTKES 1NEDITES

raenton de Hoxane. Kile n'a malhcureusemenl pas d’Acomat ; et le beau garfon qui fait Famoureux est fort au-dessous de Bajazet. Donnons toute la preference aux chevaliers qui paraissent pour la premiere fois avec leur bouclier et leur haubert , et aux rimes croisees, el a la pompe du spectacle; maissurtout ne nous pressons pas, je vous en conjure. Je ne peux pas m'imaginer que le public aille au spectacle avec un esprit ben£vole, quand on est sans vaisseaux et sans vaisselle , et qu'on ne peut faire ni la guerre ni la paix. Je suis bien las d’ailleurs des freronades , et il est triste , h mon age , d'etre loujours dans le public comme le faquin de 1’academie de Dugast, auquel on tire. Les amusements innocents de ma retraile et de la vieillesse n’ont pu me mettre a 1’abri des coups de ce malheureux Freron ; il faut avouer que ce rOle est insupportable, el qu'il est bien avilissant.

Mon autre perseculeur, M. l’abbe d’Espagnac , est plus poli; aussi lui ai-je envoj'6 respectueusement un nouveau memoire, qui sera le dernier; apresquoi, je tendrai le cou. J'ai peur d’etre degodte de mes terres en France comme de tragedies. On m’a saisi mon pain, sous pretexte d’un manque de formalile au bureau de la frontiere. Je m’en suis plaint a M. le due de Choiseul, et je lui ai dit combien il etait dur de ne pouvoir manger son pain , que les Grecs appellent vbv if -rev.

Pour lui ', je uentends pas, mon cher ange, ce que vous imaginez quand vous dites que je serai trap

1 Le roi de Prus&c.

bE VOLTAIRE (176?). 4IS

vengr. II a pres ile cent mille lio names; 1c prince Ferdinand aura une armee formidable, et, qui pis est, il y aura une quinzaine de mille d'Anglais dans cette armee. Je fais beaucoup de voeux, et j'ai peu d'esperance.

A l’egard des letlres de lui a moi qu’on a imprimees, je ne les ai point vues; mais j’ai les minutes de toutes ces letlres, que je lui renvoyais eorrigees, el qu'un Bonneville lui a, dit-on, volees. J’ai mis la main a tout ce qu on a imprime de lui. II a ete un peu ingral. j\I. de Choiseul ne vous a-t-il rien confie touchant cette comique majeste? Ne savez-vous rien? Dites-moi done quelque chose.

Comment se porte madame Scaliger *? Mille tendres respects. V.

too. — A •**.

6 anil I7«T.

Je comptais , Monsieur, vous remercier de jour en jour en connaissance de cause, et vous parler du plaisir que m’aurait fait le livre que vous avez bien voulu m’envoyer, mais je ne l’ai point encore regu. II est, depuis pres de trois semaines, a la douane de Lyon. II n’y a plus de communication eutre Lyon et Geneve. Votre livre est c-rtHe avec du viu de Bourgogne. Passe encore pour du vin, mais je ne puis supporter qu’on me prive d un ouvrage dont on in’a dit tanl de bien, et dans lequel j'esperais m’instruire.

1 Muii.iuiu d’Argeiilal.

ill!

LETTRES INEUITES

Je fais beaucoup plus de cas de mon ame que de mon gosier, et je consens que les soldats qui ra’enlourent boivent mon vin, pourvu que je vous lise.

Au resle, que puis-je vous repondre sur l’article de J.-J. Rousseau , sinon que je le plains beaucoup d'avoir insulle ses amis el ses bienfaiteurs , d'avoir manque a sa palrie el d'avoir merile liudignation des minislres a qui nous devons la paix ?

J’ai I'honneur d'etre, monsieur, avec lous les senlimens que je vous dois, V.

13 septcuibrc 1769.

Je ne vous appellerai plus mon cber auii, puisque vous m’appelez monsieur. Mais je prie inslamment voire raison , voire zele pour la bonne cause el vos bontes pour moi , de confondre le i'anatisme des sols el d’enhardir la limidite des sages.

On me mande que les Guebres doivent elre joues a Fontainebleau, mais j’en doute beaucoup. Tout ce queje sais certainement, c’est qu’un de mes amis doit en parler avec vigueur a M. de Sartines. II doit le prevenirsur le dessein de represenler la piece a Lyon, abn que les faualiques de I'aris aient inoins de pretextes pour crier. Jepense qu it sullira que M. de Sartines vous mande qu’il ne s’oppose point aux spectacles que vous donuez dans voire ville, et qu’il s’en remet au godt et ala volonte de vos magistrate.

Je deniandais le nom d’un raedccin de Lyon pour

avoir un prelcxte tie faire un petit voyage, en cas qu'on joue les Gu'ebres. Comme je suis toujours malade, le pretexte est valable. La veritable raison dail de venir vous embrasser.

Je pourrais comme un autre vous dire, monsieur , que je suis votre tres-humblc et tres-obeissant servileur; mais j'aime bien mieux dre votre ami.

Void un exemplaire oil il se Irouve des changements qui n'etaient pas dans l’autre ‘.

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